Chapter 1
Le Poids du Quotidien
Wesley, 19 ans, travaille sans relâche comme livreur pour subvenir aux besoins de sa mère malade et payer le loyer à Macaé. Face à la précarité, la tentation d'un travail illégal et mieux payé se présente, d'abord refusée, mais la nécessité contraint Wesley à accepter une livraison risquée.
Le soleil, déjà brûlant en ce début d'après-midi à Macaé, s'écrasait sur la carrosserie de sa vieille moto, transformant les poignées en braises sous ses mains gantées. Wesley, dix-neuf ans à peine, sentait la sueur perler sur son front et couler le long de ses tempes, se mêlant à la poussière soulevée par le trafic incessant. Quatorze heures par jour. C'était la moyenne. Parfois plus, rarement moins. Le rythme de la ville, dicté par les livraisons à la chaîne, avait fini par s'imprimer dans son sang, dans ses os, dans le tic-tac incessant de son cœur qui semblait vouloir suivre le tempo des notifications de son téléphone.
« Encore une, Wesley. Urgence. » La voix de la coordinatrice, toujours aussi monocorde, résonnait dans son oreillette. Une voix dénuée de toute émotion, comme un programme informatique.
« J'y vais », marmonna-t-il, sans même jeter un œil au nom du restaurant ou à l'adresse. La routine avait pris le dessus, effaçant la curiosité, ne laissant que l'efficacité. Il démarra en trombe, se faufilant entre les voitures, esquivant les nids-de-poule qui parsèmaient les rues de la périphérie, ces stigmates d'une ville qui avait grandi trop vite, oubliant parfois les fondations.
Macaé. Le nom évoquait le pétrole, la richesse, les gratte-ciel qui perçaient le ciel bleu azur. Mais pour Wesley, Macaé, c'était surtout les ruelles étroites, les maisons aux murs décrépis, les terrains vagues où les enfants jouaient avec des débris. C'était le quartier qu'il habitait, celui où les opportunités se faisaient rares comme l'eau dans le désert.
Il déposa le sac de nourriture devant une porte, encaissa quelques billets froissés, un pourboire maigre qui ne couvrirait même pas le prix de l'essence d'une journée. Un soupir lui échappa. L'argent. Toujours la même rengaine. Jamais assez. Jamais assez pour sa mère.
Sa mère. Le simple mot suffisait à resserrer son estomac. Elle était là, dans leur petit appartement perché au troisième étage d'un immeuble défraîchi, fiévreuse, toussotant, sa respiration sifflante un écho constant de son inquiétude. Les médicaments coûtaient cher. Très cher. Et les visites chez le médecin, encore plus. Il faisait tout pour elle. Il se tuait à la tâche, espérant que chaque kilomètre parcouru, chaque livraison effectuée, la rapprocherait un peu plus de la guérison. Mais le compte en banque restait désespérément vide.
Il se gara sur le trottoir, le dos endolori, les épaules lourdes. Il sortit son téléphone, le déverrouilla par réflexe. Pas de nouvelles notifications de travail. Juste le fond d'écran, une photo d'eux deux, souriants, il y a quelques années, avant que la maladie ne s'installe, avant que le poids du monde ne repose entièrement sur ses jeunes épaules. Il y avait aussi des messages de ses amis. Des messages qui le faisaient grincer des dents.
« On est là, Wes. On a rien trouvé. C’est la galère. »
« Trajano, c’est loin pour rien. Que des promesses. »
Ceux qui étaient partis, pleins d'espoir, vers Trajano de Moraes ou Itaperu, ces noms murmurés comme des légendes, des mines informelles, des routes secrètes où l'argent coulait à flots pour ceux qui savaient y faire. Ils revenaient souvent la tête basse, les mains vides, ou pire, avec une nouvelle façon de parler, un regard durci, les mains marquées par des activités qu'il préférait ne pas imaginer. Il avait entendu parler de ces régions, de ces anciennes pistes utilisées autrefois, aujourd'hui synonymes de raccourcis vers une vie meilleure, ou vers le fond.
Un nouveau message apparut, différent des autres. Il venait de Lucas, un ancien camarade de classe, un peu plus âgé, qui avait toujours eu ce sourire en coin, cette assurance qui le mettait mal à l'aise.
« Wes, ça roule ? J’ai un truc pour toi. Bien payé. Si tu es chaud. »
Wesley fronça les sourcils. « Quel genre de truc ? » tapa-t-il, ses doigts hésitants.
La réponse arriva presque instantanément. « Une livraison. Simple. Tu me la fais ? »
« Simple comment ? »
« Tu prends une petite caisse ici, tu la déposes là-bas. À Itaperu. Personne d'autre que toi. Pas de questions. » Lucas ajouta un emoji qui se voulait rassurant, mais qui sonnait faux.
Itaperu. Les mines. Le trafic. Son sang se glaça. Il repensa aux visages déçus de ses amis, à leur retour bredouille. Non. Il ne pouvait pas. Il ne voulait pas. Il avait assez de problèmes comme ça. « Désolé, Lucas. Je peux pas. Je suis blindé de livraisons. »
Il effaça le message, le cœur battant un peu plus vite. Il n'aimait pas ce genre de propositions. Elles sentaient le danger, les ennuis. Il avait une mère à charge, une maison à payer. Il ne pouvait pas se permettre de jouer avec le feu.
Il remit son casque, remonta sur sa moto. Le moteur toussa un peu, comme s'il se plaignait lui