Chapter 3
Les Lames des Adades
La maison Adades, dirigeant Migis et Javares, s'illustre par sa puissance militaire et ses dragons. Darion, Moria et Amelion, figures emblématiques, mènent des batailles acharnées, mais leur destinée est scellée par la tragédie.
Les lames des Adades portaient le poids des ombres de Migis et les lumières trompeuses de Javares. Dans le ciel criblé d'étoiles, Malodur, le dragon félin géant, s'enroulait autour de Darion Adades comme un manteau de nuit. Ses yeux, deux lunes pâles, balayaient le champ de bataille, un marécage de boue et de cris. Darion, le Seigneur des Chats, ne connaissait que la victoire, une soif inextinguible qui le poussait toujours plus avant. Sa lame, un croissant d'obsidienne, dansait avec une férocité calculée, chaque coup portant le sceau de son implacable stratégie. Autour de lui, ses guerriers, masqués par des capuches sombres, se mouvaient avec la grâce prédatrice de leur maître, leurs propres lames traçant des arcs de mort dans l'obscurité.
« Plus vite ! » rugit Darion, sa voix rauque portant par-dessus le vacarme. « L'aube ne nous attendra pas ! »
Ses pensées volaient vers Moria. Sa nièce, l'éclat de la famille, chevauchait Pantel, sa propre monture ailée, un spectre de plumes et de griffes. Moria Adades, la guerrière légendaire, cherchait la gloire éternelle dans le fracas des épées et le hurlement des blessés. Chaque combat était pour elle une toile sur laquelle elle peignait son nom en lettres de sang, s'efforçant d'atteindre une immortalité que les poètes chantaient. Mais son ambition, aussi ardente soit-elle, était une flamme qui consumait tout sur son passage, aveuglant parfois la jeune femme aux conséquences plus sombres de ses actes.
« Oncle Darion ! » s'écria Moria, sa voix claire tranchant le brouillard de combat. Pantel, ses ailes déployées comme des voiles funestes, la portait au-dessus des lignes ennemies. « Les flèches pleuvent ! Nous devons percer leur centre ! »
Dans le tumulte, une silhouette plus posée se détachait : Amelion Adades, frère de Moria. Contrairement à sa sœur, il ne recherchait pas la gloire dans le carnage, mais la justice dans l'ordre. Son regard, empreint d'une douce mélancolie, observait la destruction avec une profonde tristesse. Amelion, qui montait Salens, un coursier écailleux aux yeux d'ambre, croyait que le rôle des dirigeants était de servir le peuple, de protéger les faibles. Ses paroles étaient des ponts, ses actions des mains tendues, mais dans cette guerre, la diplomatie semblait un murmure inaudible face au rugissement des bêtes de guerre.
« Moria, Amelion, restez prudents ! » demanda Lady Seraphine Adades, leur mère, sa voix résonnant avec une autorité douce mais ferme. Elle n'était pas sur le champ de bataille, mais sa présence, telle une étoile guidant ses enfants, était palpable. Elle avait été une figure centrale de la famille, un pilier dont la force avait soutenu les Adades pendant des générations. La guerre avait déjà commencé à éroder cette force, laissant des fissures dans le roc de leur lignée.
La bataille faisait rage. Les guerriers d'Amadel, menés par Savius Mentros, le Seigneur des Lames, se dressaient comme des remparts de foi et de discipline. Leurs lames sacrées scintillaient, repoussant les assauts des créatures de Migis, celles qui servaient Darion. Amelion, voyant des civils pris au piège entre les deux feux, détourna Salens de son objectif principal.
« Je ne peux pas les laisser ! » cria-t-il à Moria, qui fonçait tête baissée vers la ligne ennemie.
« Amelion, non ! C'est une mission suicide ! » lui lança-t-elle, mais déjà, il s'était lancé dans la mêlée, sa lame protégeant les plus vulnérables.
Moria, prise par l'élan de la bataille, ne vit pas la flèche qui vint se loger dans le flanc de Pantel. Le dragon poussa un cri déchirant et s'écrasa au sol, emportant avec lui sa cavalière. Le choc fut brutal, et lorsque Moria parvint à se dégager des débris, Pantel gisait, inerte, ses ailes brisées. La gloire éternelle semblait alors s'éloigner d'elle comme une illusion.
« Non ! Pantel ! » hurla-t-elle, sa voix rauque de douleur et de désespoir. Les guerriers d'en face virent leur chance. Moria, désarmée momentanément, fut submergée avant même d'avoir pu se relever. Son cri final fut un écho brisé dans le tumulte.
Amelion, voyant la chute de sa sœur, fut pris d'une rage impuissante. Il se battit avec une férocité accrue, son corps devenant une cible mouvante. Les civils qu'il protégeait étaient en sécurité, mais le prix était lourd. Une lance le transperça, puis une autre. Il s'effondra, sa dernière pensée pour sa famille, pour la paix qu'il n'avait pu apporter.
Darion, entendant les cris de sa nièce et voyant la chute de son neveu, sentit une froideur s'installer en lui. Malodur poussa un rugissement de fureur, secouant le sol. Il avait perdu ses deux héritiers, les derniers vestiges de son ambition. Dans les derniers jours du conflit, alors que le monde s'effondrait autour de lui, il se retrouva isolé, traqué. Ses ennemis, forts de leurs victoires, le poussèrent dans ses retranchements. Darion Adades, le Seigneur des Chats, mourut seul, sa lame finissant par se briser contre la muraille de ses adversaires, ne laissant derrière lui que des cendres et le murmure d'une légende brisée.
Lady Seraphine, recevant les nouvelles terribles, sentit son monde s'écrouler. Les trois piliers de sa vie, ses enfants et son neveu, fauchés par la guerre. La douleur fut une lame si acérée qu'elle brisa son esprit. Elle se retira du monde, une ombre hantant les couloirs vides des palais d'une famille désormais éteinte. La Casa Adades, autrefois si puissante, n'était plus qu'un souvenir amer, une tragédie gravée dans le marbre du temps.
Dans les décombres fumants de la guerre, le nom des Adades était devenu synonyme de chute. Leurs rêves de gloire, leur quête de justice, leurs stratégies implacables, tout avait été consumé par les trois hivers du conflit. Malveleu portait les cicatrices de leurs batailles, et dans le vent glacial des nuits longues, on pouvait encore entendre l'écho des rugissements de Malodur, une plainte funèbre pour une maison perdue.
À des lieues de là, dans les savanes dorées de Vindrogue, Darmis Trinvam, la Dame du Chaos, observait les étoiles, une lueur étrange dans les yeux. Son allié, Mervamex, le Léviathan colossal, remuait dans les profondeurs océaniques, sa présence une promesse de destruction encore latente. Les guerres avaient laissé des blessures partout, et bien que la Casa Adades ait été décimée, la lutte pour Malveleu était loin d'être terminée. Darmis, imprévisible et dangereuse, semblait se délecter de la tourmente, attendant son heure.
Elle pensa à ses propres pertes, à Vladius, son fils, emporté trop tôt par les tourments de la guerre. La douleur avait été un gouffre béant, mais elle l'avait transformée en une force dévastatrice. Elle avait juré de ne plus jamais connaître une telle faiblesse. Ses pactes avec les créatures anciennes, les Vampires aux crocs d'argent, les Lobisomens aux hurlements déchirants, et surtout, les Morts Inacabés sous les sables de Tramendel, menés par Akhmen-Ra, le pharaon silencieux, étaient devenus plus précieux que jamais. Le monde avait changé. Les rois étaient tombés, mais le chaos, lui, ne faisait que croître.
Dans le désert de Tramendel, Madramel Mergar, la Dame de la Magie, sentait le sol vibrer sous ses pieds. Saragren, le Dévoreur d'Âmes, autrefois son allié le plus puissant, était désormais prisonnier, une ombre errante entre les mondes. Elle sentait sa présence dans les rêves, un murmure de puissance ancienne et de vengeance imminente. Sa propre famille avait payé un tribut terrible à cette guerre, la mort de Vladius laissant un vide béant. Désormais, sa magie, aussi vaste soit-elle, semblait plus fragile, teintée d'une mélancolie profonde. Elle savait que le pacte qui la liait à Saragren était une arme à double tranchant, une source de pouvoir immense, mais aussi une menace constante.
Le ciel au-dessus de Tramendel commença à se déchirer. Des éclairs d'un blanc pur zébrèrent l'obscurité, illuminant fugitivement une silhouette gigantesque à l'horizon. Une forme arachnéenne, monstrueuse, faite d'ombres et d'os. Saragren. Son regard, deux points lumineux dans la nuit, semblait fixer le continent, attendant. Le monde avait changé, les royaumes s'étaient effondrés, mais les anciennes forces ne dormaient jamais complètement. Et dans les cœurs de ceux qui avaient survécu, une nouvelle flamme commençait à brûler : l'espoir d'un avenir sans rois, un espoir porté par un homme du peuple, un soldat nommé Fermeus Aumoros. Mais même dans cet espoir naissant, les ombres du passé, les lames des Adades, les deuils des Mergar, et surtout, le regard blanc de Saragren, continuaient de veiller, rappelant que Malveleu ne pourrait jamais entièrement échapper à son histoire.