Chapter 2

Le Monde des Crocs

En ouvrant la boîte, une lumière aveuglante les enveloppe. Ils se retrouvent projetés dans une forêt sombre et inconnue. Le jeu s'est révélé : ils sont piégés dans un monde de loup-garous.

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Le Monde des Crocs

La lumière fut la première chose qu'ils remarquèrent. Une lumière blanche, aveuglante, qui jaillit de la boîte ouverte avec une violence inouïe, les submerge dans un tourbillon d'énergie crépitante. Un instant, ils étaient dans le salon douillet de la maison de Simon, entourés de coussins moelleux et de l'odeur réconfortante du bois ciré. L'instant d'après, le sol le plus solide se déroba sous leurs pieds, et une sensation de chute libre les saisit, un vertige qui leur arracha des cris étouffés.

Quand la lumière s'estompa, laissant place à une obscurité presque palpable, leurs sens furent assaillis par une nouvelle réalité. L'air était frais, humide, chargé d'une odeur âcre de terre mouillée et de quelque chose de sauvage, de primitif, qui leur glaça le sang. Le doux tapis du salon avait disparu, remplacé par un sol inégal jonché de feuilles mortes et de branches cassées. Au-dessus d'eux, une canopée épaisse et sombre ne laissait filtrer que de rares rayons de lune, dessinant des ombres mouvantes qui semblaient danser avec une intention malveillante.

« Où sommes-nous ? » murmura Simon, sa petite voix tremblant d'effroi. Il serra la main de Chiara, cherchant en elle un refuge contre l'immensité inquiétante qui les entourait.

Timothée, malgré sa propre appréhension, tente de garder son calme. Il se redressa, balayant l'environnement du regard. « On dirait… une forêt. Mais pas une forêt normale. » Son cœur battait la chamade, chaque battement résonnant dans le silence oppressant. La peur du noir, cette vieille compagne de son enfance, commençait à s'insinuer dans ses pensées, rendant les ombres encore plus menaçantes.

Sugar, toujours la première à réagir, se leva d'un bond, les poings serrés. « C'est le jeu ! C'est ça, le jeu ! On est dedans ! » Son ton était un mélange d'excitation et d'une appréhension nouvelle, car l'enjeu semblait soudain bien plus réel qu'une simple partie autour d'une table.

Sasha, plus réservée, s'était déjà penchée, examinant le sol avec une attention méticuleuse. « Les arbres… ils sont immenses. Et cette odeur… » Elle frissonna, pas seulement à cause du froid. « C'est l'odeur des bêtes. Des gros animaux. »

Chiara, le visage pâle, entoura Simon de ses bras. « On va s'en sortir, Simon. On est ensemble. » Sa voix était douce, mais une tension subtile trahissait sa propre peur. La culpabilité qu'elle portait, toujours enfouie, semblait se réveiller dans ce lieu hostile, comme si la forêt elle-même lui rappelait d'anciennes fautes.

Alors qu'ils tentaient de reprendre leurs esprits, un son déchirant retentit dans la nuit. Un hurlement. Un hurlement long, guttural, qui n'avait rien d'un animal familier. Il semblait venir de partout à la fois, résonnant dans leurs os et leur âme.

Simon se serra contre Chiara, les yeux écarquillés. « C'était… un loup ? »

« Un loup géant, peut-être, » répondit Timothée, sa voix tendue. « Mais ça ne ressemblait à rien de ce que j'ai jamais entendu. »

Sugar s'était déjà tournée vers la direction du son, une lueur de défi dans ses yeux. « Peu importe ce que c'est, il va falloir y aller. On ne peut pas rester ici à attendre. »

Sasha se releva, son regard vif balayant les alentours. « Attendez. Le jeu. Il doit y avoir des règles. Une indication. » Elle se mit à chercher autour d'elle, ses doigts effleurant l'écorce rugueuse des arbres, le sol moussu.

C'est alors que Simon, toujours blotti contre Chiara, eut une vision. Une image fugace, mais vive, traversa son esprit : une meute de créatures sombres, aux yeux brillants comme des braises, courant à travers la forêt, poursuivant une silhouette humaine. Il cligna des yeux, secouant la tête. « J'ai… vu quelque chose. »

« Quoi, Simon ? » demanda Chiara, inquiète.

« Des… des ombres. Et des yeux rouges. » Sa voix était un murmure. Ces visions étranges, qui le hantaient depuis qu'ils étaient entrés dans le jeu, devenaient plus intenses, plus perturbantes.

Timothée s'approcha de son frère, une main posée sur son épaule. « Tu es sûr, Simon ? » Il détestait voir son petit frère effrayé. Il détestait cette impuissance qui le rongeait.

« Oui. Ils étaient là. Ils courraient. »

Sasha, qui avait trouvé une sorte de totem gravé sur un arbre, s'écria : « Regardez ! » Sur le bois ancien, des symboles étranges étaient sculptés, formant une sorte de carte grossière et des images stylisées. Des silhouettes de loups, des lunes, et au centre, un symbole ressemblant à une maison brisée. « C'est ça. C'est notre objectif. Mais comment… »

Un autre hurlement, plus proche cette fois, les ramena à la réalité. Un bruit de branches qui craquent, un grognement bestial. Les ombres autour d'eux semblèrent s'épaissir, prendre forme. Des yeux rouges commencèrent à scintiller dans la pénombre, de plus en plus nombreux.

« Ils arrivent, » dit Chiara, sa voix serrée par l'angoisse.

Sugar prit une profonde inspiration. « Alors on va les affronter. »

Timothée sentit son estomac se nouer. Il n'était pas un guerrier. C'était Sasha, l'ingénieuse, ou Sugar, l'intrépide, qui devraient être en première ligne. Lui, il préférait observer, analyser. Mais là, il n'y avait pas le temps pour la réflexion. Il devait agir.

Soudain, une silhouette massive émergea de l'obscurité. Elle était grande, plus grande qu'un homme, recouverte d'une fourrure sombre et hirsute. Ses muscles saillants tressautaient sous la peau, et ses crocs, longs et acérés, découvraient une gueule béante. Ses yeux, d'un rouge incandescent, fixaient les enfants avec une faim évidente. Derrière lui, d'autres formes se dessinaient, des silhouettes lupines encore plus terrifiantes.

« Loups-garous, » souffla Sasha, le mot chargé d'une terreur ancestrale.

Le premier loup-garou poussa un rugissement qui fit vibrer l'air. Il s'élança vers eux, ses griffes raclant le sol.

« Courez ! » hurla Timothée, poussant Simon et Chiara derrière lui.

Ils se dispersèrent, le chaos s'installant. Sugar, fidèle à elle-même, se jeta sur le flanc, essayant d'attirer l'attention d'une des créatures. Sasha, cherchant désespérément une issue, trébucha et tomba. Avant qu'elle ne puisse se relever, un loup-garou se tenait au-dessus d'elle, sa gueule prête à se refermer.

C'est alors que Simon, dans un élan de courage qu'il ne se connaissait pas, se jeta sur le dos de la créature, la griffant et la mordant avec la rage d'un enfant effrayé. La créature, surprise, se retourna, donnant à Sasha le temps de se relever et de s'éloigner.

Timothée, voyant Sasha en danger, avait attrapé une branche épaisse et, dans un accès de panique mêlée de rage protectrice, l'avait frappée avec toute sa force sur la tête du loup-garou qui s'approchait de lui. La créature avait grogné, mais n'avait semblé que légèrement dérangée.

Chiara, quant à elle, avait réussi à entraîner Simon à l'abri derrière un arbre massif. Elle le serrait fort, son corps tremblant. « Ne bouge plus, Simon. Reste près de moi. »

La forêt était devenue un champ de bataille chaotique. Les hurlements des loups-garous se mêlaient aux cris des enfants. Sugar esquivait avec agilité, lançant des pierres qu'elle trouvait à la volée, mais sans grand effet. Sasha, ayant retrouvé une certaine contenance, observait les mouvements des créatures, cherchant un schéma, une faiblesse.

« Ils sont rapides, » analyse a-t-elle à voix haute, « mais leur champ de vision semble limité dans l'obscurité. Et… ils réagissent très fort aux bruits forts. »

Timothée, qui avait réussi à éviter une attaque en se jetant au sol, entendit les paroles de Sasha. Il se rappela le hurlement initial, qui avait semblé les paralyser. « Sasha a raison ! Le son ! Ils n'aiment pas les sons forts et soudains ! »

Sugar, qui venait d'être acculée par un loup-garou, entendit Timothée. Elle regarda autour d'elle, son regard tombant sur un amas de rochers près d'elle. D'un geste vif, elle en saisit un et le lança avec force contre un autre rocher. Le bruit sec et résonnant fit sursauter le loup-garou. Il recula, grognant, ses oreilles dressées.

« Ça marche ! » s'écria Sugar, un sourire de triomphe éclairant son visage. « Il faut faire du bruit ! »

Immédiatement, les enfants se mirent à chercher tout ce qui pouvait produire un son fort : des branches sèches qu'ils frappaient contre les arbres, des pierres qu'ils jetaient avec force. Le vacarme créé par leur coalition improvisée semblait déstabiliser les créatures. Elles hésitaient, grognaient, et reculaient, leurs yeux rouges reflétant une gêne évidente.

Sasha, profitant de cette diversion, avait réussi à s'approcher du totem gravé sur l'arbre. Elle en examinait les symboles avec une concentration intense. « Il y a un motif… une séquence. Les lunes. Il faut suivre les lunes. » Elle leva les yeux, cherchant dans le ciel à travers les branches. « Il y en a une là-haut… et une autre… »

Timothée comprit. « C'est la direction qu'il faut prendre ! » Il enfila sa prudence habituelle. « Mais comment aller là-bas sans se faire attraper ? »

Chiara, qui avait observé les créatures avec une attention particulière, remarqua quelque chose. « Ils ont peur de la lumière. Regardez. Quand la lune perce les nuages, ils se reculent. » Elle se rappela ses propres peurs, ses propres fuites dans l'obscurité.

Une idée germa dans l'esprit de Timothée. « La lumière… et le son. Si on combine les deux ? » Il regarda la boîte du jeu, toujours posée à quelques mètres d'eux, intacte malgré leur chute. Elle avait émis une lumière vive au début. Peut-être…

« Simon, tu te rappelles la lumière quand tu as ouvert la boîte ? » demanda Timothée.

Simon hocha la tête. « Oui. Très forte. »

« Il faut réussir à la rallumer, » dit Timothée, ses yeux brillants d'une nouvelle détermination. « Si on peut créer une lumière aussi forte, peut-être qu'on pourra les repousser. »

Sugar, voyant l'opportunité, se jeta vers la boîte. Elle la saisit fermement. « Comment on fait ? »

Sasha s'approcha, examinant la boîte avec une loupe imaginaire. « Il doit y avoir un mécanisme. Un déclencheur. Peut-être… » Elle regarda Simon, dont les visions semblaient liées au jeu. « Simon, est-ce que tu vois quelque chose quand tu regardes la boîte ? Un symbole ? Une lumière qui clignote ? »

Simon fixa la boîte. Il ferma les yeux un instant, puis les rouvrit. « Il y a… un petit symbole sur le côté. Comme une étoile. »

Sugar et Sasha se penchèrent sur la boîte. Effectivement, sur un des côtés, presque invisible, se trouvait un petit symbole en forme d'étoile. Sugar posa son doigt dessus, hésitant.

« Vas-y, » encouragea Timothée. « On a besoin de cette lumière. »

Sugar pressa. Rien. Elle pressa plus fort. Toujours rien. La déception commença à poindre. Puis, soudain, alors qu'elle posait sa main par réflexe sur le couvercle, une étincelle jaillit. Un faible éclat, puis un autre. La boîte se mit à vibrer doucement.

Les loups-garous, sentant quelque chose se préparer, commencèrent à grogner plus fort, se rapprochant à nouveau.

« Il faut le faire plus fort ! » s'écria Sasha. « On doit les faire peur ! »

Timothée eut une idée fulgurante. « On va faire du bruit ensemble ! Tous en même temps ! Et Sugar, tu continues à essayer de faire jaillir la lumière ! »

Les enfants se regroupèrent autour de Sugar et de la boîte. Ils frappèrent leurs pieds sur le sol, ils crièrent, ils sifflèrent, ils battirent des mains. Un vacarme assourdissant s'éleva dans la forêt. Sugar, au milieu de ce tumulte, serra la boîte, concentrant toute son énergie, toute sa volonté, sur le petit symbole de l'étoile.

Et soudain, cela fonctionna. Une lumière d'une intensité incroyable, bien plus forte que la première fois, jaillit de la boîte, se répandant comme une vague dans la forêt. Les loups-garous hurlèrent, non pas de rage, mais de douleur et de terreur. Ils se reculèrent, leurs yeux rouges se plissant sous la lumière aveuglante. Ils semblaient désorientés, incapables de supporter cette agression lumineuse.

Profitant de leur panique, Sasha indiqua la direction indiquée par les lunes. « Par là ! Il faut aller par là ! Vite ! »

Les enfants, toujours en produisant le plus de bruit possible, se mirent à courir, guidés par Sasha et la lumière vacillante de la boîte tenue par Sugar. Les loups-garous, bien qu'affaiblis par la lumière, les poursuivaient toujours, mais avec moins d'assurance. Leurs hurlements se faisaient plus lointains, plus désespérés.

Ils coururent à travers les arbres, leurs poumons en feu, leurs jambes endolories. Ils sentaient la présence des créatures derrière eux, mais la lumière de la boîte, combinée à leur propre cacophonie, semblait créer une sorte de barrière invisible.

Finalement, ils débouchèrent sur une clairière. Au centre, un cercle de pierres anciennes semblait baigner dans une lumière plus douce, presque irréelle. Une des lunes, plus brillante que les autres, éclairait ce lieu de manière particulière.

« C'est ici, » dit Sasha, le souffle court. « Le symbole sur la boîte… il correspond à ce cercle. »

Les loups-garous s'arrêtèrent à l'orée de la clairière, leurs silhouettes se découpant dans la pénombre, incapables de s'approcher davantage.

« On a réussi, » murmura Chiara, son corps relâché par le soulagement. Simon, épuisé, s'était laissé tomber sur le sol, mais un sourire fragile illuminait son visage.

Sugar, toujours tenant la boîte, sentit une vibration plus forte, une chaleur intense émanant de l'objet. La lumière s'intensifia encore, une dernière fois, puis, avec un doux pop, elle disparut.

Un silence étrange s'installa dans la clairière. Les loups-garous, comme s'ils avaient perdu leur raison d'être, se dispersèrent lentement dans la forêt, leurs hurlements se fondant dans le murmure du vent.

Les cinq enfants se regardèrent, leurs visages marqués par la fatigue, la peur, mais aussi par une fierté nouvelle. Ils avaient affronté leurs peurs, ils avaient découvert une stratégie, ils avaient survécu.

« On a chassé les loups-garous, » dit Sugar, un sourire triomphant aux lèvres.

Timothée regarda autour de lui. La forêt semblait moins menaçante maintenant. « Et maintenant… on rentre chez nous. »

Alors qu'ils s'apprêtaient à examiner la boîte pour trouver un moyen de retour, un profond sentiment de transformation les envahit. Ils n'étaient plus les mêmes enfants qui avaient ouvert cette boîte quelques heures plus tôt. Ils avaient vu la peur, ils avaient fait preuve de courage, et ils avaient prouvé qu'ensemble, ils étaient plus forts que n'importe quelle créature tapie dans l'ombre. Le jeu était loin d'être terminé, mais ils avaient franchi leur première étape, et le chemin du retour, s'il existait, semblait désormais à leur portée.

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