Chapter 8

Episode 8

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Les jours à Cuiabá se succédaient, une litanie de peur et de dégoût. Chaque lever de soleil était une nouvelle horreur, chaque coucher une angoisse anticipant la nuit. Maria avait treize ans, mais son corps et son esprit portaient le poids d'une vie vécue cent fois plus longtemps, dans une noirceur insondable. Les mains qui la touchaient étaient souvent sales, avides, dénuées de toute tendresse. Les mots qu'elle entendait étaient des ordres, des menaces, ou des promesses vides de sens. Elle avait été vendue, échangée, utilisée comme une marchandise sans valeur, son corps un champ de bataille où sa volonté était systématiquement écrasée.

Elle avait appris à se taire, à se recroqueviller en elle-même, à faire le vide pour ne rien ressentir. Les visages se brouillaient, les voix se confondaient. Seule une sensation persistait : la peur. La peur de celui qui venait, la peur de ce qu'il voulait, la peur de la douleur qui allait suivre. Parfois, au milieu de cette déchéance, une pensée fugace traversait son esprit : sa mère. Où était-elle ? Pensait-elle à sa fille, perdue dans ce tourbillon infernal ? L'image de son visage, autrefois doux malgré la misère, était un souvenir précieux, un phare lointain dans l'obscurité.

Elle avait vu d'autres filles, plus jeunes parfois, aux yeux aussi vides que les siens, ou au contraire, pétillants d'une révolte silencieuse qu'elle avait perdue depuis longtemps. Elles étaient nombreuses à naviguer sur ces eaux troubles, chacune avec sa propre histoire de désespoir, mais toutes partageant le même destin funeste. Le trafic était une toile d'araignée invisible, tissée par des mains prédatrices, piégeant les âmes les plus vulnérables. Maria avait été prise dans ce filet dès son arrivée, et chaque tentative de s'en échapper la ramenait, plus meurtrissée encore, au centre de la toile.

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