Chapter 1
Le Rassemblement des Oubliés
Découvrez Mineur, Aïla, Leo, Blim, Serpi, Lapinou et Holloh, chacun doté de pouvoirs uniques. Leur monde paisible est menacé, lançant les bases de leur aventure.
Le vent du matin, chargé des effluves sucrés des fleurs de Lapinou et du parfum frais des pins enneigés qui bordaient le village, caressait doucement les joues des habitants. C'était une aube comme tant d'autres dans ce havre de paix niché au creux des montagnes, un lieu où le temps semblait s'écouler au rythme lent des saisons, où les préoccupations se limitaient aux récoltes et aux légendes murmurées au coin du feu. Pourtant, une inquiétude subtile commençait à poindre, une ombre ténue dans le ciel bleu azur, une dissonance dans la symphonie harmonieuse de leur existence.
Mineur se tenait près de la cascade gelée qui surplombait le village, ses mains gantées caressant la surface lisse d'un cristal de glace qu'il avait sculpté la veille. Le froid mordant ne lui faisait aucun effet ; au contraire, il sentait l'énergie de la glace vibrer en lui, une force familière et pourtant parfois effrayante. Ses yeux bleus, vifs et protecteurs, balayaient l'horizon, cherchant une raison à cette sensation diffuse de malaise qui le tenaillait depuis quelques jours. Le chef du village, un homme sage aux cheveux argentés, avait mentionné des rumeurs venues des hameaux plus reculés : des troupeaux égarés, des forêts étrangement silencieuses, des ombres fugaces dans la nuit. Des choses qui, isolément, n'auraient pas inquiété le moindre habitant, mais qui, ensemble, commençaient à former un tableau troublant.
« Encore perdu dans tes pensées, Mineur ? » La voix d'Aïla, douce comme une mélodie, brisa le silence. Elle s'approcha, sa robe d'un blanc immaculé contrastant avec la verdure naissante de la fin du printemps. Autour d'elle, la lumière semblait se concentrer, réchauffant l'air et faisant scintiller les rares flocons de neige encore accrochés aux branches. Ses cheveux blonds, tressés avec soin, étaient ornés de petites fleurs lumineuses qui irradiaient une douce chaleur.
Mineur se tourna vers elle, un sourire esquissé sur ses lèvres. « Je pensais aux rumeurs, Aïla. Elles ne me plaisent guère. »
Aïla hocha la tête, son regard pénétrant fixant la cascade gelée. « Je les ai entendues aussi. L'air est… différent. Chargé d'une énergie que je ne reconnais pas. » Elle leva une main, et une petite sphère de lumière dansa au creux de sa paume, projetant des reflets chatoyants sur la glace. « La nature elle-même semble… anxieuse. »
« Anxieuse est un mot faible, » répliqua Mineur, son ton devenant plus grave. « J'ai senti comme un frisson dans la terre, hier soir. Comme si quelque chose de grand et de terrifiant se préparait. » Il serra les poings, son pouvoir de glace frémissant sous sa peau. Une partie de lui craignait cette puissance, cette capacité à geler le monde en un instant, mais une autre partie savait qu'elle pourrait être nécessaire.
Un bruissement de feuilles attira leur attention. Blim, un jeune semi-renard aux oreilles pointues et à la queue touffue, apparut en trottinant, ses griffes raclant légèrement le sol. Ses yeux ambrés brillaient d'une curiosité insatiable, et un sourire espiègle étirait son museau. Il portait une petite sacoche en cuir remplie de baies et de quelques outils rudimentaires.
« Vous parlez des rumeurs ? » s'exclama Blim en arrivant à leur hauteur, sa queue battant l'air avec enthousiasme. « J'ai vu des traces étranges près de la forêt du murmure. Des empreintes énormes, comme si un géant avait traversé le bois ! Et elles avaient l'air… chaotiques. »
Mineur fronça les sourcils. « Gigantesques ? »
« Oui ! Et… et il y avait comme une odeur de poussière et de… de rien. Vous voyez ce que je veux dire ? » Blim agita ses pattes avant, cherchant ses mots. Il était toujours plein d'entrain, mais parfois, l'expression de ses pensées les plus complexes lui échappait.
Avant que Mineur ou Aïla ne puissent répondre, une présence plus subtile se manifesta. Leo, dans sa forme la plus visible, apparut comme une silhouette translucide, ses traits à peine esquissés, flottant à quelques centimètres du sol. Ses yeux, d'un bleu pâle et mélancolique, semblaient traverser les choses plutôt que de les voir. Il ne parlait pas souvent, préférant communiquer par des gestes discrets ou des murmures à peine audibles, mais sa présence était toujours rassurante, comme une sentinelle silencieuse.
« Leo… » commença Aïla doucement. Leo inclina la tête, son regard se tournant vers Mineur, puis vers Aïla, avant de fixer la direction des montagnes lointaines. Il fit un geste lent et délibéré, comme s'il essayait de rassembler des fragments d'informations éparpillés. Puis, il pointa un doigt fantomatique vers le ciel.
« Il y a… une perturbation, » murmura Leo, sa voix étant un écho lointain, comme si elle venait d'un autre monde. « Quelque chose… d'instable. »
« Instable ? » répéta Blim, ses oreilles se dressant. « Comme un rocher qui menace de tomber ? »
Leo secoua doucement la tête. « Plus… profond. Comme si… le monde lui-même n'était plus sûr. »
À cet instant, un cri perçant résonna à travers la vallée. Il provenait du village. Les trois amis se tournèrent, le cœur serré. Une silhouette familière, agile et vive, se précipitait vers eux. C'était Serpi, la fille serpent, ses longs cheveux noirs ondulant comme des serpents et ses yeux verts vifs reflétant une panique inhabituelle. Elle portait un carquois rempli de flèches aux pointes étranges, certaines semblant dégager une légère brume verdâtre.
« Ils sont là ! » s'écria Serpi, sa voix sifflante emplie d'urgence. « Des créatures… horribles ! Elles ont attaqué la ferme des Dubois ! Elles… elles détruisent tout ! »
« Des créatures ? » demanda Mineur, son corps se raidissant. « Qui sont-elles ? »
« Je ne sais pas ! » haleta Serpi, sa langue fourchue sifflant légèrement. « Elles sont énormes, avec des cornes et des sabots… et elles sont plusieurs ! Elles n'ont pas peur du feu, ni des flèches ! »
Un frisson glacial parcourut l'échine de Mineur. Des créatures monstrueuses, résistantes à la magie élémentaire et aux armes conventionnelles. Cela ressemblait aux créatures des légendes sombres, celles dont on racontait qu'elles étaient envoyées pour punir les mondes de leur complaisance.
« Les Minotix, » murmura Aïla, son visage pâlissant. « Les rumeurs parlaient des Minotix. »
« Les Minotix ? » répéta Blim, ses oreilles se aplatissant légèrement. « Mais ce ne sont que des histoires pour effrayer les enfants ! »
« Il semblerait que les histoires aient pris vie, mon petit renard, » dit Mineur, son regard déterminé. « Et elles ne sont pas là pour nous effrayer, mais pour nous détruire. » Il jeta un coup d'œil à Aïla, puis à Leo, puis à Serpi et Blim. Sept âmes, chacune dotée d'un don unique, rassemblées par le destin. Il y avait aussi Lapinou, la lapine des fleurs, qui était restée au village pour soigner les blessés, mais dont la magie douce et guérisseuse serait bientôt nécessaire. Et Holloh, le garçon moitié ombre, qui se cachait souvent dans les recoins, observant le monde avec une mélancolie silencieuse, mais dont la capacité à se fondre dans les ténèbres serait un atout précieux.
« Nous devons agir, » déclara Mineur, sa voix résonnant d'une nouvelle autorité. « Aïla, prépare tes sorts de lumière. Blim, Serpi, restez prudents. Leo, sois notre éclaireur. Holloh, si tu es là, montre-toi. Nous allons défendre notre foyer. »
Alors que Mineur parlait, une figure sombre émergea des ombres d'un grand chêne, se fondant presque imperceptiblement dans l'environnement. C'était Holloh, ses traits indistincts dans la pénombre, ses yeux brillant d'une lueur étrange, comme des braises dans la nuit. Il hocha la tête en signe d'assentiment, une promesse silencieuse de protection.
Lapinou, quant à elle, arriva en courant, sa fourrure blanche immaculée tachée de terre. Elle portait un petit panier rempli de herbes médicinales et de bandages. Ses longues oreilles tremblaient d'inquiétude, mais son regard était empreint d'une détermination tranquille.
« Je suis là, Mineur, » dit-elle, sa voix douce et réconfortante. « Je ferai de mon mieux pour soigner ceux qui seront blessés. »
Mineur regarda son groupe, un sentiment de responsabilité mêlé d'une fierté naissante le traversant. Ils étaient si différents, chacun avec ses forces et ses faiblesses, ses espoirs et ses peurs. Mais ensemble, ils formaient quelque chose de plus fort.
« Les Minotix sont arrivés, » annonça Mineur, sa voix se faisant plus forte pour que tous puissent l'entendre. « Ils attaquent. Nous ne pouvons pas laisser notre village tomber. Nous devons nous battre. »
Un rugissement lointain répondit à ses paroles, suivi du bruit assourdissant de quelque chose de lourd qui s'écrasait. La terre trembla sous leurs pieds. L'aube paisible avait laissé place à un début de chaos.
Mineur sentit la glace s'éveiller en lui, une puissance froide et brute prête à être libérée. Il jeta un regard à Aïla, dont la main brillait déjà d'une lumière réconfortante. Blim affûtait ses griffes avec anticipation, tandis que Serpi bandait une flèche sur son arc. Leo planait, son regard scrutant les environs avec une vigilance surnaturelle. Holloh se fondait dans les ombres, prêt à frapper depuis l'obscurité. Lapinou se tenait fermement, son panier de remèdes à portée de main.
« Pour le village, » déclara Mineur, levant son poing ganté.
« Pour nos amis, » répondit Aïla, sa lumière s'intensifiant.
« Pour la victoire ! » s'écria Blim, bondissant sur place.
« Pour la justice ! » siffla Serpi, sa posture se faisant plus combative.
« Pour la paix, » murmura Leo, sa voix un souffle d'air.
« Pour la protection, » ajouta Holloh, sa présence devenant plus affirmée.
« Pour la vie, » conclut Lapinou, ses yeux brillants de compassion.
Ensemble, ils se tournèrent vers le village, vers le vacarme grandissant de la bataille. L'aventure venait de commencer, une aventure qui les mènerait bien au-delà de leurs villages paisibles, à travers des périls inimaginables, à la rencontre de leurs propres forces et de leurs profondeurs cachées. Le monde, jadis si stable, menaçait de se désintégrer, et il leur faudrait trouver un moyen de le sauver, eux, les oubliés, les porteurs de dons extraordinaires. Le chemin serait long, semé d'embûches et de doutes, mais une chose était certaine : ils ne seraient pas seuls.