Chapter 1

L'Éclat Manquant

Haru, photographe passionné, cherche l'étincelle parfaite pour son exposition. Sa meilleure amie, Aiko, refusant d'être le sujet, il doit lui avouer qu'elle n'est pas sa muse idéale, malgré leur proximité.

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Le soleil matinal traversait les rideaux de sa chambre, peignant des zébrures dorées sur le parquet usé. Haru, dix-neuf ans, étudiait la photographie avec une ferveur qui brûlait en lui comme une flamme intérieure. Son exposition approchait à grands pas, un événement capital dans sa jeune carrière, et l'idée d'un portrait, d'une capture d'essence, le hantait. Il avait d'abord pensé à Aiko, sa meilleure amie, un roc dans sa vie, celle avec qui il partageait les rires les plus francs et les silences les plus complices. Il l'avait imaginée devant son objectif, la lumière caressant ses traits familiers. Mais les clichés qu'il avait pris, bien que techniquement parfaits, manquaient cette étincelle insaisissable, ce je-ne-sais-quoi qui faisait vibrer l'âme. Il sentait le poids de cette vérité, lourde et délicate, sur ses épaules. Comment lui dire, à elle, qu'elle n'était pas la muse qu'il cherchait, sans briser le lien qui les unissait ?

Lors d'une de leurs habituelles après-midi passées à la bibliothèque, alors que le silence feutré des lieux enveloppait leurs pensées, il avait trouvé le courage. Les mots s'étaient échappés, hésitants d'abord, puis plus assurés. Aiko l'avait regardé, un sourire doux mais teinté de mélancolie étirant ses lèvres. Elle comprenait. Elle avait toujours compris Haru, peut-être mieux que lui-même. « T'es pas obligé de passer par quatre chemins pour me dire que je suis pas la bonne personne », avait-elle dit, sa voix un murmure chargé d'une tristesse qu'elle tentait de dissimuler. Il lui avait rendu un sourire empreint de gratitude et d'une pointe de regret. L'étincelle, elle, demeurait introuvable.

Les jours suivants, Haru avait erré, son appareil photo en bandoulière, cherchant dans chaque visage, chaque ombre, la lueur qui lui manquait. C'est dans les recoins silencieux de la bibliothèque, parmi les piles de livres anciens et l'odeur du papier jauni, qu'il l'avait rencontrée. Elle était assise dans un fauteuil roulant, le regard perdu dans les pages d'un livre, une aura de quiétude l'entourant. Un geste instinctif, le photographe en lui s'éveillant soudain, l'avait poussé à lever son appareil. Le déclic sonore avait rompu le silence, attirant son attention. Ses yeux, d'un bleu profond, s'étaient levés vers lui, une légère surprise dans leur regard.

« Pourquoi avez-vous fait ça ? » avait-elle demandé, sa voix d'une douceur inattendue, presque musicale.

Haru s'était senti rougir, pris sur le fait. « Je… je suis désolé. J'ai… je cherche quelqu'un pour un exposé. Une muse. » Il avait hésité, puis ajouté, se sentant de plus en plus mal à l'aise, « Je cherchais cette étincelle… »

Elle avait souri, un sourire esquissé qui n'atteignait pas ses yeux. « Je ne peux pas être votre muse », avait-elle dit en se détournant, ses mains effleurant le dossier de son fauteuil. « Je suis handicapée. Cela risquerait de vous donner une mauvaise note. » Et elle était partie, me laissant là, avec le son du déclic qui résonnait encore dans ma tête.

Le soir même, le portrait d'Aiko, celui qu'il avait tant scruté, lui semblait encore plus distant. Elle était son espoir, son refuge, mais pas la muse qu'il recherchait désespérément. En rangeant ses affaires, son regard tomba sur l'image qu'il avait prise à la bibliothèque. Le portrait de la jeune femme en fauteuil roulant. Il y avait là quelque chose… une profondeur, une lumière subtile qu'il n'avait jamais réussi à capturer chez Aiko. Une étincelle, oui, une étincelle qu'il n'avait pas reconnue chez sa meilleure amie.

Le lendemain matin, une résolution nouvelle le poussa à se lever. Il devait la convaincre. L'idée de lui proposer de l'argent pour sa rééducation, un geste déroutant mais motivé par son désir de capturer cette muse, germait en lui. Il retourna à la bibliothèque, à la même heure, le cœur battant d'une anticipation mêlée d'appréhension. Il la retrouva là, à la même place, le regard tourné vers la fenêtre, observant le coucher du soleil qui commençait à teinter le ciel de couleurs chaudes. Un petit livre était posé sur ses genoux.

« Salut », dit-il, sa voix un peu rauque.

Elle se tourna vers lui, une lueur de reconnaissance mêlée d'agacement dans les yeux. « Encore vous. Ne me dites pas que vous êtes un harceleur. »

« Non, non ! » s'empressa-t-il de répondre, un sourire nerveux aux lèvres. « Écoutez-moi, s'il vous plaît. Si vous acceptez de devenir ma muse, juste pour quelques temps… en échange, je vous donnerai de l'argent pour votre rééducation à l'hôpital. »

Elle soupira, un son doux et résigné. Ses mains se posèrent sur ses joues, son regard se perdit à nouveau dans le crépuscule. « Ma rééducation… À quoi bon rééduquer quelqu'un qui va bientôt mourir de cancer ? »

Haru resta figé, le souffle coupé. « Que dites-vous ? »

Elle tourna son visage vers lui, ses yeux bleus empreints d'une tristesse infinie, mais aussi d'une sérénité déconcertante. « Et oui, vous avez bien compris. Je mourrai d'un cancer d'ici six mois. »

Le monde de Haru bascula. Les mots lui manquaient, un vide béant s'ouvrait en lui. Il ne savait que faire, que dire. « Je… je n'ai pas de mots. »

Un sourire léger, presque éthéré, effleura ses lèvres. « Ne vous inquiétez pas. Pas besoin d'avoir pitié de moi. Si vous voulez que je devienne votre muse, alors faites-moi passer du bon temps pendant ces six mois avant de mourir. » Elle regarda à nouveau le coucher du soleil, une vision de beauté fugace. « Qu'est-ce qu'un bon portrait avec un coucher de soleil ? »

Une lueur nouvelle s'alluma dans ses yeux, une lueur de défi, d'espoir, de vie. Haru, touché par sa force, par sa résilience face à l'inéluctable, sentit son cœur battre plus fort. « C'est d'accord », dit-il, la voix ferme, résolue.

Ainsi commença leur alliance, un pacte scellé entre la vie et l'art, entre un photographe en quête d'absolu et une jeune femme qui aspirait à vivre pleinement ses derniers instants. Mais le destin, capricieux, ne s'arrêta pas là. Quand Haru raconta à Aiko leur rencontre, son projet, la proposition qu'il avait faite, une ombre s'abattit sur le visage de sa meilleure amie. Une ombre de jalousie, de possessivité refoulée. Elle ne pouvait accepter d'être mise de côté, de voir Haru se tourner vers une autre. Haru, lui, était déjà captivé par la flamme de Nanasé, par cette étincelle qui illuminait ses derniers jours. L'aventure ne faisait que commencer, et le portrait de Nanasé, celui qui allait marquer son œuvre, prenait forme, baigné par la lumière douce et mélancolique du soleil couchant.

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