Chapter 3

Bienvenue chez les Rossi : Amour et Musculation

La famille Rossi organise un dîner de bienvenue. Entre les traditions italiennes et les présentations, les adolescents commencent à sentir la chaleur familiale.

10 min read

Le bureau du Signor Rossi ressemblait à un temple de la sueur et de la testostérone. Des affiches de culturistes aux muscles saillants ornaient les murs, côtoyant des trophées poussiéreux et des certificats jaunis. L’air était imprégné d’une odeur âcre de désinfectant et d’un vague parfum de protéines en poudre. Clément, Melody et Yann, postés près de la fenêtre, scrutaient la salle de sport en contrebas, une chorégraphie de corps en mouvement sous les lumières fluorescentes.

« Regarde-moi celui-là », lança Clément, un sourire narquois aux lèvres, en désignant un type aux biceps aussi gros que sa tête, qui s’acharnait sur un tapis de course avec une expression de douleur intense. « Il est en train de courir vers le paradis des abdos. »

Melody laissa échapper un rire franc. « Ou alors il cherche juste à échapper à la réalité. J’ai l’impression que tout le monde ici a un truc à prouver. » Elle suivit du regard une jeune femme aux leggings fluo et au sourire éclatant, qui donnait des instructions avec une énergie contagieuse. « Elle, par contre, elle a l’air de s’amuser. »

Yann, plus en retrait, observait la scène avec une sorte de détachement amusé. « C’est une salle de sport, pas un stand-up show. Mais je dois avouer que le spectacle est… varié. » Il pointa du menton un homme d’âge mûr, bedonnant, qui tentait avec une détermination comique de soulever une haltère qui semblait le défier. « Lui, il est clairement dans une relation sérieuse avec la gravité. »

Leur nouvelle vie, commencée il y a à peine quelques jours, prenait déjà des allures de comédie italienne, avec une touche d’adrénaline et de muscles. Adoptés par les Rossi, propriétaires de cette institution locale nommée « Forza Italia », ils étaient passés du statut d’orphelins à celui de membres d’une famille débordante d’énergie et d’amour, tout aussi débordante que leurs nouvelles cuisses allaient bientôt l’être, s’ils se résignaient à utiliser les machines.

« J’ai toujours rêvé de soulever des poids », murmura Clément, plus pour lui-même. Son rêve était plutôt de soulever le cœur de quelqu’un, mais dans cette salle, les muscles semblaient être la monnaie d’échange la plus valorisée. Il jeta un coup d’œil discret à un jeune homme, les cheveux gominés, qui s’étirait avec une grâce féline près des haltères. Son souffle se bloqua une seconde.

« Tu disais ? » demanda Melody, le nez toujours collé à la vitre. « Tu veux te joindre à la fête des biceps ? »

« Non, je… j’observais juste les techniques. Pour mon développement personnel », répondit Clément, la voix un peu trop aiguë.

Yann soupira. « Clément, ton développement personnel se résume pour l’instant à observer des gens transpirer. J’ai l’impression d’être dans un documentaire animalier, version bodybuilding. »

Leur nouvelle mère, la Signora Rossi, fit irruption dans le bureau, un plateau chargé de petits verres d’espresso et de biscuits faits maison. Son sourire était aussi chaleureux que le soleil de Naples et son regard aussi pénétrant que celui d’un professeur d’université.

« Alors, mes trésors ? Vous admirez la jeunesse italienne ? » dit-elle d’une voix chantante, posant le plateau sur le bureau encombré. « Vous devriez venir vous entraîner un peu, vous n’allez pas rester là à faire des critiques de cinéma toute la journée. »

« Mamma, on est juste en train de… » commença Melody, avant d’être interrompue par son père, le Signor Rossi, qui entra à son tour, l’air essoufflé mais le sourire aux lèvres.

« Ah, mes petits champions ! Vous êtes prêts pour le dîner de bienvenue ? » Il jeta un coup d’œil à ses enfants, un éclair de fierté dans les yeux. « J’espère que vous allez aimer la cuisine de votre mère, elle est aussi forte que moi aux développé couché. » Il fit un clin d’œil à Clément, qui se sentit rougir. Le Signor Rossi était un homme imposant, aux mains calleuses et au rire tonitruant, le genre de père qui vous donnait envie de vous dépasser, même si vous ne saviez pas trop quoi.

« Merci, Papa », répondit Clément, essayant de retrouver son calme. Il avait peur de ne pas être assez « italien », pas assez fort, pas assez… tout.

Le dîner fut un tourbillon de saveurs et de traditions. La table était dressée avec une profusion de plats typiques : lasagnes, parmigiana, et une montagne de pâtes qui semblait défier les lois de la physique. Les conversations allaient bon train, mêlant anecdotes familiales, projets pour la salle de sport et quelques conseils non sollicités sur la façon de bien manger.

« Alors, Clément, tu as repéré des futurs clients ? » demanda le Signor Rossi, la bouche pleine de sauce tomate. « Il y a de beaux spécimens ici. Des hommes forts, des femmes athlétiques… »

Clément hocha la tête, essayant de ne pas penser au jeune homme aux cheveux gominés. « Oui, il y a… beaucoup de monde. »

Melody, elle, avait déjà son radar activé. Elle avait aperçu une coach aux muscles dessinés, qui déambulait dans la salle avec une assurance désarmante. Elle se sentait étrangement attirée par sa force tranquille. « Et des coachs aussi, Papa. Il y a des gens très compétents. »

Yann, plus réservé, savourait le repas en silence, observant les interactions autour de lui. Il se sentait curieusement à sa place, malgré ses doutes. Les Rossi étaient une famille bruyante, chaleureuse, qui semblait accepter les choses telles qu’elles étaient, ou du moins, elles faisaient semblant. Il se demandait s’il serait un jour capable de leur avouer ses propres interrogations, ses attirances multiples.

« Ne vous inquiétez pas, mes enfants », dit la Signora Rossi, posant une main rassurante sur le bras de Yann. « Ici, à Forza Italia, on est une famille. On s’entraide, on se soutient. Et on mange bien. C’est le plus important. »

La soirée se termina par un tiramisu qui promettait de hanter leurs rêves pendant des semaines. En remontant dans leurs chambres, Clément, Melody et Yann échangèrent des regards. La salle de sport, avec ses odeurs et ses corps sculptés, était un univers à part entière. Et eux, trois adolescents aux identités naissantes, étaient projetés au cœur de ce tourbillon, mêlant leurs propres quêtes amoureuses à l’agitation quotidienne de Forza Italia.

Le lendemain matin, l’odeur du café fort et des brioches chaudes les tira du sommeil. La salle de sport était déjà en effervescence. Clément, armé de sa curiosité et d’une pointe d’appréhension, descendit pour sa première journée « officielle ». Il avait décidé de s’inscrire à quelques cours, juste pour voir.

Le cours de spinning était un délire de musique techno et de lumières stroboscopiques. Melody, débordante d’énergie, pédalait avec une frénésie contagieuse, ses cheveux flottant autour d’elle comme un étendard. Elle croisait le regard de la coach qu’elle avait remarquée la veille, et un frisson parcourut son échine.

Pendant ce temps, Clément s’était retrouvé dans un cours de yoga pour hommes. L’idée était de « trouver son centre », ce qui, pour lui, ressemblait plus à une tentative désespérée de ne pas tomber sur le nez. Il entendit un rire étouffé derrière lui et se retourna pour voir le jeune homme aux cheveux gominés, maintenant vêtu d’un short de sport moulant, le regarder avec amusement.

« C’est plus difficile que ça en a l’air, hein ? » dit-il en souriant. « Je m’appelle Marco. »

Clément sentit son cœur faire un bond. « Clément. » Il bafouilla une réponse, incapable de penser clairement. Marco était encore plus beau de près, avec ses yeux pétillants et son sourire qui donnait envie de tout lui avouer.

Yann, lui, avait opté pour une approche plus discrète. Il avait trouvé refuge dans la bibliothèque de la salle, un espace étonnamment calme rempli de livres sur la nutrition, la musculation et l’histoire du bodybuilding. Il y avait croisé une jeune femme, les cheveux courts et le regard intense, qui semblait absorbée par un ouvrage sur la physiologie sportive. Elle levait les yeux et lui adressait un sourire timide.

« Intéressé par la science derrière les muscles ? » demanda-t-elle. « Je m’appelle Sofia. »

Yann sentit une bouffée de chaleur monter à ses joues. « Un peu. J’essaie de comprendre… comment tout ça fonctionne. »

Les jours suivants s’écoulèrent dans une routine nouvelle et excitante. Clément se retrouvait de plus en plus souvent à discuter avec Marco, que ce soit après le cours de yoga ou lors des pauses café. Ils parlaient de tout et de rien, des films, de la musique, de leurs rêves. Clément sentait naître en lui une attirance qu’il n’avait jamais ressentie aussi intensément.

Melody, quant à elle, avait commencé à échanger quelques mots avec la coach, qui s’appelait Isabella. Isabella était passionnée par son métier, et son énergie communicative donnait envie à Melody de se dépasser. Elles partageaient des moments de complicité lors des entraînements, et Melody se sentait de plus en plus attirée par cette femme forte et déterminée.

Yann, de son côté, passait de plus en plus de temps à la bibliothèque, partageant des conversations passionnantes avec Sofia. Ils discutaient de leurs projets, de leurs doutes, de leur avenir. Yann se sentait compris, et pour la première fois, il commençait à envisager la salle de sport non pas comme une obligation, mais comme un lieu potentiel d’épanouissement.

Les Rossi, attentifs mais discrets, observaient leurs enfants adoptifs avec un amour inconditionnel. La Signora Rossi voyait dans leurs sourires naissants une preuve que tout allait bien, même si elle ne comprenait pas toujours les subtilités de leurs relations. Le Signor Rossi, lui, se contentait de leur donner des coups de coude amicaux et de leur rappeler l’importance de la famille, que ce soit autour d’une table ou sur un banc de musculation.

Un soir, alors que la salle de sport se vidait, Clément, Melody et Yann se retrouvèrent réunis près de l’accueil.

« J’ai l’impression d’être dans une sitcom », dit Clément, un sourire aux lèvres. « Entre les cours de yoga qui me font ressembler à un pretzel, et Marco qui me fait fondre comme un pot de Nutella au soleil… »

Melody éclata de rire. « Moi, je suis en train de tomber sous le charme de ma coach. J’ai l’impression d’être dans un film américain, mais avec plus de pâtes. »

Yann ajouta, un peu plus sérieusement : « Et moi, je découvre que je peux parler de science et de… choses… avec Sofia. C’est… inattendu. »

Ils se regardèrent, un mélange d’excitation et d’appréhension dans les yeux. La salle de sport, avec ses miroirs, ses machines et ses odeurs, était en train de devenir bien plus qu’un simple lieu de travail pour les Rossi. C’était le théâtre de leurs premières amours, de leurs découvertes, de leurs doutes. C’était leur nouvel univers, et ils étaient prêts à y écrire les chapitres suivants, ensemble, main dans la main, ou plutôt, haltère dans la main, sous le regard bienveillant de leur nouvelle famille. Le soleil de l’Italie avait beau briller dehors, c’est à l’intérieur de Forza Italia, au milieu des bruits de fonte et des rires, que leur véritable aventure commençait.

✦ ✦ ✦