Chapter 3

Le Premier Appel

M-Dark reçoit un appel d'un numéro inconnu. La voix de la vidéo annonce qu'ils ont activé "MINUIT" et seront "trois à minuit". La porte du studio se verrouille, les caméras montrent leurs doubles décalés.

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Le téléphone de M-Dark vibra, un son strident qui déchira le silence tendu de l'après-midi. Ace sursauta, ses yeux s'écarquillant de nervosité. "Numéro inconnu," murmura-t-il, une appréhension palpable dans sa voix. "Ne réponds pas, M-Dark. S'il te plaît."

Mais la curiosité, ce moteur insatiable qui les avait menés dans tant d'endroits sombres et oubliés, prit le dessus. M-Dark attrapa son téléphone, le poids de l'inconnu pressant dans sa paume. Il porta l'appareil à son oreille. "Allô ?"

Un silence. Puis, une respiration. Lentement, presque imperceptiblement, comme le murmure du vent dans les branches nues. Et enfin, une voix. La même voix qui avait résonné dans l'enregistrement, celle qui avait prononcé leur nom et leur avait demandé de revenir. "Vous avez ouvert le dossier MINUIT," dit-elle, sa tonalité dénuée d'émotion, presque mécanique.

Cerise laissa échapper un murmure étranglé. "C'est… c'est impossible…" Elle se frotta les bras, comme pour chasser un frisson qui ne venait pas du froid.

M-Dark fixa l'écran de son téléphone, puis le regarda. "Qui êtes-vous ?" demanda-t-il, sa propre voix empreinte d'une gravité nouvelle.

Un léger souffle, presque un rire contenu, traversa la ligne. "Quelqu'un que vous avez déjà filmé sans le savoir."

Avant que M-Dark ne puisse poser une autre question, la ligne se coupa. Le silence retomba, plus lourd qu'auparavant. L'écran du téléphone s'illumina alors d'un nouveau message. Deux lignes de texte apparurent, glaciales dans leur simplicité :

**23:59:12**

Puis, une seconde ligne, encore plus troublante :

**Vous serez trois à minuit. Toujours.**

Ace arracha presque le téléphone des mains de M-Dark, ses yeux balayant la pièce dans une panique croissante. "Ok, là, on arrête tout," déclara-t-il, sa voix tremblante. "On sort. Maintenant. On se casse d'ici." Il se précipita vers la porte du studio, sa main agrippant la poignée avec une force désespérée.

Mais la porte ne bougea pas. Elle était verrouillée. Verrouillée de l'intérieur.

"Quoi ? Non…" Cerise tenta à son tour, poussant, tirant, mais la porte restait inébranlable, un mur solide entre eux et le monde extérieur. La panique commença à poindre dans ses yeux.

M-Dark balaya la pièce du regard, son esprit travaillant à une vitesse folle. Les caméras de sécurité, celles qu'ils avaient installées pour surveiller le studio, s'allumèrent toutes seules, une par une. Leurs petites lumières rouges, habituellement synonymes de vigilance, semblaient maintenant clignoter d'une menace sourde. Et sur chaque écran de moniteur, ils se voyaient.

Eux. Assis là, dans le studio. Mais quelque chose clochait. Leurs reflets sur les écrans étaient… décalés. Leurs doubles bougeaient légèrement en retard, ou peut-être en avance, comme s'ils étaient déjà en train de vivre une autre réalité, un autre moment. C'était subtil, dérangeant, comme regarder un film dont la synchronisation serait déréglée.

Ace se figea, son regard rivé sur l'un des moniteurs. "Regardez…"

Sur l'un des écrans, l'image changea. Le studio disparut, remplacé par un couloir. Pas le couloir propre et moderne de leur studio, mais un couloir sombre, ancien, aux murs couverts de fissures et d'une humidité persistante. La peinture écaillée témoignait d'années d'abandon. Au bout du couloir, une porte se dessinait, maculée de saleté. Sur cette porte, gravé d'une écriture taillée à même le bois, un avertissement :

**MINUIT — ACCÈS REFUSÉ**

"On n'est pas dans le studio," souffla Ace, sa voix un murmure rauque.

Cerise secoua la tête, sans quitter l'écran des yeux. "Si… mais pas complètement," répondit-elle, une lueur de compréhension mêlée d'effroi dans le regard. "On est là, mais on est aussi… ailleurs."

Dans la vidéo projetée sur l'écran, une silhouette commença à s'approcher de la caméra. Une silhouette qui ressemblait étrangement à M-Dark. Elle avançait lentement, ses pas résonnant faiblement dans le silence virtuel du couloir. Puis, la silhouette s'arrêta net. Elle leva la tête. Et elle fixa directement l'objectif.

Le M-Dark qui se trouvait dans la pièce sentit une sueur froide couler dans son dos. Le M-Dark de la vidéo le regardait. Il le voyait. Comme s'il pouvait traverser les dimensions, les écrans, pour le fixer dans les yeux.

"Vous êtes en train de nous regarder ?" demanda la version de M-Dark dans l'écran, sa voix résonnant avec une clarté troublante, comme si elle était juste de l'autre côté du verre.

Un silence total s'abattit sur la pièce réelle. Les trois amis étaient pétrifiés, leurs regards rivés sur le moniteur, sur ce double étrange qui semblait les observer de l'autre côté. Le temps semblait s'étirer, chaque seconde pesant une éternité.

Soudain, le téléphone de M-Dark vibra à nouveau. Il sursauta, comme s'il avait reçu un coup. Il le regarda.

**23:59:58**

Ace chuchota, sa voix à peine audible, chargée d'une terreur grandissante. "Dites-moi que ça s'arrête là… Dites-moi que c'est juste une mauvaise blague."

L'horloge sur l'ordinateur afficha :

**23:59:59**

Puis, dans un soubresaut collectif, toutes les lumières du studio s'éteignirent d'un coup. L'obscurité fut totale, épaisse, dévorant la pièce.

Minuit.

Le silence revint, mais il était différent. Chargé d'une attente palpable. Et dans le noir complet, alors qu'ils n'étaient censés être que trois, une quatrième respiration se fit entendre dans la pièce. Légère, distincte, mais indubitablement présente. Quelque chose ou quelqu'un d'autre était là. Avec eux. Dans les ténèbres.

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