Chapter 2

Chapitre 2 : La Disparition du Petit Frère

Lors d'une visite animée au marché, un instant d'inattention et Jim, le plus jeune et le plus curieux, s'évanouit dans la foule. Saïm, soudainement seul, ressent une panique glaciale.

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Le marché de la Place du Jeu de Balle grouillait de vie. Les étals débordaient de fruits aux couleurs vives, de légumes d'une fraîcheur à faire saliver, et de bibelots en tout genre qui scintillaient sous le soleil belge. L'air embaumait un mélange enivrant de gaufres chaudes, de frites croustillantes et d'épices exotiques, une symphonie olfactive qui chatouillait les narines de Saïm et de son petit frère, Jim. Donald, leur papa, arpentait les allées d'un pas jovial, le panier d'osier déjà bien garni, tandis que Naldo, leur maman, scrutait avec attention les prix, le porte-monnaie serré comme si le moindre euro était une pièce d'or à défendre.

Saïm, lui, gardait un œil attentif sur Jim. Son petit frère était une tornade de curiosité, un tourbillon d'énergie qui aimait s'émerveiller de tout. Chaque marchand, chaque objet insolite, chaque passant coloré attirait son regard, et Saïm, en bon grand frère protecteur, veillait à ce qu'il ne s'éloigne pas trop. C'était une responsabilité qu'il prenait très au sérieux, même si, parfois, une petite voix intérieure lui murmurait qu'il n'était peut-être pas à la hauteur.

« Regarde, Saïm ! » s'exclama Jim, pointant du doigt un marchand de ballons multicolores qui flottaient joyeusement au gré du vent. « Un ballon qui ressemble à une banane ! »

Saïm esquissa un sourire. « Oui, Jim, c'est très joli. Mais reste près de moi, d'accord ? »

Jim acquiesça d'un signe de tête, mais son regard était déjà captivé par une autre merveille : un jongleur qui, avec une dextérité déconcertante, lançait trois oranges en l'air, les rattrapant avec une aisance déconcertante. Les fruits décrivaient des arcs parfaits dans le ciel, attirant l'attention de la foule. Jim, les yeux écarquillés, s'approcha, fasciné.

Donald, occupé à marchander un fromage particulièrement odorant, ne remarqua pas le léger décalage. Naldo, quant à elle, était plongée dans une discussion animée avec une vendeuse de dentelle, les mains occupées à examiner la finesse du travail. Le temps d'un clignement d'œil, d'un battement de cœur, et la bulle de sécurité qui entourait Saïm et Jim se déchira.

« Jim ? » appela Saïm, une légère inquiétude naissant dans sa voix. Il n'y avait plus que lui, face au jongleur, dont les oranges avaient été remplacées par des foulards soyeux, encore plus hypnotisants.

Un frisson parcourut l'échine de Saïm. Il se retourna, balayant la foule d'un regard affolé. Les visages se ressemblaient, les couleurs se mélangeaient, mais nulle part, il ne voyait la petite silhouette de son frère. Le bruit du marché, d'un coup, devint assourdissant, le brouhaha des voix se transformant en un rugissement menaçant. La panique s'empara de lui, une vague glaciale qui lui serra la gorge. Jim avait disparu.

« JIM ! » hurla Saïm, sa voix se perdant dans la cacophonie ambiante. Il se mit à courir, se faufilant entre les jambes des passants, le cœur battant la chamade contre ses côtes. Chaque visage qu'il croisait était une fausse piste, chaque silhouette familière une déception. La peur, cette vieille compagne de Saïm, lui serrait le ventre. Il avait perdu Jim. Son petit frère, si plein de vie, si facile à distraire.

Il se retrouva au milieu d'une assemblée de gens qui riaient aux éclats devant un clown moustachu qui jonglait avec des saucisses. Les saucisses ! Jim adorait les saucisses. Saïm s'arrêta net, le cerveau en ébullition. Était-ce là que Jim avait été ? Il interrogea le clown du regard, mais celui-ci, le visage peinturluré, lui fit juste un clin d'œil complice en lui lançant une saucisse crue. Saïm la rattrapa de justesse, la sensation gluante lui répugnant.

« Avez-vous vu un petit garçon avec des cheveux blonds comme les blés et un t-shirt bleu ? » demanda Saïm, la voix tremblante.

Le clown hocha la tête vigoureusement, puis pointa du doigt une direction aléatoire. « Il est parti par là, mon cher ! À la poursuite d'un rêve musical ! »

Un rêve musical ? Saïm fronça les sourcils. Il remercía le clown d'un geste vague et se remit en mouvement, le cœur un peu moins lourd, mais l'esprit encore plus embrouillé. La musique. Jim aimait la musique.

Il traversa une allée où un accordéoniste jouait une mélodie entraînante. Des gens dansaient, leurs pieds tapant le rythme sur les pavés. Saïm s'arrêta, scrutant les visages. Personne ne ressemblait à Jim. Il continua son chemin, le son de l'accordéon s'éloignant, remplacé par le tintement joyeux d'une clochette.

Devant une échoppe de gaufres fumantes, une vieille dame aux lunettes cerclées d'or tenait une assiette remplie de ces délices sucrés. Saïm s'approcha. « Madame, excusez-moi, n'auriez-vous pas vu un petit garçon, il doit être par là… »

La vieille dame lui sourit, ses yeux pétillant de malice. « Un petit garçon ? Ah oui ! Il a été entraîné par une troupe de musiciens incroyables ! Ils jouaient avec des instruments que je n'avais jamais vus ! Une sorte de… tuba volant et de tambour qui chantait ! »

Un tuba volant ? Un tambour qui chantait ? Saïm se sentit un peu désespéré. Il avait l'impression de courir après des fantômes, de suivre des pistes aussi étranges que le fromage de son père. Mais l'image de Jim, seul et potentiellement effrayé, le poussait à continuer.

« Et où sont allés ces musiciens, madame ? » demanda Saïm, essayant de garder son calme.

« Oh, ils ont filé vers le centre, mon garçon ! Ils disaient qu'ils avaient un spectacle à donner au coucher du soleil, près de la grande fontaine ! » Saïm remercia la vieille dame et repartit, ses jambes lui brûlant mais son esprit concentré sur la grande fontaine. Le centre de Bruxelles. Il connaissait un peu cette partie de la ville.

Alors qu'il traversait une place plus calme, le son d'une musique inhabituelle attira son attention. Ce n'était pas une musique de marché, ni une mélodie classique. C'était un mélange joyeux et chaotique, un rythme effréné qui donnait envie de taper du pied. Il s'approcha, le cœur battant d'espoir.

Et là, il les vit. Une troupe de musiciens aux costumes bariolés, débordant d'une énergie communicative. Il y avait un homme qui jouait d'un instrument qui ressemblait effectivement à un tuba, mais qui était porté par des bretelles et semblait flotter dans les airs. Un autre frappait sur un tambour qui résonnait avec une profondeur étonnante, comme s'il avait une âme. Une jeune femme grattait frénétiquement une guitare, ses cheveux roux volant autour de son visage. Et au milieu d'eux, le visage illuminé par un sourire extatique, se tenait Jim.

Jim ne semblait pas du tout perdu. Il tapait des mains en rythme, ses yeux pétillant de joie. Il était visiblement captivé par le spectacle, par l'énergie débordante de ces artistes. Saïm ressentit un mélange étrange de soulagement et d'agacement. Ses parents étaient probablement fous d'inquiétude, et Jim, lui, s'amusait comme un petit roi.

Le chef des musiciens, un homme au chapeau haut de forme orné de plumes de paon, remarqua Saïm. Il s'arrêta de jouer, le tuba volant se balançant doucement.

« Eh bien, regardez qui voilà ! Le grand frère ! » lança-t-il d'une voix rocailleuse mais chaleureuse. « Votre petit frère s'est joint à nous pour un petit interlude improvisé ! Il a un sens du rythme incroyable pour son âge ! »

Jim se tourna, son sourire s'élargissant encore plus quand il vit Saïm. « Saïm ! Regarde ! On joue de la musique ! C'est génial ! »

Saïm s'approcha d'eux, le regard toujours un peu sévère, mais l'émotion montant en lui. « Jim, tu… tu nous as fait une peur bleue ! Maman et Papa doivent être… »

« Oh, ne t'en fais pas pour ça, mon garçon ! » intervint le chef des musiciens, s'approchant de Saïm. « Nous sommes des artistes, nous voyageons, nous créons, nous apportons la joie ! Et parfois, les plus belles aventures commencent par un petit détour inattendu. Votre frère a trouvé la musique, et la musique l'a trouvé ! »

Saïm regarda Jim, qui le regardait avec des yeux implorants et pleins de vie. Il vit l'étincelle d'aventure dans son regard, le même regard que Donald avait parfois quand il parlait de ses jeunes années. Il vit aussi la confiance que Jim avait en lui, en Saïm, son grand frère qui finirait toujours par le retrouver.

Il ne pouvait pas être en colère. Pas vraiment. Il soupira, un sourire se dessinant sur ses lèvres. « D'accord, Jim. Mais après, on rentre. Et tu devras expliquer à Maman et Papa pourquoi tu as décidé de devenir un… un musicien volant. »

Jim éclata de rire, un rire pur et cristallin qui résonna sur la place. Le chef des musiciens lui donna une tape amicale sur l'épaule.

« Ah, tu as un sens de l'humour, toi aussi, jeune homme ! » s'exclama le chef. « Venez, venez tous, le spectacle va bientôt commencer ! Et votre petit frère, ici présent, fait partie de la troupe, au moins pour aujourd'hui ! »

Les musiciens reprirent leur mélodie, un peu plus forte cette fois, entraînant Saïm dans leur élan. Pour la première fois depuis qu'il avait perdu Jim, Saïm ne ressentait plus la peur, mais une sorte de joie légère et contagieuse. Il regarda Jim, qui dansait maintenant au milieu des musiciens, le visage rayonnant. Peut-être que ce besoin d'aventure de Jim n'était pas si grave. Peut-être que parfois, se perdre un peu, c'était le meilleur moyen de se retrouver. Et peut-être que son rôle de grand frère, ce n'était pas seulement de protéger, mais aussi de laisser un peu de place à l'imprévu, à la musique, à la vie.

Alors que le soleil commençait à décliner, peignant le ciel de teintes orangées et rosées, Saïm se tint aux côtés de Jim, tous deux écoutant les dernières notes joyeuses de la troupe de musiciens. Les parents, Donald et Naldo, enfin arrivés, poussaient des cris de soulagement mêlés à quelques réprimandes affectueuses. Mais pour l'instant, Saïm et Jim ne voyaient qu'eux-mêmes, un sourire aux lèvres, prêts à rentrer chez eux, leurs cœurs remplis des échos d'une aventure inattendue, une aventure qui, il le savait, resterait gravée dans leur mémoire. Et pour Saïm, c'était peut-être ça, le vrai rôle de grand frère : partager ces moments, même quand ils vous faisaient courir dans tous les sens.

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