Chapter 3

La Rencontre Fortuite

Dans sa quête, Jimi croise le chemin d'une personne clé. Cette rencontre inattendue lui offre une lueur d'espoir et une chance inespérée de prouver sa valeur et son potentiel.

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Chapitre 3 – La Rencontre Fortuite

Le poids de la promesse faite à sa mère pesait sur les épaules de Jimi comme un linceul. Chaque pas qu'il faisait en dehors des limites familières de son quartier était teinté de cette résolution farouche. Le soleil tapait fort, mais la chaleur était une simple nuisance comparée au feu qui brûlait en lui. Il avait quitté le confort – si tant est qu'on puisse appeler ainsi leur misérable taudis – avec une idée claire en tête : il irait plus loin, là où les portes ne se fermeraient pas au premier regard, là où la désespérance ne serait pas la seule réponse.

Il avait marché pendant des heures, traversant des rues qui semblaient plus propres, plus animées, mais aussi plus intimidantes. Les regards des passants, d'abord curieux, devenaient vite indifférents, voire légèrement méprisants. Jimi sentait sur sa peau le poids de ces regards qui le traitaient comme un étranger, un intrus dans ce monde qui lui semblait si différent du sien. Il n'avait rien à manger depuis la veille, et son estomac gargouillait d'une manière qui le rendait presque honteux. Il tentait de masquer sa faim par une démarche assurée, le menton relevé, mais l'épuisement commençait à se faire sentir.

Il s'arrêta devant une échoppe où l'odeur alléchante du pain frais flottait dans l'air. Il regarda le boulanger, un homme corpulent au tablier blanc maculé de farine, occupé à servir des clients empressés. Jimi s'approcha timidement, le cœur battant la chamade.

« Monsieur, » commença-t-il d'une voix légèrement hésitante, « auriez-vous un petit travail à me proposer ? Je suis prêt à faire n'importe quoi. »

Le boulanger leva les yeux vers lui, un regard rapide et sans intérêt. « Pas besoin de bras aujourd'hui, gamin. Et puis, tu as l'air d'un gosse du quartier d'en bas. Ici, on ne prend que des gens du coin. »

La porte se referma sur ses mots, laissant Jimi seul face à la rue. Ce refus, aussi banal soit-il, était une nouvelle piqûre. Il se souvenait des moqueries, de l'indifférence. Il se serrait les poings, essayant de ne pas laisser la frustration le submerger. C'était pour sa mère qu'il faisait cela. Il ne pouvait pas échouer.

Il continua son chemin, traversant une place animée où des musiciens jouaient et où des vendeurs proposaient leurs marchandises. Il s'arrêta un instant, observant la scène, une pointe de nostalgie lui serrant le cœur. Lui aussi aimait la musique, il aurait aimé pouvoir s'arrêter, écouter, rêver un peu. Mais le rêve était un luxe qu'il ne pouvait pas s'offrir.

Alors qu'il s'apprêtait à quitter la place, un cri attira son attention. Un homme âgé, vêtu d'une chemise blanche froissée et d'un pantalon beige usé, venait de laisser tomber son sac, et des piles de papiers s'étaient éparpillées sur le sol. Les gens passaient sans s'arrêter, pressés par leurs propres affaires. Jimi n'hésita pas une seconde. Il se précipita vers l'homme.

« Laissez-moi vous aider, monsieur ! » s'exclama-t-il, se mettant à quatre pattes pour ramasser les documents.

L'homme, surpris, le regarda faire. Il avait une barbe grise clairsemée et des yeux bleus vifs, plissés par le soleil et l'inquiétude. « Oh, merci, jeune homme. Merci beaucoup. J’ai le dos fragile, et ces papiers sont importants… »

Jimi ramassait méticuleusement chaque feuille, veillant à ce qu'aucune ne soit abîmée. Il y avait des schémas, des calculs, des notes manuscrites. Il sentait la concentration de l'homme sur lui, un regard qui n'était ni moqueur ni indifférent, mais plutôt… attentif.

Une fois les papiers rassemblés, Jimi les lui tendit, s'assurant que le sac était bien fermé. « Voilà, monsieur. J'espère que rien n'est perdu. »

L'homme prit le sac avec gratitude. « Vous êtes un garçon bien, un garçon avec du cœur. Mon nom est Monsieur Dubois. Et vous, comment vous appelez-vous ? »

« Jimi, monsieur. »

« Jimi… Un joli nom. Vous n'êtes pas du quartier, n'est-ce pas ? »

Jimi sentit une légère appréhension. Allait-il être rejeté ici aussi ? « Non, monsieur. Je viens d'un quartier plus… modeste. Je cherche du travail. »

Monsieur Dubois le regarda attentivement, parcourant son visage jeune mais marqué par les soucis. Il vit la détermination dans ses yeux, la fatigue aussi, mais surtout une étincelle de fierté qui refusait de s'éteindre.

« Vous cherchez du travail, dites-vous ? Qu'est-ce que vous savez faire ? »

Jimi hésita un instant. Il n'avait pas de compétences particulières à mettre en avant. Il savait porter des choses lourdes, nettoyer, aider. Mais il savait aussi apprendre vite. « Je suis travailleur, monsieur. Je peux apprendre n'importe quoi. Et je suis honnête. »

Monsieur Dubois sourit, un sourire qui éclaira son visage. « L'honnêteté et la volonté d'apprendre, c'est déjà beaucoup. Je suis architecte, vous savez. J'ai besoin de quelqu'un pour m'aider au bureau, pour faire des courses, pour aider à trier des plans… Ce n'est pas un travail de grand prestige, mais c'est un début. Et je paie décemment. »

Le cœur de Jimi fit un bond dans sa poitrine. C'était… c'était une opportunité. Une vraie opportunité. Il n'arrivait presque pas à y croire. Il regarda Monsieur Dubois, cherchant une trace de plaisanterie, mais il n'y en avait pas.

« Vous… vous me donneriez ce travail, monsieur ? » demanda Jimi, la voix tremblante d'émotion.

« Si vous êtes prêt à vous investir, bien sûr. Je vous donne une semaine d'essai. Si ça marche, nous verrons. Vous venez avec moi dès maintenant. Nous allons au bureau. »

Jimi sentit les larmes lui monter aux yeux, mais il les retint. Il ne pouvait pas se permettre de pleurer maintenant. Il devait être fort. Il devait montrer à Monsieur Dubois qu'il avait fait le bon choix.

« Oui, monsieur ! Merci, monsieur ! Je ne vous décevrai pas ! »

Monsieur Dubois hocha la tête, satisfait. « Bien. Allons-y. »

Ils prirent un taxi, une chose que Jimi n'avait jamais faite auparavant. Il regardait par la fenêtre, fasciné par la vitesse, par les immeubles qui défilaient, par ce monde qui semblait s'ouvrir à lui. Monsieur Dubois lui raconta des anecdotes sur son travail, sur les défis de l'architecture, sur la beauté des constructions. Jimi écoutait attentivement, absorbant chaque mot, chaque détail.

Arrivés au bureau, Jimi fut frappé par la propreté, la lumière, l'ordre. C'était si différent de la poussière et du désordre de son quartier. Monsieur Dubois lui montra son poste de travail, un petit bureau près de la fenêtre, avec une lampe et des piles de dossiers à trier.

« Voilà, Jimi. Commencez par ces plans. Il faut les classer par date et par type de projet. Si vous avez un doute, n'hésitez pas à me demander. »

Jimi s'assit, le cœur rempli d'une énergie nouvelle. Il regarda les plans, les schémas, les bâtiments qui prenaient forme sur le papier. C'était comme découvrir un nouveau langage, un nouveau monde. Il commença à travailler avec une application qui le surprit lui-même. Il était concentré, méticuleux, et chaque tâche accomplie lui donnait un sentiment de satisfaction immense.

Les heures passèrent à une vitesse fulgurante. Il oublia sa faim, il oublia la fatigue. Il était absorbé par le travail, par cette chance inespérée. Monsieur Dubois passait de temps en temps, jetant un œil sur son travail, lui donnant des conseils. Il semblait satisfait.

Quand le soleil commença à décliner, Monsieur Dubois annonça la fin de la journée. « C'est bien, Jimi. Tu as fait du bon travail aujourd'hui. Repose-toi bien, et reviens demain matin, à la même heure. »

Jimi se leva, le corps endolori mais l'esprit léger. « Merci, monsieur Dubois. Vraiment. »

« De rien, Jimi. C'est toi qui as fait le travail. »

Sur le chemin du retour, Jimi marchait d'un pas plus léger. Il n'avait pas encore gagné le gros lot, mais il avait fait un pas de géant. Il avait une promesse à tenir, et maintenant, il avait une lueur d'espoir. L'image de sa mère, assise et pleurant, lui revint. Il la reverrait bientôt, et il lui annoncerait la bonne nouvelle. Il lui dirait qu'il avait trouvé un travail, qu'il commençait à construire leur avenir.

Il savait que le chemin serait encore long, semé d'embûches. Mais il avait trouvé un allié, une porte ouverte. Et surtout, il avait retrouvé la foi en lui-même. Il n'était plus seulement le malheureux du quartier d'en bas. Il était Jimi, l'assistant de Monsieur Dubois, et cela, c'était le début d'une nouvelle histoire. La promesse faite à sa mère résonnait en lui, non plus comme un fardeau, mais comme une force motrice. Demain serait un autre jour, et il était prêt à le rencontrer, armé de sa détermination et de cette rencontre fortuite qui avait tout changé.

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