Chapter 1

Naissance et Premières Épreuves

La narratrice raconte sa naissance à Port-au-Prince en 1978, les complications médicales et une allergie mystérieuse. Sa mère découvre le problème grâce à une intervention divine, évitant ainsi des traitements dangereux.

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Le mardi 30 mai 1978, à Port-au-Prince, sous le ciel encore tiède de l'aube, je suis venue au monde à l'hôpital Mathieu, à 8h30 précises. Une naissance ordinaire, pensait-on, mais le destin avait d'autres plans. Ma mère, Marie Gladys Girault, une femme au cœur aussi doux que son métier d'infirmière le suggérait, et mon père, Emmanuel Carl Girault, un artiste dont les mains savaient donner vie à la matière, m'ont accueillie dans un monde rempli d'amour. Ils étaient mes trésors, mes premiers confidents, mes amis les plus chers. Pourtant, peu après mon arrivée, mon petit corps s'est révélé fragile, marqué par des complications dont les médecins peinaient à trouver la cause. Une allergie à certains médicaments, dont les noms se sont perdus dans le temps, a commencé à semer l'inquiétude.

Ma mère, dont l'instinct maternel était aussi aiguisé que son regard, a été la première à remarquer l'anomalie. J'étais à peine un nourrisson, bien loin de l'âge des premières règles, mais le sang dans mes couches était une présence alarmante. L'angoisse a saisi le cœur de mes parents. Mon cher papi chéri, mon père, et ma maman chérie, ma mère, ont uni leurs prières, implorant une aide divine pour comprendre ce mal qui rongeait leur bébé. Les visites chez le médecin se sont multipliées, mais les diagnostics restaient vagues, les traitements inefficaces. Les jours se sont étirés, lourds d'incertitude, jusqu'à ce que, dans leur dévotion inébranlable, mes parents se tournent une fois de plus vers Dieu. Et Dieu, dans sa grâce infinie, a révélé à ma mère le secret de mes maux.

Une révélation divine, un murmure dans le silence de leurs prières, a guidé ma mère. Elle a cessé de me donner les médicaments qui, elle le soupçonnait désormais, étaient la source de mon mal. Et miracle, la perte de sang a cessé. Avec une foi renouvelée et une détermination farouche, elle a affronté le médecin, expliquant son choix, affirmant mon allergie. La guérison, si simple en apparence, avait été le fruit d'une intervention céleste, une preuve de l'amour qui veillait sur nous.

Le temps a filé, et j'ai grandi aux côtés de mes quatre frères : Reginald, l'aîné, toujours un pas devant moi, puis Emmanuel Carl Junior, que nous appelions Carlo, Edouard, le plus raisonnable, et enfin Gontran, mon petit dernier, dont le rire cristallin résonnait encore dans mes souvenirs, tragiquement éteint le 14 février 1998. Mariani était notre petit coin de paradis, un lieu où les jeux d'enfants se mêlaient aux chants d'église. Chaque soir, nous nous rendions, une troupe joyeuse et bruyante, aux réunions organisées dans notre temple. Ces moments de communion spirituelle étaient le ciment de notre famille, une tradition sacrée qui rythmait nos vies.

En cette année 1988, j'avais dix ans. Reginald en avait onze, Carlo neuf, Edouard sept, et le petit Gontran, à peine cinq ans. Une nuit, alors que nous rentrions de l'église, vers huit heures, une lumière étrange a capté notre attention. Elle émanait des jardins de nos parents, une lueur inhabituelle qui nous a intrigués, mais que nous avons vite oubliée, fatigués par la journée. Le sommeil nous avait à peine enveloppés qu'un bruit fracassant a déchiré le silence de la nuit. Des coups violents résonnaient à notre porte. Dans notre innocence, nous avons d'abord pensé à des voisins venus chercher de l'aide, comme mes parents en avaient l'habitude, les accompagnant souvent à l'hôpital. Ma mère, le cœur battant, s'est levée pour ouvrir.

Ce n'étaient pas des voisins. C'étaient les « zenglendos », ces cambrioleurs dont la réputation sinistre circulait dans le quartier. L'horreur s'est abattue sur nous dans le midnight. Ma mère, ouvrant la porte, a reçu une gifle violente, un avant-goût de la terreur qui allait s'ensuivre. Ils étaient venus pour nous voler, pour nous agresser, pour nous tuer. La grâce de Dieu a voulu qu'ils ne nous aient pas tous pris la vie. Mon père a été frappé à plusieurs reprises, son corps brisé par la violence. Et puis, le coup le plus terrible : ils ont levé leurs armes vers ma mère, visant sa tête pour l'abattre. Mais Dieu, dans sa miséricorde, a incliné la tête de ma mère au moment précis où le coup partait, déviant la balle. Les assaillants, peut-être effrayés par ce miracle, ou simplement repus de leur larcin, ont fui avant le lever du soleil, nous laissant vivants, mais marqués à jamais.

Malgré cette nuit d'horreur, la vie à Mariani a continué, empreinte d'une enfance joyeuse. L'école était une autre étape importante de nos vies. J'ai fréquenté le Collège Classique Féminin (CCF), puis l'école Au Galop pour mes deux dernières années du primaire. Ensuite, ce fut l'école Adventiste de Diquini 63, où j'ai redoublé ma sixième. Ma mère, ne voulant pas que je passe une troisième année dans la même classe, m'a inscrite au Collège Catherine Flon pour mes études secondaires. J'ai navigué entre la cinquième et la seconde, mais la terreur régnait toujours à Mariani. Les échos de cette nuit de cauchemar, la peur constante, ont commencé à peser sur mon parcours scolaire.

Les années ont passé, et les épreuves n'ont cessé de se succéder. Alors que j'étais en seconde à Catherine Flon, une nouvelle glaçante a parcouru le quartier : les cambrioleurs, ceux-là mêmes qui avaient attaqué notre maison, prévoyaient de revenir. Ils avaient inscrit le nom de mon père sur leur liste noire, une menace de mort planant au-dessus de nos têtes. La peur s'est emparée de nous, d'autant plus lorsque ma mère a appris qu'une liste de personnes ciblées avait été retrouvée. Le nom de mon père y figurait. Heureusement, le destin, ou peut-être une intervention divine, a fait que ces criminels ont trouvé la mort avant de réaliser leurs sinistres desseins.

À quatorze ans, en pleine seconde, la menace s'est dissipée, mais l'insécurité persistait. Une famille adventiste, les André, nous a ouvert leurs portes, nous offrant un refuge chaque soir. Nous quittions notre maison pour dormir chez eux, une routine éprouvante mais nécessaire. Madame André, une femme d'une grande générosité, nous nourrissait et vendait des friandises, nous permettant parfois d'acheter à crédit pour payer plus tard. Nous avons vécu ainsi pendant deux années, une période de transition, de précarité, mais aussi de solidarité. Puis, ma mère nous a informés que nous allions déménager chez Sœur Marie André, qui vivait avec son mari et ses nièces, Marie Andrée, Simone et Bertha Berlus.

Mon parcours scolaire à Catherine Flon a été interrompu par ces événements. J'avais à peine terminé la seconde, et la terreur qui régnait à Mariani, combinée aux maladies qui frappaient mon père et mon frère Gontran – mon cher Gontran, dont le cœur fragile commençait à montrer des signes de faiblesse, et mon père, atteint d'un début d'Alzheimer – ont rendu la vie de ma mère un véritable calvaire. Pendant que j'étais chez ma tante Monique, je continuais mes études à Catherine Flon. Gontran, encore en vie, venait parfois nous rendre visite chez ma tante.

Ce fut lors d'un de ses séjours que la crise cardiaque tant redoutée a frappé. C'était un soir, entre six et huit heures. Les semaines ou les mois qui ont suivi ont été empreints d'une profonde tristesse, car le samedi 14 février 1998, mon frère adoré, Gontran, a rendu son dernier souffle. La douleur de sa perte m'a submergée. Impossible de me concentrer en classe, mon esprit hanté par le souvenir de mon petit frère parti pour l'éternité. Mon rendement scolaire en a souffert, et ma mère, ainsi que ma tante Monique, ont décidé de me laisser redoubler mon année à Catherine Flon. Par la suite, ma tante Monique m'a inscrite au Collège Lucien Hibbert pour que je termine mes études secondaires. Là, j'ai dû reprendre la seconde, puis la rhétorique et la philosophie.

Après cela, j'ai été au Collège Lucien Hibbert pour refaire ma seconde. Ma mère, soucieuse de notre bien-être, a envoyé mon jeune frère Carlo chez ma tante Monique et mon plus jeune frère Edouard chez ma tante Maye. Quelque temps plus tard, elle m'a envoyée vivre chez ma tante Monique, afin de nous épargner de nouvelles émotions. Quand j'ai quitté la maison, mon plus jeune frère Gontran a pleuré, ne comprenant pas mon départ. Chaque jour, je me rendais à Catherine Flon pour finir l'année scolaire avant de rejoindre le Collège Lucien Hibbert. Après l'école, je rentrais chez ma mère pour voir mon père, Gontran et la servante Martha, avant de prendre le chemin de chez ma tante Monique pour y passer la nuit. Ma mère, infatigable, venait nous voir presque tous les jours chez ma tante. Tante Monique, une sœur dévouée pour ma mère, était une seconde maman pour nous.

Mon père, affaibli par la maladie, a finalement succombé le 7 août 2003, à Mariani. Ses funérailles ont été célébrées à l'Auditorium de la Bible le 14 août 2003. Les épreuves ne nous épargnaient pas. Un soir, mon grand frère Reginald, endormi sur le toit de l'atelier de mon père, a chuté dans la nuit. Ma mère, alertée par ses cris de douleur, s'est réveillée en sursaut. « Reginald est en danger ! » s'est-elle écriée. Une mère reste une mère, son instinct protecteur jamais égalé. Au petit matin, Reginald a été transporté d'urgence à l'hôpital, sa jambe droite brisée. Ma mère a traversé tant de souffrances, mais sa force et son courage, dons de Dieu, ne l'ont jamais abandonnée.

Chaque matin, elle se levait pour s'occuper de mon père et de Gontran, puis se rendait à l'hôpital pour veiller sur Reginald. Ensuite, elle prenait la route pour venir nous voir chez notre tante. Ce n'était pas facile pour elle, mais son amour inconditionnel pour ses enfants et pour tous ceux qui l'entouraient renouvelait ses forces. Ma tante Monique, quant à elle, nous a soutenus de toutes ses forces : financièrement, émotionnellement, avec son temps, son argent, son énergie, son cœur de mère, sa sagesse, son humour et sa générosité. Elle était une seconde mère pour nous et une sœur précieuse pour ma mère, prenant en charge notre nourriture, nos vêtements, notre scolarité, tout.

J'ai finalement terminé mes études secondaires au Collège Lucien Hibbert, situé à quelques minutes de chez nous. Malgré mes efforts, j'ai dû redoubler la rhétorique et la philosophie deux fois. Ma tante Monique a généreusement payé ces classes une deuxième fois, m'encourageant à persévérer. Les magouilles du système éducatif avaient fait perdre mes notes, me forçant à reprendre ces années avec une profonde tristesse et une colère sourde. J'avais donné le meilleur de moi-même, et ma tante avait fait de même pour mes études. Je devais réussir. Soutenue par ma mère et ma tante, j'ai repris la rhétorique et la philosophie, pour finalement les réussir avec d'excellentes notes. Pendant que je refaisais la classe de philosophie, j'étudiais aussi le secrétariat à l'école professionnelle de Craan. J'ai réussi mes examens de philosophie, grâce à Dieu, à ma tante et à ma mère.

C'est à cette période que Bruce Lee est entré dans ma vie. Ma relation avec lui était connue de tous, et il était apprécié, particulièrement par ma mère et ma tante Monique. Nous avions des moments privilégiés, où nous pouvions discuter et partager nos pensées. Il venait me chercher à Craan après mes cours de secrétariat. Notre relation a débuté sous les meilleurs auspices, mais après deux mois, un doute s'est installé. Mes invitations à la dévotion du dimanche matin étaient souvent déclinées. Puis, un dimanche, il est apparu à l'église. J'étais ravie de le voir, lui souhaitant la bienvenue. Sa réponse, cependant, a brisé mon cœur : « Mwen pa vini pou ou, mwen vini pou Elwine Volmar et Carmelle Volmar. » J'étais dévastée. J'ai appris par la suite qu'il entretenait des relations avec ma meilleure amie, Valodia, et neuf autres filles.

Un membre de l'Auditorium de la Bible, Petit-Frère, qui ne savait pas que Bruce Lee était mon petit ami, venait souvent me voir, ami de mes frères. Il était aussi ami des Volmar. Bruce Lee fréquentait les sœurs Volmar en secret, sans qu'elles ne sachent qu'elles partageaient le même petit ami. Un jour, Petit-Frère est venu me voir chez ma tante Monique. Dans notre conversation, il m'a demandé ce que Bruce Lee représentait pour moi. En lui répondant qu'il était mon petit ami, Petit-Frère m'a révélé la vérité choquante : Bruce Lee courtisait simultanément les sœurs Volmar.

Malgré tout, Bruce Lee continuait à me tromper, flirant avec neuf autres filles et entretenant des relations intimes avec elles. Un jour, mon frère Edouard l'a surpris main dans la main avec une de ses petites amies. Il est venu me prévenir, me disant de faire attention, que Bruce Lee se jouait de moi. La nouvelle m'a transpercée comme un poignard. Après des jours de réflexion, j'ai rédigé une lettre de rupture. Je lui ai remise, lui demandant de la lire une fois chez lui. En la lisant, il a été submergé par une émotion intense. Il pensait que je ne découvrirais jamais ses agissements, qu'il pouvait me traiter comme une imbécile. La lettre, une bombe atomique, l'a laissé stupéfait. Après seulement quatre mois de relation, j'ai mis fin à notre histoire. Sa famille a tenté de me faire changer d'avis, allant même voir ma tante Monique. Mais ma tante, avec sa sagesse habituelle, a répondu : « Ce n'est pas moi qui ai demandé à Edwige d'être avec Bruce Lee. Edwige est la seule maîtresse de ses décisions. Si la relation ne va pas, elle a le droit de rompre. Je ne peux rien faire pour vous. » Ma mère et ma tante ont respecté ma décision. S'ensuivit une période de près de deux ans sans relation amoureuse.

Deux ans plus tard, j'ai rencontré Monsieur Nixon Lafond. Il venait à l'Auditorium pour le culte et pour voir ses amis. Au fil de ses visites, il est devenu mon ami. Je lui ai demandé s'il avait des enfants. Il m'a parlé de son fils, Othniel Nixon Lafond. Je lui ai posé des questions sur son âge, sur la possibilité de le rencontrer, et il m'a dit qu'Othniel avait onze ans et qu'il viendrait avec lui le samedi suivant. J'étais folle de joie.

Ce samedi tant attendu, Nixon est arrivé avec le fameux Othniel Nixon Lafond. Mon cœur débordait d'émotion et de joie. Ce fut l'un des jours les plus heureux de ma vie. Quand Nixon me l'a présenté, j'étais si contente que je ne pouvais prononcer un mot. Puis, en riant, j'ai demandé à Nixon : « Banmwen bel pitit gason saa » (Donne-moi ce beau garçon). Nixon m'a répondu : « Ou met pranl, mwen fè kado li » (Tu peux le prendre, je te le donne en cadeau). J'avais trouvé un trésor inestimable. Nixon m'a proposé qu'Othniel s'assoie avec moi dans ma classe de l'école du sabbat. J'étais tellement heureuse de partager ce moment avec mon trésor. Depuis ce jour, Othniel vient me retrouver chaque samedi matin à l'Auditorium. Après l'église, il m'accompagnait dans les visites missionnaires, puis restait aux réunions et aux répétitions de chorale. Il est devenu mon garde du corps, mon ami, mon petit frère, mon compagnon fidèle, mon conseiller, tout pour moi. Depuis 2002, nous sommes restés en contact. Nixon a commencé à manifester une jalousie déplacée pour Othniel, mais cela n'a jamais affecté notre lien.

Par la suite, j'ai commencé à rendre visite à Othniel chez lui. Nous avons participé à une journée à la mer organisée par l'école américaine où travaillait ma tante Denise. C'était une journée de camp d'été, et chaque vendredi, ma tante emmenait les enfants s'amuser. J'ai invité Othniel, et nous nous sommes bien amusés. En rentrant, j'ai demandé aux parents de mon filleul Smarky de déposer Othniel chez lui, car je voulais qu'il rentre sain et sauf. Ils ont accepté. Le lendemain, à l'église, Nixon était furieux, m'accusant qu'Othniel était rentré trop tard, ce qui était faux. C'était juste une scène de jalousie. J'ai souri, ne voulant pas qu'il m'interdise de voir Othniel. Le samedi suivant, Nixon est venu avec Othniel, disant : « Kom sé Othniel ou renmen plus, men Othniel ou » (Comme c'est Othniel que tu aimes le plus, voici Othniel). J'ai pris la main d'Othniel et suis rentrée à l'église sans un mot, désireuse de continuer à le voir chaque samedi. Othniel ne me détestait pas, et je me fichais de ce que disait Nixon. Mon amour pour Othniel est sincère, et je l'aimerai toujours. Comment ne pas aimer un enfant aussi innocent, gentil, calme et aimant ? Comment rejeter un tel cadeau de Dieu ? Je continuais de voir Othniel chaque samedi, ignorant les propos de son père. Othniel a grandi vite. Il avait vingt ans lorsque je suis partie pour les États-Unis, le cœur lourd, ne sachant quand je le reverrais.

Même après mon départ pour les États-Unis, Othniel et moi sommes restés en contact. En 2020, cela fait dix-huit ans que nous nous connaissons. Je n'ai rien à lui reprocher. Il est la plus belle rencontre de ma vie, une bénédiction, un cadeau précieux de Dieu. Je l'aime de tout mon cœur. Il est mon petit frère, celui à qui je porte une attention particulière. D'abord, parce qu'il n'a pas connu sa mère, décédée peu après sa naissance. Ensuite, parce qu'il a traversé une enfance difficile, marquée par la douleur et les bouleversements, en particulier à cause de son père. Il méritait, plus que quiconque, amour, affection et compréhension. Mon attention pour Othniel est et restera constante, car il le mérite. Son père, rongé par une jalousie absurde, a tout tenté pour nous séparer, mais sans succès. En octobre 2018, il a coupé les ponts avec moi, mais pas avec Othniel, car il ne le pouvait pas. Seul Othniel a le droit de décider de notre relation, et il ne le fera jamais, sachant à quel point il compte dans ma vie et ma joie.

Depuis octobre 2018, Nixon et moi ne nous parlons plus. Quelques mois plus tard, je suis allée chanter à Hébron, où Nixon est membre. À la sortie, il m'a appelée, inventant des excuses banales sur un changement de téléphone. Je ne l'ai pas cru. Il était embarrassé. S'il avait eu besoin de mon numéro, il aurait pu demander à Othniel. Il ne voulait plus me parler tant que je resterais amie avec Othniel. Je serai toujours l'amie d'Othniel, jusqu'à ma mort. L'amitié d'Othniel vaut tout l'or du monde, celle de Nixon, rien.

Arrivée aux États-Unis, j'ai épousé Wilner Wilson Byas Jr. C'est une bonne personne, mais sa famille est composée de démons. Heureusement, il a quatre cousins merveilleux : Hervey Dérizaire Junior, Eunaudel Bernadin, Jakoderm Bernadin et Gregory Alien, qui m'apprécient et me respectent. Sa tante Eunide Bernadin et son mari Jacques m'aiment et me considèrent comme un membre de la famille, tout comme leurs filles Janide et Jadine. La mère de mon mari, ainsi que ses frères et sœurs, sont des êtres cruels. La façon dont ils m'ont traitée... La mère de mon mari est un serpent venimeux, une hypocrite, et selon ce que j'ai entendu, même une lougarou.

J'ai été enceinte trois fois, et j'ai perdu les trois bébés. La première fois, ma belle-mère, Mrs. Viola, savait que j'étais enceinte. Elle est étrange. Je me demande si elle n'est pas une lougarou, car elle savait quand j'ai perdu le bébé. Je suis convaincue à 50% qu'elle l'est. Quand Mrs. Vida a raconté un rêve à ma belle-mère, sa réaction a été bizarre : « C'est pour Edwige, » a-t-elle dit, avant de raccrocher sans un mot d'excuse à Mrs. Vida Bastien. Ma belle-mère savait ce qu'elle avait fait pour que je perde mon bébé. Elle s'est transformée en mauvais esprit et a traversé mon ventre, alors que j'étais couchée dans mon lit. Cela m'a appris à ne pas faire confiance à ma belle-mère ni à sa famille.

Une autre fois, les sœurs de mon beau-père, leurs enfants et le mari de l'une d'elles sont venus à la maison. Ma belle-mère et son mari ont dormi dans la chambre. Ma belle-mère, couchée par terre sur un matelas, et son mari au pied de notre lit. Mais sa présence a perturbé mon sommeil, me plongeant dans des cauchemars terribles. Chaque fois qu'elle venait dormir dans notre chambre, c'était un véritable enfer. D'habitude, je laisse la Bible audio jouer toute la nuit. La première nuit, j'ai rêvé que j'allais chercher la voiture pour Junior. Il faisait jour, le soleil brillait. J'attendais Junior devant l'immeuble. Un homme noir, grand et imposant, m'observait. Plus il s'approchait, plus il faisait sombre, comme si la nuit était tombée. Ma belle-mère a passé cette première nuit dans notre chambre.

La deuxième nuit, ma belle-mère m'a demandé d'éteindre la Bible audio, disant qu’elle n’avait pas pu dormir. Cela me confirme qu'elle est une lougarou. Les serviteurs des esprits malins ne supportent pas la Parole de Dieu. Sa réaction et son rejet de la Bible audio renforcent ce que la famille de son mari disait d'elle.

Marie Bayas est venue passer trois mois chez nous, à la demande de ma belle-mère. Elle l'aidait dans toutes ses tâches : la vaisselle, les rendez-vous médicaux, les courses. Elle se levait tôt pour accompagner ma belle-mère chez le docteur. Ma belle-mère l'accompagnait aussi dans ses propres rendez-vous. Mais après quelques semaines, ma belle-mère et mon beau-père ont commencé à mal la traiter. Ils l'ont mise à la porte plusieurs fois en plein hiver, la laissant sans abri à des heures tardives. Heureusement, elle a trouvé refuge chez quelqu'un. Des personnes qui servent Dieu ne devraient jamais rejeter autrui. Ils l'ont mise dehors parce qu'elle était de mon côté, lorsque ma belle-mère me maltraitait. Marie Bayas m'a beaucoup soutenue, m'appelant chaque jour pour prendre de mes nouvelles et priant pour moi.

Après cette épreuve, mon amie Mme Ralph m'a conseillé de me renseigner sur les familles d'accueil. J'ai contacté une agence, mais ils n'avaient pas de bébé disponible. Cette agence était loin, dans le New Jersey. J'ai cherché en ligne et, grâce à Dieu, j'ai trouvé une agence à Queens, à trente minutes de chez moi. J'ai appelé pour obtenir des informations et une jeune femme m'a invitée à venir suivre une classe. J'en ai parlé à Junior, qui était ravi et m'a encouragée à y aller rapidement. J'ai commencé ma formation en janvier 2019 et l'ai terminée en mars 2019. Junior a suivi sa formation à Bronx en août 2019, la terminant en octobre 2019. Nous avons suivi des cours spécialisés sur la communication avec les enfants et les jeunes ayant subi des abus. Nous avons répondu à de nombreuses questions, suivi des séminaires et rempli une montagne de papiers. Nous avons passé des tests d'empreintes digitales et médicaux, fourni des documents variés. Les parents de mon mari ont également subi leurs empreintes et examens médicaux. Ils ont visité notre maison, pris des photos de chaque pièce, et nous ont posé seize questions sur notre enfance, nos relations et notre rencontre. Des appels vidéo ont été réalisés. Finalement, Junior et moi avons terminé toutes les démarches. Nous attendons maintenant de recevoir un enfant, ou des enfants, très bientôt.

Grâce à Dieu, ma mère a vécu jusqu'à l'âge de soixante-quinze ans. Elle nous a quittés le vendredi 30 mars 2018, vers huit ou neuf heures du matin. Ses funérailles ont été célébrées à l'Auditorium de la Bible le dimanche 8 avril 2018, vers dix heures du matin. Je suis rentrée en Haïti le vendredi 6 avril 2018 pour assister à ses obsèques. Je suis retournée aux États-Unis le lundi 9 avril 2018, arrivant le mardi matin vers sept heures. La perte de ma mère fut un déchirement, mais sa mémoire, son courage et son amour continuent de me guider.

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