Chapter 1
Chapitre 1 : La marâtre
Léo et Mia vivent avec leur cruelle marâtre depuis la mort de leur mère. Elle les maltraite et les force à faire toutes les corvées. Un jour, elle les emmène au bord de la forêt maléfique et les y abandonne, les laissant seuls et effrayés.
Dans une petite maison au toit de chaume, au bord d’un village paisible, vivaient deux enfants : Léo, un garçon de douze ans aux yeux noisette, et sa petite sœur Mia, âgée de neuf ans, aux boucles dorées comme un rayon de soleil. Leur vie avait été douce autrefois, quand leur maman était encore là. Elle leur chantait des berceuses le soir, préparait des tartes aux pommes qui embaumaient toute la maison, et les serrait si fort dans ses bras que Léo se sentait invincible.
Mais la maman était partie au ciel, un hiver trop froid. Et depuis, le père, qui travaillait loin, avait épousé une femme au regard dur, à la bouche pincée. La marâtre ne souriait jamais vraiment. Elle portait des robes sombres et parlait d’une voix aiguë qui faisait frissonner Mia.
Chaque matin, avant même que le coq chante, la marâtre criait : « Debout, paresseux ! Il y a du bois à fendre, des larmes à essuyer ? Non, mais du travail ! » Léo devait fendre le bois, puiser l’eau, nourrir les poules. Mia, elle, frottait les sols, lavait la vaisselle, et cousait des vêtements usés jusqu’à la transparence. Jamais un mot doux, jamais un câlin. Leurs mains étaient gercées, leurs pieds nus. Et le pire, c’était quand la marâtre les enfermait dans le grenier obscur pour une punition imaginaire.
« Pourquoi elle nous déteste-t-elle, Léo ? » demanda Mia un soir, blottie contre son frère sur la paille humide. « Parce qu’elle n’a pas de cœur, répondit Léo. Mais un jour, on s’enfuira. On trouvera un endroit où on sera aimés. »
Mia posa sa tête sur l’épaule de Léo. « Maman, elle nous aimait, elle. » Elle ferma les yeux, et dans le noir, elle crut entendre une douce mélodie, comme un écho d’autrefois. Mais elle n’osa pas le dire, de peur que la marâtre ne l’entende.
Un matin, la marâtre entra dans leur chambre avec un air mauvais. « Allez, préparez-vous. Vous allez m’accompagner en promenade. » Les enfants échangèrent un regard méfiant. La marâtre ne les emmenait jamais nulle part, sauf pour les humilier. Pourtant, ils obéirent. Ils enfilèrent leurs manteaux troués et suivirent la femme qui marchait d’un pas décidé.
La route s’éloigna du village, puis longea un champ de blé. Plus ils avançaient, plus les arbres devenaient grands et serrés. Un vent froid se leva. Mia attrapa la main de Léo. « J’ai peur, murmura-t-elle. »
« Ce n’est rien, » répondit Léo, mais son cœur battait fort.
Ils arrivèrent bientôt à l’orée d’une forêt si sombre qu’on aurait dit la nuit en plein jour. Les branches tordues ressemblaient à des doigts crochus. Des bruits étranges sortaient du feuillage : des craquements, des sifflements. La marâtre s’arrêta et se tourna vers eux, un sourire mauvais aux lèvres.
« Voilà, mes chers. Vous allez m’y attendre. J’ai des affaires à régler de l’autre côté. Ne bougez pas. »
« Mais… la forêt est dangereuse, balbutia Léo. On dit qu’elle est hantée. »
« Des bêtises ! Allez, entrez. Et ne revenez pas avant que je vous appelle. »
Ils n’eurent même pas le temps de protester. La marâtre les poussa sans ménagement entre les premiers arbres. Le sentier s’enfonçait dans l’obscurité. Quand ils se retournèrent, ils virent la silhouette de la femme qui s’éloignait en courant. Puis elle disparut.
« Léo ! Elle nous a abandonnés ! » pleura Mia.
Léo serra les poings. Il ne voulait pas montrer sa peur. « Ne t’inquiète pas, Mia. On va trouver le chemin du retour. Je te le promets. »
Mais alors qu’ils faisaient un pas en avant, un hurlement déchira le silence. Les arbres semblaient se refermer derrière eux. La nuit tombait plus vite que prévu. Léo regarda sa sœur, et une idée terrible lui traversa l’esprit : et s’ils ne sortaient jamais de cette forêt ?
Pourtant, il se força à sourire. « Viens, on va chercher un abri pour la nuit. »
Ils avancèrent, main dans la main, le cœur lourd mais l’espoir encore accroché à leurs doigts tremblants. Derrière eux, la lueur du village avait disparu. Devant, l’inconnu les attendait.