Chapter 3

La Chasse Commence

La panique laisse place à la détermination. Pour survivre et espérer rentrer chez eux, les enfants comprennent qu'ils doivent chasser les créatures qui rôdent. Leur aventure commence réellement.

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La peur, cette vieille compagne familière, avait d’abord serré la gorge de Simon et de ses amis. Elle s’était manifestée par des hurlements étouffés, des bras qui se serraient, des regards éperdus balayant l’horizon cauchemardesque. Mais la panique, heureusement, est une flamme qui ne peut brûler éternellement. Elle s’estompe, laissant derrière elle les cendres de la raison, et parfois, l’étincelle d’une nouvelle force. C’est ainsi que, peu à peu, le tumulte intérieur céda la place à une résolution glaciale. Ils étaient là. Piégés dans un monde où les ombres cachaient des crocs acérés et où le hurlement de la nuit n’était pas une métaphore. Pour survivre, il n’y avait qu’une seule voie : affronter.

« On ne peut pas rester là à attendre d’être dévoré », déclara Sugar, sa voix étonnamment ferme malgré le tremblement de ses mains. Elle avait toujours été la première à bondir, celle qui n’hésitait pas. Aujourd’hui, son impétuosité était teintée d’une nouvelle gravité. Elle balaya du regard la forêt dense et sombre qui les entourait, les arbres aux branches tordues ressemblant à des griffes décharnées. « Il faut trouver un moyen de nous défendre. Ou de les trouver avant qu’ils nous trouvent. »

Timothée hocha la tête, son front plissé par la concentration. Son esprit analytique travaillait à plein régime, cherchant des schémas dans le chaos. « Chasser, alors. C’est ce que le jeu nous demande, non ? Lutter pour ne pas être la proie. » Il jeta un coup d’œil à Simon, qui le regardait avec une confiance absolue, malgré la terreur qui brillait encore dans ses grands yeux. « Simon, tu as vu quelque chose, n’est-ce pas ? Avant que tout ça ne commence. »

Simon déglutit difficilement. Sa vision, celle qui avait traversé son esprit comme un éclair juste avant la transformation, était encore vive. « Oui… des ombres. Courant. Et… et des yeux rouges. Ils étaient… partout. » Sa voix était un murmure, chargé d’une angoisse qui n’avait rien à voir avec la peur de l’obscurité qu’il avait toujours connue. C’était une peur plus primale, plus réelle.

Sasha, quant à elle, ne perdait pas de temps. Elle avait sorti de son sac à dos, dans un geste presque automatique, un petit carnet et un crayon. « Il faut comprendre les règles. S’il y a des loups-garous, il doit y avoir un moyen de les identifier, de les éviter, ou mieux, de les combattre. » Elle griffonner frénétiquement, notant chaque détail qu’elle pouvait observer : la texture de l’écorce des arbres, le type de végétation, les sons étranges qui parvenaient à leurs oreilles. « La première étape, c’est l’observation. »

Chiara, le cœur serré par l’angoisse de ses amis, posa une main réconfortante sur l’épaule de Simon. « Nous sommes ensemble, Simon. Et nous allons nous sortir de là. Ensemble. » Son regard se posa sur Sugar, puis sur Timothée et Sasha. « Il faut rester unis. C’est notre plus grande force. » Elle essayait de projeter un calme qu’elle ne ressentait pas entièrement, sa propre inquiétude se nichant dans les replis de sa conscience.

Leur première expédition fut prudente, guidée par l’instinct de Sugar et la logique de Timothée. Ils se déplacent en formation serrée, les sens en alerte maximale. Chaque craquement de branche, chaque bruissement de feuilles provoquait un sursaut. La forêt semblait vivante, respirant autour d’eux, ses murmures inquiétants se mêlant aux battements de leurs propres cœurs.

« On devrait s’écarter de cette clairière », murmura Timothée, pointant du doigt une étendue de pelouse étrangement plate, au milieu de laquelle se dressait un unique arbre mort, décharné comme un squelette. « Ça fait trop… ouvert. »

Sugar acquiesça, mais son regard était fixé sur quelque chose d’autre. « Vous avez vu ça ? » Elle désigna une trace sur le sol, bien plus grande qu’une empreinte de chien. « C’est gros. Et ça sent… le fauve. » Une odeur âcre, métallique, flottait dans l’air.

Sasha s’approcha, le nez plissé. « Ça sent le sang. Ou quelque chose qui a tué. » Elle s’accroupit, examinant la trace avec une intensité rare. « Regardez les griffes. Elles sont profondes. »

C’est alors qu’un grognement sourd, venu de l’ombre des arbres, fit se dresser leurs cheveux sur la nuque. Un son guttural, primal, qui annonçait la présence de quelque chose de puissant et de dangereux.

« C’est là », souffla Sugar, son corps se tendant comme un arc. Elle avait sorti, d’où, nul ne savait, une sorte de bâton de bois durci, qu’elle tenait fermement.

Timothée attira Simon derrière lui. « Reste près de Chiara. » Il scrutait les ombres, essayant de discerner la forme qui se cachait derrière le feuillage.

Soudain, une silhouette massive émergea des bois. Elle était bien plus grande qu’un loup normal, ses muscles saillants sous une fourrure sombre et hirsute. Ses yeux brillaient d’une lueur jaune, prédatrice. C’était un loup-garou. Pas une créature mythique, mais une bête bien réelle, crachant une salive écumeuse.

La peur revint, plus forte cette fois, mais elle était mêlée à une nouvelle sensation : la rage de la survie. Ils n’étaient plus seulement des enfants perdus, ils étaient des adversaires.

La bête se rua sur eux avec une vitesse stupéfiante. Sugar, avec un cri de guerre, se plaça en première ligne, son bâton levé. Elle frappa avec toute sa force. Le coup résonna, mais le loup-garou sembla à peine sentir le choc. Il esquiva avec une agilité déconcertante et tenta de mordre Sugar.

Timothée réagit instantanément. Il attrapa une grosse branche tombée au sol et la projeta vers la créature, la déviant juste assez pour que ses crocs manquent leur cible. Sasha, quant à elle, avait repéré une autre trace, plus fine, celle de son propre passage. Elle attira l’attention de la bête en agitant sa chemise, la faisant tourner autour d’elle, pendant que Chiara guidait Simon vers un endroit plus sûr, un amas de rochers qui offrait un semblant d’abri.

Le loup-garou, dérouté par cette attaque coordonnée, grogna de frustration. Il semblait plus habitué à des proies qui fuyaient sans combattre. Il se concentra sur Sugar, l’intrépide qui ne reculait pas.

« Il est rapide », haleta Sugar, esquivant une nouvelle charge. « Et fort. Mon bâton ne lui fait rien. »

« Il faut trouver une autre approche », dit Timothée, observant les mouvements de la bête. « Ses yeux… sont-ils sensibles à la lumière ? »

Sasha avait eu une idée. Elle avait remarqué que, lorsque le soleil filtrait à travers les arbres, le loup-garou semblait hésiter, plissant les yeux. « La lumière ! Il n’aime pas la lumière vive ! »

Elle chercha rapidement dans son sac. Elle en ressortit une petite lampe de poche, celle qu’elle utilisait pour lire la nuit. Elle l’alluma et la pointa directement dans les yeux de la créature. Le loup-garou poussa un hurlement de douleur, reculant instinctivement, se frottant les yeux avec ses pattes griffues.

C’était leur chance.

« Tous ensemble ! » cria Sugar. Elle se rua sur la bête affaiblie, son bâton visant cette fois-ci ses pattes. Timothée la suit, utilisant sa branche pour la désorienter. Sasha continuait de diriger la lumière de sa lampe vers les yeux du loup-garou, le maintenant dans un état de confusion et de douleur.

La créature, incapable de se défendre efficacement, se retrouva acculée. Elle grogna, ses muscles se tendirent, mais la peur des yeux lumineux et les coups précis la firent hésiter. Elle jeta un dernier regard furieux aux enfants, puis, avec un dernier hurlement qui résonna dans la forêt, elle disparut dans les profondeurs des bois, aussi rapidement qu’elle était apparue.

Un silence pesant retomba sur la petite clairière. Les enfants restèrent immobiles, le souffle court, le cœur battant la chamade. Ils avaient réussi. La première rencontre, ils l’avaient gagnée.

Sugar laissa tomber son bâton, un sourire tremblant sur ses lèvres. « On… on a réussi. »

Timothée, bien que soulagé, ne baissa pas sa garde. « C’était une seule. Il y en aura d’autres. Et elles seront peut-être plus intelligentes. »

Sasha regarda sa lampe de poche, puis le carnet où elle avait griffonné quelques notes. « La lumière. C’est une faiblesse. Il faut s’en souvenir. Et il faut trouver d’autres moyens. Ce bâton… il est trop léger. »

Chiara s’approcha de Simon, qui tremblait encore, mais dont les yeux commençaient à reprendre une lueur de curiosité, mêlée à la fierté. « Tu as été très courageux, Simon. »

Simon hocha la tête, un vague sourire se dessinant sur son visage. « J’ai vu… j’ai vu la lumière partir de la lampe de Sasha. C’était comme… comme une arme. »

C’est à ce moment-là que Simon eut une nouvelle vision. Cette fois, elle était différente. Moins effrayante, plus claire. Il vit une grotte, cachée derrière une cascade. Et dans cette grotte, des symboles gravés sur les murs. Des symboles qui ressemblaient à ceux du jeu.

« J’ai vu un endroit », dit-il, sa voix soudainement plus assurée. « Une grotte. Avec une cascade devant. Et des dessins… je crois que c’est important. »

Timothée se tourne vers lui, son regard attentif. « Une grotte ? Et tu es sûr que c’est lié au jeu ? »

« Oui », répondit Simon avec conviction. « Je l’ai senti. »

Sugar se redressa, l’étincelle de l’aventure rallumant ses yeux. « Une grotte ? Derrière une cascade ? Ça sonne comme un trésor… ou un repaire. Dans tous les cas, c’est une piste ! »

Sasha consulta ses notes. « Si le jeu nous a amenés ici, il doit y avoir une logique. Une progression. Une grotte pourrait être une étape. »

Chiara regarda Simon, une lueur d’espoir dans son regard. « Si tu as vu cela, Simon, alors nous devons y aller. »

La peur avait laissé place à la détermination. L’instinct de survie avait allumé la flamme de l’aventure. Ils avaient affronté leur première créature, découvert une première faiblesse, et obtenu leur première piste. La chasse commençait vraiment, et avec elle, l’espoir de trouver un chemin pour rentrer chez eux, transformés par cette épreuve inattendue. Le hurlement du loup-garou, bien que lointain, résonnait encore, mais désormais, il était le son d’un défi à relever, et non plus une menace insaisissable.

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