Chapter 3
Chapitre 3 : La Course Contre le Temps
Le cœur serré, Saïm se lance dans une quête effrénée pour retrouver Jim. Il parcourt les rues inconnues de Bruxelles, chaque coin de rue semblant cacher une nouvelle piste ou un nouveau danger.
Le marché, autrefois un tableau vivant de couleurs et de senteurs, s'était transformé en un labyrinthe menaçant. Les étals de fruits débordants, les pyramides de fromages odorants, les cris joyeux des marchands, tout cela s'était estompé, recouvert par le voile épais de la panique qui s'était emparé de Saïm. Jim avait disparu. Pas une simple distraction, pas un jeu de cache-cache. Jim, son petit frère, son rayon de soleil espiègle, s'était évaporé comme une bulle de savon dans l'air bruxellois.
Saïm sentit son estomac se tordre, une boule de glace se formant dans sa poitrine. Il avait toujours été le grand frère, celui qui devait veiller, protéger. Et maintenant, il avait échoué. L'image de Jim, sa bouille ronde et ses yeux pétillants de malice, s'imprimait sur sa rétine, chaque détail amplifié par la terreur. Il avait le souffle court, les jambes lourdes, comme si le sol s'était transformé en sable mouvant.
« Jim ! JIM ! » Sa voix, d'abord un murmure effrayé, monta en un cri rauque, se perdant dans le brouhaha ambiant. Il se frayait un chemin à travers la foule, bousculant sans ménagement les passants pressés, ses yeux balayant chaque visage, chaque recoin. Rien. Juste une marée humaine indifférente à son désespoir. Ses parents, Donald et Naldo, n'étaient plus qu'un souvenir lointain, noyés dans le flot des gens. Il devait agir. Maintenant.
Il se souvint de la dernière fois qu'il avait vu Jim. Il était fasciné par un étal de ballons colorés, ses doigts pointés vers un spécimen gigantesque en forme de dinosaure. Saïm avait détourné le regard une fraction de seconde, absorbé par la négociation d'un sac de gaufres pour le goûter. Et quand il avait regardé à nouveau, le dinosaure flottant était toujours là, mais Jim… Jim n'était plus.
Une pensée folle traversa l'esprit de Saïm : et si Jim avait été enlevé ? L'idée le glaça jusqu'aux os. Il se remit à courir, ses jambes propulsant son corps frêle à travers les ruelles étroites qui s'échappaient du marché. Chaque ombre lui semblait suspecte, chaque silhouette furtive une menace potentielle. Il ignorait la direction, se fiant à son instinct, à cette force brute de l'amour fraternel qui le poussait en avant.
Il déboucha sur une place plus large, où quelques musiciens de rue animaient l'après-midi. Une trompette joyeuse, un accordéon mélancolique, une contrebasse qui faisait vibrer le sol. Saïm s'arrêta un instant, le souffle coupé, cherchant un signe, une indication. C'est alors qu'il aperçut une petite touffe de cheveux châtain clair, se faufilant derrière un groupe de touristes. C'était Jim !
Sans réfléchir, Saïm se lança à nouveau à la poursuite, le cœur battant la chamade. Il parvint à rattraper le groupe de touristes, mais Jim avait déjà disparu une fois de plus. Désemparé, il s'approcha des musiciens, espérant qu'ils auraient vu quelque chose.
Un homme grand et maigre, coiffé d'un chapeau à plumes démesuré et arborant une moustache en guidon extravagante, accordait sa contrebasse avec une concentration intense. À ses côtés, un accordéoniste aux joues rouges et un trompettiste à la peau olivâtre échangeaient des regards complices.
« Excusez-moi ! » lança Saïm, sa voix tremblante. « Avez-vous vu un petit garçon… il a environ sept ans, des cheveux bruns, il portait un pull bleu… »
Le contrebassiste leva la tête, ses yeux pétillaient d'une malice espiègle. « Un petit garçon, dites-vous ? Ah, oui ! Un petit lutin curieux, il nous a suivis depuis le marché, je crois. Il semblait fasciné par nos mélodies. »
Saïm sentit un léger espoir renaître. « Il est allé par là ? » demanda-t-il en désignant une rue adjacente.
« Par là, par ici, où la musique nous mène ! » répondit le trompettiste en riant, un rire clair et sonore qui résonna dans la place. « Nous allons jouer un petit concert improvisé près des fontaines, peut-être le retrouverons-nous là-bas. »
Saïm hésita un instant. Suivre ces musiciens excentriques ? Mais Jim était là, quelque part, entraîné par leur musique. Son anxiété habituelle luttait contre la détermination née de la peur. Il choisit la détermination. « Je vous suis ! »
Les musiciens échangèrent un sourire entendu. « Bienvenue dans notre caravane musicale, jeune homme ! » lança le contrebassiste.
Saïm se retrouva ainsi, un étranger parmi ces artistes bohèmes, traversant les rues de Bruxelles dans une sorte de rêve éveillé. Les musiciens jouaient sans cesse, des airs entraînants qui faisaient danser les passants, qui faisaient sourire les enfants. Saïm, lui, ne pensait qu'à Jim. Il scrutait les visages, guettait le moindre signe de son petit frère.
Ils passèrent devant des boutiques colorées, des monuments historiques, des parcs verdoyants. Chaque étape était ponctuée par une nouvelle mélodie, un nouveau rythme. Saïm se sentait comme dans un film, un film dont il ne connaissait ni le scénario, ni la fin.
Alors qu'ils approchaient d'une grand-place bordée de majestueux bâtiments, le contrebassiste s'arrêta net. « Regardez là-bas ! » dit-il en pointant du doigt une petite silhouette assise sur le rebord d'une fontaine.
C'était Jim. Il avait l'air parfaitement à l'aise, une petite gourde à la main, observant avec fascination un pigeon qui picorait à ses pieds. Il n'avait pas l'air perdu, pas effrayé. Il semblait… heureux.
Saïm sentit un mélange d'émotions le submerger : le soulagement, la colère, et une pointe d'amusement. Il s'approcha de son frère, le cœur toujours battant la chamade, mais cette fois, d'une autre raison.
« Jim ! »
Jim leva la tête, un sourire innocent éclairant son visage. « Saïm ! Regarde, il y a plein de pigeons ici ! Et ces musiciens sont super, ils m'ont donné de l'eau ! »
Saïm s'immobilisa, incapable de trouver les mots justes. Il voulait le gronder, lui dire à quel point il avait eu peur, combien il l'avait cherché. Mais en voyant l'innocence dans les yeux de son frère, la joie simple qui émanait de lui, sa colère s'évapora.
Le contrebassiste s'approcha, un sourire large aux lèvres. « Voilà votre petit explorateur, Monsieur ! Il a été un excellent compagnon de voyage. »
Jim se leva et courut vers Saïm, le serrant dans ses bras. « Désolé, Saïm. J'ai voulu voir où la musique allait. C'était une aventure ! »
Saïm serra son frère contre lui, un soupir de soulagement lui échappant. « Une aventure, oui. Une aventure qui nous a fait courir partout. » Il regarda Jim, son petit frère si curieux, si aventureux. Il comprit alors pourquoi Jim avait suivi les musiciens. Il n'avait pas cherché à s'éloigner, il avait cherché à vivre quelque chose de nouveau.
Le contrebassiste s'inclina avec une fausse gravité. « Eh bien, jeunes messieurs, notre concert improvisé touche à sa fin. Nous devons nous préparer pour notre grand spectacle de ce soir. »
« Vous avez un spectacle ? » demanda Jim, les yeux écarquillés.
« Bien sûr ! » répondit le trompettiste. « Le spectacle de fin de journée, sous les étoiles de Bruxelles. Si vous voulez venir, vous êtes les bienvenus ! »
Saïm regarda Jim, puis les musiciens. Une partie de lui voulait rentrer chez ses parents, leur raconter cette histoire rocambolesque. Mais une autre partie, celle qui avait été touchée par la joie de Jim, par l'énergie communicative de ces artistes, était curieuse.
« On vient ! » dit Jim, tirant sur la manche de Saïm.
Saïm sourit. Il avait eu peur, il avait été terrifié. Mais il avait aussi découvert une nouvelle facette de son frère, une nouvelle facette de la ville. Et peut-être, juste peut-être, une nouvelle facette de lui-même. Il n'était pas qu'un grand frère anxieux, il pouvait aussi être un frère aventureux.
Alors que le soleil commençait à décliner, projetant de longues ombres sur la place, Saïm et Jim s'installèrent au premier rang, prêts à assister au spectacle des musiciens de rue. L'air était empli de la douce mélancolie des violons, du rythme entraînant des tambours, et des rires des passants. Saïm regarda Jim, qui battait des mains au rythme de la musique, son visage illuminé par la magie du moment. Pour l'instant, il n'y avait plus de peur, plus d'inquiétude. Il y avait juste la joie simple de deux frères, ensemble, au cœur de Bruxelles, prêts à découvrir ce que la nuit leur réservait. Et si la nuit réservait encore quelques surprises, Saïm savait qu'il pourrait compter sur son petit frère espiègle pour les vivre, et sur sa propre détermination pour le retrouver, quoi qu'il arrive.