Chapter 3

Le Refus de Delth

Delth, étudiante brillante et intègre, refuse les avances du puissant professeur Kabasele. Ce refus la met en danger, devenant une cible pour ceux qui contrôlent le système.

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Le refus de Delth

L'air dans le bureau du Professeur Kabasele était épais, chargé d'une tension palpable qui contrastait violemment avec la décoration luxueuse. Les boiseries sombres luisaient sous la lumière tamisée des abat-jour, et les livres reliés de cuir semblaient observer la scène avec une sagesse ancienne et silencieuse. Delth se tenait droite, le cœur battant à tout rompre, mais le regard ferme. Devant elle, Kabasele, drapé dans sa robe de professeur, un sourire qui se voulait rassurant mais qui laissait transparaître une pointe d'arrogance, l'observait avec une insistance qui la mettait mal à l'aise.

« Ma chère Delth, » commença-t-il, sa voix une caresse feinte, « tu es une étudiante exceptionnelle. Tes résultats parlent d'eux-mêmes. Il serait dommage de laisser une telle intelligence s'égarer dans les méandres d'une simple validation de semestre. »

Il se leva, contourna son imposant bureau et s'approcha d'elle, s'arrêtant à une distance qui lui semblait déjà trop proche. « Je peux t'aider, tu sais. Un petit arrangement… une petite faveur… et ton semestre sera validé sans effort. Imagine, plus de nuits blanches à réviser, plus d'angoisses avant les examens. Juste… la sérénité. »

Delth sentit une vague de dégoût monter en elle. Elle avait entendu les murmures, les rumeurs qui circulaient dans les couloirs, les histoires d'étudiantes qui avaient "réussi" grâce à des "arrangements" avec certains professeurs influents. Elle avait toujours refusé d'y croire, ou du moins, elle avait refusé de s'y associer. Maintenant, elle en était face à face.

« Professeur, » répondit-elle, la voix plus ferme qu'elle ne l'aurait cru, « je vous remercie de votre offre, mais je préfère réussir par mon propre travail. C'est la seule validation qui aura de la valeur pour moi. »

Le sourire de Kabasele se figa, puis se mua en un rictus glacial. L'arrogance revint au galop, chassant toute trace de cordialité. « Tu es naïve, jeune fille. Très naïve. Le monde ne fonctionne pas comme tu l'imagines. Ici, à l'Université Marin Ngoumbi, il y a des règles non écrites. Des compromis. Et ceux qui refusent de jouer le jeu… finissent par le regretter. »

Il fit un pas de plus, son regard la scrutant comme si elle était une proie qu'il s'apprêtait à traquer. « Je suis un homme influent, Delth. Je peux t'ouvrir des portes, ou te les fermer à jamais. Penses-y bien. »

Delth sentit une peur glaciale l'envahir, mais elle la repoussa avec une détermination farouche. Elle avait vu le Professeur Mballa, le doyen respecté, se débattre contre ces pratiques. Elle avait entendu parler de sa disparition soudaine. Et si cela était lié ? Elle ne pouvait pas céder. Non, elle ne céderait pas.

« Je crois que je vais y réfléchir, Professeur, mais ma décision ne changera pas. » Elle prononça ces mots avec une assurance qu'elle ne ressentait pas tout à fait, puis, sans attendre sa réaction, elle se retourna et quitta le bureau, laissant Kabasele dans son sillage de fumée de cigare et de rancœur.

Dehors, l'air frais de la fin d'après-midi lui parut comme une bouffée d'oxygène. Elle se hâta vers le bâtiment des sciences, cherchant la présence rassurante de son ami Josias. Elle le trouva dans la bibliothèque, plongé dans des livres de physique quantique, ses lunettes glissant légèrement sur son nez.

« Josias ! » s'exclama-t-elle, un peu essoufflée.

Il leva les yeux, un sourire illuminant son visage. « Delth ! Qu'est-ce qui te prend ? Tu as l'air… bouleversée. »

Elle s'assit lourdement sur la chaise en face de lui, racontant son entretien avec Kabasele, chaque mot prononcé avec une urgence croissante. Josias écoutait attentivement, son visage passant de la curiosité à l'inquiétude, puis à une franche consternation.

« Kabasele ? Mais c'est… c'est incroyable ! » murmura-t-il, sa voix se faisant plus basse. « Il est l'un des plus influents. Et il s'en prend à toi ? »

« Il m'a menacée, Josias. Il a dit que si je ne… jouais pas le jeu, je le regretterais. » Les larmes lui montaient aux yeux, mais elle les refoula. « Et ce qui est étrange, c'est que sa disparition… et tout ça… »

« Tu penses que c'est lié ? » demanda Josias, son regard s'assombrissant. « Je… j'ai entendu des choses, Delth. Des rumeurs sur des professeurs qui ‘aident’ certaines étudiantes. Des jeunes filles qui se retrouvent dans des situations… compliquées. Et le Professeur Mballa, il était contre ça, non ? »

Delth hocha la tête. « Il dénonçait ça. Il voulait assainir l'université. C'est peut-être pour ça qu'il a disparu. Pour le faire taire. » Elle se mordit la lèvre, une idée commençant à germer dans son esprit. « Et si… si nous essayions de découvrir ce qui se passe vraiment ? Si nous pouvions prouver ce réseau ? »

Josias hésita. Il était loyal, mais aussi prudent. Il avait vu lui-même certaines transactions louches, des étudiants semblant obtenir des faveurs inexplicables, mais la peur l'avait toujours empêché de dire quoi que ce soit. « Delth, c'est dangereux. Kabasele est un homme puissant. Et s'il y a un réseau… il y a d'autres personnes impliquées, des gens encore plus hauts placés. »

« Mais si nous ne faisons rien, Kabasele continuera. D'autres étudiantes seront… exploitées. Et le Professeur Mballa… il a disparu. Peut-être qu'il a besoin d'aide. » La détermination brillait dans ses yeux. « Je ne peux pas rester sans rien faire. »

Josias la regarda, admirant son courage malgré la peur évidente qu'elle ressentait. Il savait qu'il ne pouvait pas la laisser affronter cela seule. « D'accord, » dit-il, sa voix empreinte d'une résolution nouvelle. « D'accord, Delth. Nous allons le faire. Mais nous devons être prudents. Très prudents. »

Les jours suivants furent une course contre la montre, une plongée dans les profondeurs obscures de l'université. Delth et Josias commencèrent à rassembler des bribes d'informations. Ils observaient, écoutaient, posaient des questions discrètes, naviguant avec précaution dans un océan de silences complices et de regards fuyants. Delth, forte de son refus, semblait avoir acquis une nouvelle audace, une sorte de bouclier invisible.

Ils apprirent que le "réseau" ne se limitait pas aux professeurs corrompus. Il existait des intermédiaires, des étudiants qui servaient de messagers, de rabatteurs, et même des membres du personnel administratif qui fermaient les yeux, moyennant finance. Les promesses faites aux étudiantes étaient alléchantes : des bourses d'études, des stages à l'étranger, des facilités pour les examens finaux. Mais la réalité était souvent tout autre : une exploitation sexuelle, des chantages, et des étudiants qui se retrouvaient endettés ou discrédités s'ils refusaient.

Un soir, alors qu'ils fouillaient discrètement dans les archives poussiéreuses de la bibliothèque universitaire, à la recherche de documents qui pourraient prouver l'existence de transferts d'argent suspects, ils tombèrent sur une vieille clé USB. Curieux, Josias la connecta à son ordinateur portable. Ce qu'ils découvrirent les glaça d'effroi. Il s'agissait de conversations enregistrées, de mails échangés, et surtout, de documents compromettants impliquant non seulement Kabasele, mais aussi d'autres figures de proue de l'université, ainsi que des personnalités politiques de la ville. Le réseau était bien plus vaste et influent qu'ils ne l'avaient imaginé.

« Mon Dieu, Josias… » murmura Delth, le visage pâle. « C'est… c'est immense. Le Professeur Mballa… il devait être au courant de tout ça. C'est pour ça qu'ils l'ont fait disparaître. »

« Et le fait que tu aies refusé Kabasele… il doit penser que tu sais quelque chose, » dit Josias, son anxiété grandissante. « Il est possible qu'il cherche à te faire taire définitivement. »

La peur revint, plus vive encore. Ils étaient en possession d'informations dangereuses, et ils étaient les seuls à les détenir. Ils savaient qu'il était temps de parler à quelqu'un d'influent, quelqu'un d'intègre. L'Inspecteur Diallo.

Ils prirent rendez-vous avec Diallo dans un café discret, loin de l'université. L'inspecteur, un homme aux traits burinés et au regard perçant, les écouta avec une attention soutenue, sa tasse de café fumant posée sur la table. Au début, il semblait sceptique, habitué aux dénonciations souvent mal fondées. Mais à mesure que Delth et Josias déroulaient leur récit, preuves à l'appui – les extraits des conversations, les copies des mails –, son scepticisme fit place à une gravité palpable.

« Le Professeur Mballa… » murmura Diallo, ses yeux se plissant. « Je savais qu'il y avait quelque chose de louche dans sa disparition. Il n'était pas du genre à partir sans un mot. » Il regarda Delth et Josias, une lueur de respect dans le regard. « Vous avez fait preuve de beaucoup de courage. Et de prudence. »

« Nous avons peur, Inspecteur, » avoua Delth, sa voix tremblante. « Kabasele nous a menacées. Et nous savons que ce réseau est très puissant. »

Diallo acquiesça. « Je connais Kabasele. Et je connais son arrogance. C'est souvent son talon d'Achille. Il pense pouvoir tout contrôler. » Il réfléchit un instant. « Il se peut que Mballa n'ait pas été enlevé, mais qu'il se soit caché. Pour échapper à la pression, pour préparer quelque chose. Ou pour nous laisser le temps de découvrir la vérité. »

La mention d'une disparition simulée fit sursauter Delth et Josias, mais ils comprirent rapidement la logique. Si Mballa était harcelé pour rejoindre le réseau, simuler sa propre disparition était une stratégie audacieuse pour échapper à ses persécuteurs et gagner du temps.

Diallo se pencha en avant. « Nous allons agir. Mais nous devons être méthodiques. Kabasele et ses complices sont habitués à opérer dans l'ombre. Nous devons les prendre par surprise, avec des preuves irréfutables. »

La nuit tomba sur la ville, mais pour Delth et Josias, une nouvelle aventure commençait. Ils avaient franchi une étape cruciale, dénoncé le mal qui rongeait leur université. Le chemin serait encore long et périlleux, mais pour la première fois depuis longtemps, une lueur d'espoir brillait dans l'obscurité. Le refus de Delth avait déclenché une réaction en chaîne, et le silence de l'université commençait à se fissurer.

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