Chapter 1
Chapter 1
Antoine se fait quitter par sa copine Julie sur la terrasse d’un café. Elle lui avoue l’existence d’un autre. Après son départ, il quitte le café et heurte une jeune femme dont le téléphone se brise. Une brève rencontre, une parole légère, puis il s’éloigne seul, un ticket de caisse serré dans la poche.
— Je ne t’aime plus.
Antoine leva les yeux de sa tasse de café. Julie le regardait sans la moindre hésitation, ses doigts enroulés autour du rebord de la tasse comme si elle cherchait une prise solide. Le ciel d’avril, au-dessus d’eux, était d’un bleu si pur qu’il paraissait indécent pour une scène comme celle-ci.
— Qu’est-ce que tu veux dire ? demanda-t-il, bien qu’il eût compris.
Julie soupira et baissa les yeux vers la table. Les miettes de son croissant rassemblées en un petit tas minuscule. Elle avait toujours été méthodique.
— C’est clair, non ? Je ne t’aime plus. Depuis un moment, en fait.
Antoine sentit une chaleur désagréable lui monter aux joues. Il voulut dire quelque chose de cinglant, de définitif, mais les mots se brisèrent dans sa gorge. Autour d’eux, la terrasse du Café des Lilas bruissait de conversations légères. Des rires, le cliquetis des cuillères, l’odeur du pain grillé. Le monde continuait, indifférent.
— Il y a quelqu’un d’autre ? demanda-t-il, la voix plus rauque qu’il ne l’aurait voulu.
Elle pinça les lèvres. Une réponse déjà écrite sur son visage.
— Oui. Je suis désolée, Antoine. Ce n’était pas prévu. Mais ça ne sert à rien de faire semblant.
Il reposa sa tasse avec trop de force. Un peu de café tinta dans la soucoupe.
— Depuis quand ?
— Ça n’a pas d’importance.
— Pour moi, si.
Julie redressa son sac, un geste qui annonçait son départ. Elle le regarda, et dans ses yeux il ne vit rien que de la fatigue.
— Je te laisse finir ton café, dit-elle en se levant. Mes affaires, je les prendrai demain quand tu seras au travail.
— Julie…
Elle lui posa une main sur l’épaule, une caresse vide de sens, puis tourna les talons. Il la regarda s’éloigner entre les tables, ses cheveux blonds dansant dans la lumière du printemps. La porte du café claqua derrière elle.
Antoine resta seul. La tasse tiède entre ses mains. Le ciel toujours aussi bleu. Il vida son café d’un trait, le trouva amer, froid. Il fit signe au serveur, paya en silence, et se leva.
Il marcha vers la sortie en évitant les regards, la tête basse. Arrivé devant la porte, il poussa le battant sans regarder.
— Oh !
Un choc. Quelque chose tomba sur le carrelage et se brisa.
— Pardon, je suis désolé, balbutia-t-il en relevant les yeux.
Une femme, jeune, brune, se tenait devant lui, les mains encore ouvertes. À ses pieds, un téléphone gisait face contre terre, l’écran étoilé de fissures. Elle se baissa pour le ramasser.
— Ce n’est rien, dit-elle en soufflant. Ça arrive.
— Laissez-moi payer les réparations, insista-t-il, la conscience soudain encombrée de culpabilité.
Elle le regarda alors vraiment. Ses yeux étaient d’un gris clair, presque transparents, comme le ciel d’avril après une averse. Elle sourit légèrement.
— Ce n’est pas nécessaire. L’écran était déjà fêlé.
— Je préfère quand même…
Elle secoua la tête, remit le téléphone dans son sac, et se glissa à côté de lui pour entrer. Avant de disparaître à l’intérieur, elle se retourna une dernière fois.
— Profitez du soleil, dit-elle. Il ne reste plus beaucoup de jours comme ça.
Antoine resta planté sur le trottoir, la porte battant derrière lui. Le contact du choc lui picotait encore l’épaule. Il inspira profondément, sentit l’air doux du printemps, et sans réfléchir, tourna à droite – vers le square, vers les marronniers en fleurs, vers nulle part en particulier. Mais dans sa poche, sa main serrait encore le ticket de caisse du café, comme un point d’ancrage dans ce monde qui venait de basculer.