Chapter 3

Une Demande Magique

Sans peur, Catherine interroge sa grand-mère sur ses étranges concoctions. Elle exprime son désir d'apprendre la magie. Mamie, d'abord réticente, refuse catégoriquement de lui enseigner la sorcellerie.

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Catherine, le cœur battant la chamade, se tenait sur le seuil du placard, un sourire aux lèvres. Le parfum étrange et capiteux des herbes séchées, du soufre et d'une touche indéfinissable de… barbe à papa ? flottait dans l'air. Sa grand-mère, le dos courbé, remuait avec une cuillère en bois un liquide bouillonnant d'un bleu iridescent dans une marmite de cuivre qui semblait aussi vieille que le monde. Des fioles de toutes tailles et de toutes formes reposaient sur les étagères, remplies de liquides aux couleurs de l'arc-en-ciel, de poudres scintillantes et de choses qui ressemblaient étrangement à des yeux de grenouille séchés.

"Mamie ?" murmura Catherine, sa voix résonnant un peu dans le petit espace confiné.

La vieille dame sursauta, laissant échapper un petit cri aigu. Elle se retourna, son visage ridé plissé par la surprise, ses yeux pétillants derrière ses lunettes rondes.

"Oh, ma chérie ! Tu m'as fait peur ! Que fais-tu là ? Tu ne devrais pas être dans le jardin à cueillir des fraises ?" Sa voix était douce, comme toujours, mais Catherine y décela une pointe d'agacement, presque de panique.

Catherine entra dans le placard, refermant doucement la porte derrière elle. Le placard était plus grand qu'il n'y paraissait de l'extérieur, débordant de trésors étranges et merveilleux. Elle s'approcha de sa grand-mère, ses yeux balayant la pièce avec une curiosité insatiable.

"Je... je sentais une odeur bizarre, Mamie. Et j'ai entendu des bruits étranges." Elle désigna la marmite. "Qu'est-ce que c'est que ça ?"

Mamie Sorcière (car c'est ainsi que Catherine la baptisa dans son cœur, même si elle n'osait pas encore prononcer le mot à voix haute) laissa échapper un petit rire, un son sec et craquant comme des feuilles mortes. "Oh, ce n'est rien, ma chérie. Juste une petite concoction pour... pour mon rhumatismes. Ça aide à réchauffer les vieux os."

Catherine fronça les sourcils. Le liquide bleu ne ressemblait en rien à une potion contre les rhumatismes qu'elle avait pu voir dans les livres. Et puis, il y avait ces yeux de grenouille. "Ça sent plutôt comme… comme la potion du professeur Dubois pour faire pousser les plantes en un jour, mais en plus… scintillant."

Mamie Sorcière toussota, détournant le regard. "Ah, tu as un nez fin, ma petite. C'est un vieux remède de famille. Très efficace." Elle remua vigoureusement la potion, faisant voler quelques gouttes bleues qui retombèrent sur ses mains comme de petites étoiles liquides.

Catherine s'avança encore, son regard fixé sur les étagères. Elle repéra un livre relié de cuir noir, dont les pages semblaient s'illuminer d'elles-mêmes. "Et ça, Mamie ? C'est quoi ce gros livre ?"

"Ça ?" Mamie Sorcière jeta un coup d'œil furtif au livre. "C'est... c'est mon journal intime. On y écrit les recettes de cuisine." Sa voix était plus aiguë qu'à l'accoutumée.

Catherine n'était pas née de la dernière pluie, malgré son jeune âge et sa gentillesse. Elle savait que sa grand-mère lui mentait. Et le mensonge, surtout lorsqu'il était aussi évident, piquait sa curiosité comme une abeille enragée. Elle se tourna vers sa grand-mère, ses yeux brillants d'une détermination nouvelle.

"Mamie," commença-t-elle, sa voix devenant plus ferme, "vous n'êtes pas juste une gentille vieille dame qui fait des confitures. Vous êtes… vous êtes une sorcière, n'est-ce pas ?"

Le silence tomba dans le placard, épais et lourd comme un nuage d'orage. Mamie Sorcière la fixa, ses yeux pétillants s'étaient voilés d'une expression indéchiffrable. Un long moment passa, pendant lequel le seul son était le léger gargouillis de la potion bleue.

Finalement, Mamie Sorcière soupira, un profond soupir qui sembla porter le poids de cent ans. Elle posa sa cuillère en bois. "Et si je l'étais, ma chérie ? Que ferais-tu ?"

Catherine sentit une vague de joie la submerger. C'était donc vrai ! Son cœur battait la chamade, non pas de peur, mais d'excitation. "Oh, Mamie ! C'est merveilleux ! Je savais que vous étiez spéciale ! Est-ce que… est-ce que vous pourriez m'apprendre ? M'apprendre à faire de la magie ?"

Elle s'attendait à un sourire, à une explication, à une acceptation joyeuse. Mais le visage de sa grand-mère se ferma. Une ombre traversa ses yeux, une dureté nouvelle qui glaça le sang de Catherine.

"Apprendre la magie ?" répéta Mamie Sorcière, sa voix devenant glaciale. "Non, Catherine. Absolument pas. Je ne ferai pas de sorcellerie pour toi."

La déception frappa Catherine comme un coup de poing. Elle cligna des yeux, incrédule. "Mais… mais pourquoi, Mamie ? J'ai été sage. Je vous aide tout le temps. J'ai appris à faire le ménage comme personne. J'ai même appris à ne pas me plaindre quand je dois faire la vaisselle dans l'eau froide !" Elle fit une pause, puis ajouta avec une pointe de reproche, "Vous ne pouvez pas me faire faire tout le ménage et puis refuser de partager vos secrets !"

Mamie Sorcière secoua la tête, son regard dur comme de la pierre. "Ce n'est pas une question de ménage, ma chérie. La magie, ce n'est pas un jeu. Ce n'est pas une babiole qu'on offre à une petite fille. C'est dangereux. C'est une lourde responsabilité. Et surtout," elle s'approcha de Catherine, son visage à quelques centimètres du sien, ses yeux la transperçant, "je ne veux pas que tu deviennes comme moi."

Catherine resta bouche bée. "Comme vous ? Mais vous êtes… vous êtes la meilleure ! Vous faites des potions qui sentent bon et qui font des effets incroyables !" Elle pensait à la fois où sa grand-mère avait fait pousser un rosier entier en une nuit, juste parce qu'elle en avait envie.

"La magie a un prix, Catherine," dit Mamie Sorcière d'une voix grave. "Elle peut te rendre forte, mais elle peut aussi te rendre solitaire. Elle peut te donner du pouvoir, mais elle peut aussi te consumer. Et puis, je ne ferai pas de sorcellerie pour toi. C'est dit."

Elle se détourna, reprenant sa cuillère et remuant à nouveau la potion bleue avec une énergie nouvelle, comme pour signifier que la conversation était terminée. Catherine sentit les larmes lui monter aux yeux. Elle n'avait jamais ressenti une telle déception. Elle avait découvert le secret le plus incroyable du monde, et sa grand-mère la lui refusait.

Elle resta là, immobile, le cœur lourd. Le parfum des potions, autrefois si enchanteur, lui semblait maintenant amer. Elle regarda sa grand-mère, son dos voûté, ses mains ridées qui remuaient le liquide magique. Elle la voyait comme une figure puissante et mystérieuse, mais aussi comme une figure qui la rejetait.

"Mais… mais Mamie," murmura-t-elle, sa voix étranglée par l'émotion. "Je… je veux vraiment apprendre. Je suis prête à tout. Je vous promets que je serai sage. Je serai prudente. S'il vous plaît…" L'insistance dans sa voix était palpable. Elle sentait que sa vie ne serait plus jamais la même si elle ne découvrait pas ce monde merveilleux.

Mamie Sorcière s'arrêta de remuer. Elle resta immobile un long moment, le regard perdu dans le vide, comme si elle pesait quelque chose d'extrêmement important. Catherine retenait son souffle.

Finalement, Mamie Sorcière se retourna lentement. Son visage était toujours empreint d'une certaine sévérité, mais une lueur de… quelque chose d'autre… brillait dans ses yeux. Une lueur de défi, peut-être ? Ou de curiosité ?

"Tu es vraiment déterminée, n'est-ce pas ?" dit-elle, un léger sourire effleurant ses lèvres. "Tu ne te laisses pas décourager si facilement." Elle la regarda attentivement. "Tu es sûre de ce que tu demandes, Catherine ? La magie n'est pas un chemin facile. Elle demande du travail, de la discipline, et parfois… elle demande des sacrifices."

Catherine hocha la tête avec vigueur, ses yeux remplis d'espoir. "Oui, Mamie ! Je suis sûre ! Je veux apprendre ! Je veux être une sorcière, comme vous !"

Mamie Sorcière la dévisagea pendant encore un moment. Puis, elle poussa un petit rire, un rire différent de celui qu'elle avait eu au début, un rire plus profond, plus chaleureux. "Très bien, ma chérie. Très bien."

Elle tendit la main et effleura la joue de Catherine. "Mais tu ne deviendras pas une sorcière du jour au lendemain. Il y a des épreuves. Des épreuves difficiles. Si tu les réussis, alors peut-être… peut-être que je pourrai te transmettre quelques secrets."

Catherine sentit son cœur bondir de joie. "Des épreuves ? Lesquelles ?"

"Des épreuves qui mettront à l'épreuve ton courage, ton intelligence et ta détermination," dit Mamie Sorcière, un sourire malicieux se dessinant sur son visage. "Et pour commencer, ma petite apprentie, tu vas devoir apprendre à faire une potion… une nouvelle potion chaque jour. Et chaque potion devra être parfaite."

Elle désigna la marmite. "Ceci, par exemple, est une potion pour le courage. Mais si tu te trompes d'ingrédient, ou si tu ne la remues pas dans le bon sens, elle pourrait te transformer en crapaud… ou pire."

Catherine regarda la potion bleue, puis sa grand-mère. Elle était prête. Elle était terrifiée, mais surtout, elle était incroyablement excitée. Son été chez Mamie Sorcière venait de prendre une tournure qu'elle n'aurait jamais imaginée. Et elle ne pouvait pas attendre de voir ce que le lendemain allait lui réserver. Elle avait une potion à faire, et elle ne voulait surtout pas finir en crapaud. Pas encore.

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