Chapter 2
Le Départ vers l'Inconnu
Poussé par sa promesse, Jimi quitte son quartier, animé par l'espoir de trouver une opportunité. Il laisse derrière lui les moqueries et le désespoir, prêt à affronter le monde.
Le poids de la promesse de Jimi était palpable, une force invisible qui le poussait à se lever, même lorsque le désespoir menaçait de l'engloutir. Les larmes de sa mère, la veille, avaient gravé en lui une détermination nouvelle, plus ardente que jamais. La misère qu'il voyait dans ses yeux, le creux de son estomac, les moqueries des jeunes du quartier – tout cela se mélangeait en un cocktail amer qui le galvanisait. Il ne pouvait plus rester là, figé dans cette impuissance. Il fallait agir.
Au petit matin, alors que les premières lueurs du jour peinaient à percer le voile grisâtre du ciel, Jimi se glissa hors de la petite maison. Sa mère dormait encore, son visage marqué par la fatigue et les soucis. Il la regarda une dernière fois, un sourire teinté de tristesse aux lèvres, avant de s'éloigner à pas feutrés. Dans sa poche, il n'avait qu'une poignée de pièces, le maigre reste de leurs dernières économies, et dans son cœur, l'espoir d'un lendemain meilleur.
Il marcha longtemps, laissant derrière lui les ruelles familières de son quartier, celles où la pauvreté avait élu domicile et où chaque jour ressemblait au précédent. Le soleil se levait lentement, dessinant des ombres allongées sur les routes poussiéreuses. Jimi sentit le vent frais caresser son visage, emportant avec lui un peu de son angoisse. Il ne savait pas où il allait, ni ce qu'il trouverait, mais il savait qu'il ne pouvait pas s'arrêter. La promesse faite à sa mère était son seul guide, son étoile polaire dans cette nuit d'incertitude.
Les paysages défilaient, passant des champs dénudés aux premières maisons de la périphérie de la ville. Le bruit des voitures se faisait plus présent, la vie urbaine commençait à vibrer, un monde différent de celui qu'il connaissait. Jimi observait tout avec attention, ses yeux cherchant une ouverture, une lueur d'espoir. Il traversa des marchés animés où les marchands ufent leurs marchandises avec des cris joyeux, des ateliers où le bruit des marteaux résonnait dans l'air, mais partout où il osait demander, il se heurtait au même refus poli mais ferme.
« Désolé, jeune homme, nous n'avons personne en ce moment. » « Revenez plus tard, nous n'avons pas besoin de bras supplémentaires. » « Votre profil ne correspond pas à nos attentes. »
Chaque refus était un petit coup porté à son moral, mais il se raccrochait aux paroles de sa mère : « Jodi a nou pòv, men sa pa vle di demen pap chanje. » (Aujourd'hui nous sommes pauvres, mais cela ne veut pas dire que demain ne changera pas.) Il s'imaginait sa mère, avec son sourire doux et ses mains ridées, et ses forces revenaient.
Vers midi, le ventre de Jimi gargouillait. La faim le tenaillait, mais il la repoussait, se concentrant sur sa mission. Il arriva dans un quartier plus animé, où les immeubles étaient plus hauts et les rues plus propres. Les gens semblaient pressés, absorbés par leurs propres vies, indifférents aux malheurs des autres. Jimi se sentait étranger, un fantôme errant dans un monde qui lui était inaccessible.
Alors qu'il passait devant un grand bâtiment d'où s'échappait une musique entraînante, il s'arrêta. Une affiche colorée annonçait un concert, et des jeunes gens, habillés de vêtements élégants, entraient et sortaient, le rire aux lèvres. Jimi regarda ses propres vêtements usés, son visage fatigué, et un sentiment d'injustice le submergea. Pourquoi certains avaient-ils tout, tandis que d'autres n'avaient rien ?
Soudain, un homme d'un certain âge, vêtu d'un costume impeccable, sortit du bâtiment, l'air contrarié. Il s'arrêta net en voyant Jimi, le regardant de haut en bas avec une expression indéchiffrable.
« Qu'est-ce que tu fais là, gamin ? » demanda l'homme d'une voix ferme.
Jimi sentit une bouffée de chaleur monter à ses joues. Il s'attendait à être chassé, comme d'habitude. Mais quelque chose dans le regard de l'homme le poussa à répondre honnêtement.
« Je cherche du travail, monsieur. N'importe quoi. Je suis prêt à faire n'importe quoi. »
L'homme plissa les yeux, l'observant attentivement. Il semblait réfléchir, son regard parcourant le visage déterminé du jeune homme. Jimi retint son souffle, espérant contre tout espoir.
« Tu as l'air fatigué. Tu n'as pas mangé ? » demanda l'homme, d'un ton légèrement plus doux.
Jimi hocha la tête, incapable de parler. La faim était devenue une douleur lancinante.
L'homme soupira, puis un léger sourire apparut sur ses lèvres. « Je suis le propriétaire de cette salle de concert. Nous avons besoin de quelqu'un pour aider avec les préparatifs des spectacles, nettoyer, transporter du matériel... C'est un travail dur, mais ça paie. Et je te donnerai de quoi manger, au moins. Ça te dit ? »
Les yeux de Jimi s'écarquillèrent. C'était une chance inattendue, une porte qui s'ouvrait là où il ne s'y attendait pas. « Oui, monsieur ! Oh oui, monsieur, je veux bien ! Mille fois oui ! »
L'homme rit doucement. « Calme-toi, jeune homme. On va commencer doucement. Je m'appelle Monsieur Dubois. Et toi ? »
« Jimi, monsieur. Jimi. »
Monsieur Dubois lui tendit la main. « Enchanté, Jimi. Bienvenue à bord. »
Jimi serra la main de Monsieur Dubois, sentant une chaleur réconfortante parcourir son corps. C'était la première fois qu'on lui offrait une vraie opportunité, sans moquerie ni condescendance. Il sentit une larme rouler sur sa joue, mais cette fois, c'était une larme de soulagement, de gratitude.
Monsieur Dubois le conduisit à l'intérieur de la salle de concert. L'endroit était immense, rempli de sièges rouges veloutés, d'une scène imposante et d'un éclairage scintillant. Pour Jimi, c'était un autre monde, un monde de rêves et de spectacles qu'il n'avait jamais imaginé pouvoir fréquenter, encore moins y travailler.
« Voici ton poste de travail pour aujourd'hui, » dit Monsieur Dubois en désignant une pile de caisses à déplacer. « Il faut tout préparer pour le concert de ce soir. C'est beaucoup de travail, mais tu ne seras pas seul. Et souviens-toi, si tu as besoin de quoi que ce soit, tu viens me voir. »
Jimi hocha la tête, le regard plein de détermination. Il se mit au travail avec une énergie renouvelée. Chaque mouvement était exécuté avec soin et efficacité. Il transportait les caisses, déplaçait les chaises, nettoyait le sol, toujours sous le regard bienveillant de Monsieur Dubois. Il sentait son corps travailler, ses muscles se tendre, mais la fatigue était2020-05-26 différente. C'était une bonne fatigue, celle du labeur accompli, celle qui mène à quelque chose.
Au fil des heures, Jimi apprit les rouages de la salle de concert. Il découvrit la magie des répétitions, la tension avant le spectacle, l'enthousiasme du public. Il travaillait dur, sans jamais se plaindre, absorbant chaque nouvelle information. Monsieur Dubois, de son côté, observait Jimi avec une satisfaction croissante. Il voyait en lui non seulement un travailleur acharné, mais aussi un jeune homme d'une intelligence vive et d'une grande noblesse de cœur.
À la fin de la journée, alors que le concert battait son plein et que la musique emplissait la salle, Monsieur Dubois appela Jimi.
« Viens par ici, jeune homme. Il est temps de manger. »
Il l'emmena dans la loge des artistes, où un repas copieux l'attendait. Jimi se régala, savourant chaque bouchée comme un trésor. Il regarda Monsieur Dubois, le cœur rempli d'une gratitude immense.
« Monsieur Dubois, je… je ne sais pas comment vous remercier. Vous m'avez donné une chance, et j'en suis tellement reconnaissant. »
Monsieur Dubois sourit, un sourire sincère cette fois. « Tu le mérites, Jimi. Tu as le mérite, la volonté et la persévérance. Ce n'est que le début. Continue comme ça, et tu iras loin. »
Il ajouta, d'un ton plus sérieux : « Je vois en toi un potentiel énorme. Je pourrais peut-être te proposer quelque chose de plus stable, si tu le souhaites. Une formation, peut-être. Qu'en dis-tu ? »
Jimi sentit son cœur battre la chamade. Une formation ? Une stabilité ? C'était plus qu'il n'avait jamais osé espérer. Il pensa à sa mère, à son sourire, à sa promesse. Il savait qu'il ne la décevrait pas.
« Oui, Monsieur Dubois. Oui, je veux bien. »
Alors que le concert se terminait dans un tonnerre d'applaudissements, Jimi regardait la scène, les lumières scintillantes, les visages heureux du public. Il se sentait différent. Il n'était plus le gamin rejeté et moqué du quartier pauvre. Il était Jimi, un jeune homme qui venait de trouver sa voie, une lueur d'espoir dans le brouillard de sa vie. En quittant la salle, il jeta un dernier regard en arrière, un sourire radieux aux lèvres. Le chemin serait encore long, mais il savait, avec une certitude inébranlable, que la promesse faite à sa mère était en train de prendre forme. Le lendemain serait différent. Et le jour d'après aussi. Et ainsi de suite, jusqu'à ce que la misère ne soit plus qu'un lointain souvenir.