Chapter 2

Le Secret du Placard

Un après-midi ensoleillé, la curiosité pousse Catherine à ouvrir un placard fermé à clé. À sa grande surprise, elle y découvre Mamie, affairée à préparer des potions aux couleurs étranges. Le mystère commence à s'épaissir.

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Le soleil de cet été 1965 filtrait à travers les rideaux de dentelle, dessinant des arabesques lumineuses sur le parquet ciré de la maison de Mamie. Catherine, du haut de ses quatorze ans, avait déjà passé la matinée à astiquer les cuivres jusqu'à ce qu’ils brillent comme des soleils miniatures, puis à plier le linge avec une méticulosité qui aurait fait pâlir d’envie une religieuse. Sa grand-mère, Mamie, avec ses cheveux blancs comme neige et son sourire doux comme une caresse, semblait toujours ravie de ses efforts. « Ma petite Catherine, tu es un ange tombé du ciel », disait-elle en lui donnant un bisou sur le front, un bisou qui sentait la lavande et le temps passé.

Mais aujourd’hui, une autre odeur flottait dans l’air, une odeur étrange, piquante et sucrée à la fois, qui titillait les narines de Catherine. Elle venait de la pièce la plus mystérieuse de la maison : le petit placard au fond du couloir, celui que Mamie avait toujours un peu trop rapidement fermé à clé en disant : « Oh, ce n’est rien, ma chérie, juste de vieilles affaires de couture. » De vieilles affaires qui sentaient… quoi, déjà ? Un mélange de réglisse, de menthe poivrée et d’une touche florale indéfinissable. Sa curiosité, cette petite bête qui la démangeait souvent, se mit à gratter avec insistance.

Alors que Mamie était partie cueillir des herbes dans son jardin secret, Catherine, le cœur battant la chamade, se glissa jusqu’au fameux placard. La clé était, par un incroyable concours de circonstances, encore dans la serrure. Une petite clé en fer forgé, aussi petite et fine que le fil d’une toile d’araignée. Elle tourna doucement. Un clic. La porte s’ouvrit dans un grincement discret, révélant un spectacle qui la laissa bouche bée.

Ce n’était pas de vieilles robes ou des pelotes de laine qui s’offraient à sa vue, mais un véritable laboratoire miniature. Des bocaux en verre de toutes tailles débordaient de substances aux couleurs chatoyantes : un liquide d’un bleu électrique qui semblait scintiller de mille feux, une poudre d’un vert émeraude, une pâte d’un violet profond qui dégageait une légère fumée. Sur une petite étagère, des fioles alignées contenaient des gouttes de liquides ambrés, rouges, dorés. Et au centre de tout cela, Mamie !

Sa grand-mère, habituellement si pensive et calme, était là, affairée. Elle portait une sorte de tablier en cuir élimé, et ses mains, qui d’habitude pétrissaient la pâte à pain avec tant de douceur, manipulaient maintenant des entonnoirs, des mortiers et des pilons avec une dextérité surprenante. Elle murmurait des mots étranges, des incantations douces qui se perdaient dans le bourdonnement des insectes dans le jardin. Elle ajoutait une pincée de cette poudre verte dans le liquide bleu, qui se mit alors à bouillonner doucement, libérant une vapeur qui sentait… les étoiles filantes et les premières rosées du matin.

Catherine resta figée, le souffle coupé. Mamie, sa Mamie, celle qui lui racontait des histoires avant de dormir, celle qui faisait les meilleurs gâteaux aux pommes du monde, était… quoi ? Une alchimiste ? Une chimiste un peu excentrique ? Ou…

Une petite voix dans sa tête, celle qui avait toujours eu une prédilection pour les contes de fées et les légendes oubliées, murmura un mot : sorcière.

Mamie se retourna brusquement, comme si elle avait senti la présence de Catherine. Ses yeux, habituellement clairs et pétillants, la fixèrent avec une intensité nouvelle. Il n’y avait aucune surprise dans son regard, juste une sorte de… résignation amusée.

« Ah, te voilà, ma petite curieuse », dit-elle, sa voix toujours aussi douce, mais avec une nuance nouvelle, un je-ne-sais-quoi de mystérieux. « Tu es tombée sur mon petit secret. »

Catherine, reprenant enfin ses esprits, s’avança timidement dans la pièce, ses yeux ne quittant pas les bocaux et les fioles. « Mamie… qu’est-ce que c’est que tout ça ? Ça sent… ça sent le conte de fées. »

Mamie sourit, un sourire qui dévoilait ses rides, mais qui illuminât son visage. « C’est un peu comme ça, ma chérie. Ce sont des potions. Des remèdes, des élixirs… et quelques tours de passe-passe. » Elle prit une petite fiole contenant un liquide doré et en but une gorgée. « Ça, par exemple, c’est pour avoir la mémoire des oiseaux. Utile quand on oublie où l’on a mis ses lunettes. »

Catherine s’approcha encore, fascinée. « Et ça, le bleu là ? On dirait le ciel après un orage. »

« Ça, c’est pour faire pousser les fleurs plus vite. Un peu trop vite, parfois », répondit Mamie avec un clin d’œil. « Mais ne t’inquiète pas, rien de dangereux. Juste des petites magies du quotidien. »

Magies. Le mot résonna dans la tête de Catherine. Elle regarda sa grand-mère, sa douce grand-mère, et une audace nouvelle la saisit. « Mamie… est-ce que… est-ce que tu es… une sorcière ? »

Le silence tomba dans le petit placard, un silence chargé d’une attente palpable. Mamie se redressa lentement, posa sa fiole et essuya ses mains sur son tablier en cuir. Elle s’approcha de Catherine, ses yeux la scrutant avec une douceur intense.

« Une sorcière, dis-tu ? » répéta-t-elle, un léger sourire aux lèvres. « Eh bien… disons que j’ai quelques tours dans mon sac. Mais la sorcellerie, ma chérie, ce n’est pas pour les enfants. C’est une affaire sérieuse, qui demande beaucoup de patience, de discipline… et parfois, de sacrifices. »

Catherine sentit son cœur bondir d’espoir. « Mais… je suis patiente ! Et je veux apprendre ! Je veux être comme toi, Mamie ! Je veux faire de la magie ! » Son ton était empreint d’une ferveur enfantine, mais aussi d’une détermination naissante.

Mamie soupira doucement, un soupir qui semblait porter le poids des années. « Oh, ma petite Catherine. Je ne voudrais pas te faire peur. La magie, ce n’est pas que des jolies couleurs et des potions qui sentent bon. C’est aussi des responsabilités. Et parfois… des choses un peu moins… réjouissantes. »

« Mais je ne veux pas avoir peur ! » insista Catherine, sa voix se faisant plus pressante. « S’il te plaît, Mamie ! Apprends-moi ! Je ferai tout ce que tu me diras ! Je promets ! »

Les yeux de Mamie se posèrent sur le visage suppliant de sa petite-fille. Elle vit dans ses yeux la même étincelle qui avait brillé dans les siens, des années et des années auparavant. Elle vit la curiosité, l’envie d’apprendre, le désir de comprendre les mystères du monde. Elle vit aussi une force tranquille, une détermination qui ne demandait qu’à être canalisée.

Finalement, après un long moment de réflexion, Mamie esquissa un sourire énigmatique. « Très bien, ma Catherine. Mais à une condition. Tu ne fais pas ça pour t’amuser. Tu le fais parce que tu veux vraiment comprendre. Et tu écoutes tout ce que je dis. Sans discuter. »

Catherine hocha la tête avec vigueur, ses yeux brillant de joie. « Oui, Mamie ! Je promets ! Merci ! Merci infiniment ! »

Mamie lui rendit son sourire, mais un frisson imperceptible parcourut son échine. Elle savait que dès l’instant où elle avait accepté, le cours de la vie de sa petite-fille, et peut-être le sien, venait de prendre un tournant inattendu et potentiellement dangereux. « Alors, prépare-toi, ma chérie. Parce que demain, ton apprentissage commence. Et ce ne sera pas une promenade de santé. »

Le lendemain matin, le soleil se leva sur un nouveau jour, un jour plein de promesses et de mystères. Catherine, le cœur battant à cent à l’heure, se réveilla avant même que le coq n’ait chanté. Elle descendit dans la cuisine, où Mamie était déjà affairée à préparer le petit-déjeuner. L’odeur de café frais se mêlait désormais à celle, toujours présente, des herbes et des épices.

« Alors, prête pour ta première leçon, ma petite sorcière en herbe ? » demanda Mamie, un sourire malicieux aux lèvres.

Catherine hocha la tête, un sourire radieux illuminant son visage. « Plus que prête, Mamie ! »

Mamie lui tendit une petite tasse fumante. « Avant de commencer, il faut bien se nourrir. Ça, c’est une infusion de courage. Avec une touche de persévérance. Et quelques gouttes de patience. »

Catherine but une gorgée. Le liquide était chaud, amer au début, puis laissait une sensation de chaleur réconfortante se répandre dans tout son corps. Elle sentit une nouvelle énergie l’envahir, une énergie qui lui donnait l’impression de pouvoir soulever des montagnes.

« Maintenant, allons au jardin », dit Mamie en se levant. « Pour ta première potion, nous allons préparer un élixir de bonne humeur. Parfait pour les jours de pluie. »

Catherine suivit sa grand-mère, impatiente de découvrir les secrets que le placard avait si longtemps gardés. Elle ne se doutait pas encore que les épreuves qui l’attendaient seraient bien plus qu’une simple initiation. Elle ne savait pas que sa grand-mère, sous ses airs bienveillants, allait bientôt révéler une autre facette de sa personnalité, une facette qui mettrait à l’épreuve tout son courage et sa détermination. Mais pour l’instant, il n’y avait que la joie de la découverte, l’excitation de l’apprentissage, et l’odeur merveilleuse des potions qui montaient dans l’air, promettant des jours remplis de magie.

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