Chapter 1
L'Enregistrement Fantôme
M-Dark, Ace et Cerise découvrent une voix prononçant leurs noms et "reviens" dans un hôpital désaffecté. Leur PC crée ensuite un dossier "MINUIT" avec une vidéo troublante. L'entité semble les avoir ciblés.
La pluie battait un rythme lancinant contre les vitres du studio, chaque goutte semblant murmurer des secrets anciens. M-Dark, le regard rivé sur les courbes audio qui dansaient sur l'écran, venait de clore le montage d'une expédition récente. Ace et Cerise, ses fidèles compagnons dans cette quête de l'inexpliqué, se tenaient près de lui, l'air las et déçu. L'ancien hôpital désaffecté qu'ils avaient exploré, réputé pour ses murmures spectraux et ses ombres fugaces, n'avait, une fois de plus, rien livré de concret. Quelques grincements de portes, des bruits indistincts dans les profondeurs vides des couloirs… le lot habituel des investigations paranormales, trop souvent qualifié de "fake" ou d'inconcluant par leur communauté en ligne.
« On va encore se faire insulter dans les commentaires », soupira Ace, passant une main lasse sur son front. Son rôle de caméraman le plaçait souvent au cœur de l'action, l'exposant le premier aux doutes et aux moqueries.
« Ou alors les gens vont dire que c’est monté de toutes pièces », ajouta Cerise, sa voix trahissant son inquiétude. Monteuse et analyste audio du trio, elle avait le don de déceler les anomalies les plus subtiles, mais parfois, le silence était la seule réponse de l'au-delà.
M-Dark, lui, ne répondait pas. Son attention était entièrement captée par les ondes sonores affichées à l'écran. Quelque chose clochait. Une dissonance infime, une irrégularité qui échappait à l'oreille humaine, mais pas à l'œil expert de l'analyste. Un frisson parcourut son échine, une sensation familière, celle de se trouver au bord d'une découverte capitale.
« Attendez… », dit-il, sa voix basse et concentrée. Il rembobina la séquence, ramenant le curseur à un point précis. L'image montrait un couloir désert, baigné d'une lumière blafarde. La caméra était fixe, imperturbable. Puis, un souffle. Si léger qu'il aurait pu être attribué au vent s'infiltrant par les fenoux brisés, ou à la respiration d'un des membres de l'équipe. Mais la pièce était censée être vide, déserte de toute présence vivante depuis des décennies.
Il augmenta le volume, poussant les curseurs audio au maximum. Le souffle devint plus distinct, presque palpable. Et puis, à travers le murmure de l'air, un mot, à peine audible, se détacha du bruit ambiant. Un mot qui fit se hérisser les poils sur ses bras.
« M-Dark… »
Un silence total s'abattit sur la pièce, un silence plus lourd que le rugissement d'un orage. Ace se pencha, ses yeux écarquillés fixant l'écran. « Dis-moi que c’est un montage. S’il te plaît, dis-moi que tu as ajouté ça après. »
« Je n’ai rien ajouté », répondit M-Dark, sa voix étrangement calme, malgré le tumulte qui grondait en lui. La certitude de l'authenticité de ce son était écrasante.
Cerise frissonna, serrant ses bras autour d'elle comme pour se protéger d'un froid invisible. « On était trois dans l’hôpital… non ? Juste nous trois. »
M-Dark acquiesça d'un signe de tête lent, son cerveau tentant désespérément de trouver une explication rationnelle. Implausible. Impossible. Il lança à nouveau la séquence, le cœur battant à tout rompre. Le même souffle se fit entendre, plus clair cette fois, comme si l'entité, consciente d'avoir été entendue, se permettait une confidence supplémentaire. Mais cette fois, un deuxième mot apparut, presque collé au premier, une invitation murmurée dans les profondeurs du silence.
« Reviens. »
Le logiciel de montage, jusque-là docile, se figea. Les courbes audio se figèrent, l'image se bloqua. Puis, sans crier gare, l'écran devint noir. Un noir absolu, dévorant la lumière et l'espoir. Le PC, comme animé par une volonté propre, redémarra tout seul, dans un grésillement électronique. Quand l'image revint, elle était différente. Un seul fichier était ouvert. Un nouveau dossier, créé à l'instant même, portant un nom qui résonna comme un coup de gong dans la quiétude du studio.
**MINUIT**
Ace se leva d'un bond, l'adrénaline montant en flèche. « Ok. Ça, c’est pas normal. Pas du tout normal. » Sa voix tremblait légèrement, trahissant son anxiété croissante.
M-Dark, malgré le sentiment d'appréhension qui l'étreignait, ouvrit le dossier. À l'intérieur, une seule vidéo. Aucune date, aucune origine, aucune information. Juste un bouton "lecture", invitant à plonger dans l'inconnu.
Cerise hésita, sa main tendue vers la souris, mais incapable de la saisir. « Si on clique… on sait même pas ce que c’est. On se jette dans le vide sans savoir où on va atterrir. »
« Justement », répondit M-Dark, le regard déterminé. L'appel était trop fort pour être ignoré. Il lança la vidéo.
L'écran resta noir pendant une longue seconde. Puis, une image apparut, comme un fantôme se matérialisant dans le vide. Une rue déserte, filmée de nuit. La caméra tremblait légèrement, suggérant qu'elle était tenue à la main, comme par quelqu'un cherchant à se cacher, ou à capturer l'instant furtivement. On entendait une respiration, lente et profonde, puis une voix, si proche qu'elle semblait murmurer directement à l'oreille de celui qui regardait.
« Vous avez déjà entendu parler du signal de minuit ? »
Ace recula instinctivement, son corps se tendant comme un arc. « Non. Stop. J’aime pas ça. M-Dark, arrête. J’aime pas du tout ça. »
Mais M-Dark était hypnotisé. Dans la vidéo, la caméra se tournait lentement, révélant un miroir. Un miroir de vitrine, reflétant la rue sombre. Et là, l'horreur commença à se déployer. Le reflet… ne bougeait pas en même temps que la caméra. Il y avait un décalage, une subtile dissonance qui glaça le sang. Le reflet souriait, mais avec une demi-seconde de retard, comme si une âme différente habitait ce corps capturé.
Cerise se figea, sa respiration s'arrêtant net. « Coupez. M-Dark, coupez tout de suite. »
M-Dark, les yeux rivés sur l'écran, ne bougeait pas. Car quelque chose d'encore plus terrifiant se produisait dans le reflet. Quelqu'un apparut derrière le personnage qui tenait la caméra. Quelqu'un qui ne devrait pas être là. Un regard se tourna vers l'objectif, un regard qui semblait les transpercer. La pièce filmée ne correspondait pas exactement à leur studio. Il y avait des détails subtilement différents, des objets déplacés, comme si l'image était une version déformée de leur propre réalité. Puis le son monta d'un coup, la voix sortant du miroir, une voix qui résonnait désormais de façon sinistre.
« Vous l’avez déjà activé. »
L'écran devint noir. Le PC s'éteignit brutalement. Toutes les lumières du studio, une à une, clignotèrent une fois, comme un dernier soupir de conscience, avant de plonger le local dans une obscurité impénétrable. Puis, le silence. Un silence épais, chargé d'une tension insoutenable.
Le téléphone de M-Dark vibra, brisant le silence oppressant. Un numéro inconnu s'afficha à l'écran. Ace recula instinctivement, comme s'il craignait d'être contaminé par l'objet maudit. « Ne réponds pas. S’il te plaît, ne réponds pas. »
Mais M-Dark, encore sous le choc de la vidéo, décrocha. Un silence pesant s'installa à l'autre bout de la ligne, un silence peuplé de respirations rauques et profondes. Puis, la voix. La même voix que celle de la vidéo, résonnant avec une clarté glaçante.
« Vous avez ouvert le dossier MINUIT. »
Cerise murmura, la voix étranglée par la peur, « C’est impossible… Comment pourrait-elle savoir ? »
M-Dark fixa l'écran de son téléphone, son regard transperçant le verre comme s'il cherchait à atteindre l'interlocuteur invisible. « Qui êtes-vous ? »
Un léger souffle, presque un rire étouffé, parvint à ses oreilles. « Quelqu’un que vous avez déjà filmé sans le savoir. » La ligne se coupa. Le téléphone, comme s'il était lui-même possédé, afficha immédiatement un nouveau message, composé de chiffres qui semblaient marquer l'inéluctable tic-tac d'une horloge sinistre.
**23:59:12**
Une seconde ligne apparut en dessous, une prophétie murmurée dans le vide.
**Vous serez trois à minuit. Toujours.**
Ace arracha presque le téléphone des mains de M-Dark, son visage livide. « Ok, là on arrête tout. On arrête cette folie. On sort. Maintenant. On s’enferme chez nous et on oublie tout ça. »
Mais alors qu'Ace se précipitait vers la porte, il la trouva verrouillée. Fermement. De l'intérieur. Il la secoua, tira sur la poignée avec désespoir. Rien. La porte était scellée, comme si elle était soudée à ses gonds.
Cerise tenta sa chance à son tour, ses mains tremblant. « C’est impossible ! Comment… ? »
M-Dark, le regard balayant la pièce, remarqua quelque chose d'étrange. Les caméras de sécurité du studio, habituellement éteintes lorsqu'elles n'étaient pas utilisées, s'allumèrent toutes seules, une à une. Et sur chaque écran, ils se voyaient. Mais pas eux, pas entièrement. C'était comme si leurs doubles, leurs reflets décalés, étaient déjà en train de bouger ailleurs, dans une réalité parallèle. Sur un des écrans, une des caméras du studio afficha une image différente. Un couloir. Mais pas celui du studio. Un lieu plus ancien, plus délabré. Des murs fissurés, couverts de moisissures, et au bout du couloir, une porte massive, ornée d'inscriptions inquiétantes.
**MINUIT — ACCÈS REFUSÉ**
Ace souffla, sa voix étranglée par la panique. « On n’est pas dans le studio… On est… ailleurs, non ? »
Cerise répondit sans quitter l'écran des yeux, son regard fixé sur la porte énigmatique. « Si… mais pas complètement. C’est comme si… comme si une partie de nous était ici, et l'autre… ailleurs. »
Dans la vidéo retransmise par la caméra, une version de M-Dark, le M-Dark de l'autre réalité, s'approchait lentement de la caméra. Il s'arrêtait net, comme s'il avait senti leur présence. Il levait la tête, son regard fixant directement l'objectif, comme s'il les voyait, eux, dans leur propre studio.
« Vous êtes en train de nous regarder ? » demanda la version de M-Dark dans l'écran, sa voix portant une profonde incrédulité.
Un silence total s'abattit sur la vraie pièce, un silence si dense qu'il en devenait assourdissant. M-Dark sentit son téléphone vibrer à nouveau dans sa poche. Il le sortit, le cœur cognant dans sa poitrine.
**23:59:58**
Ace chuchota, sa voix ne dépassant pas le murmure d'une prière. « Dites-moi que ça s’arrête là. Dites-moi que c’est la fin. »
**23:59:59**
Le dernier chiffre s'afficha. Et au même instant, toutes les lumières du studio s'éteignirent, plongeant le local dans un noir total, absolu. Minuit. Et dans le noir complet, un son résonna, un son qui glaça le sang des trois amis, un son qui annonçait l'arrivée de l'impensable. Une quatrième respiration apparut dans la pièce, se mêlant aux leurs, une présence invisible qui venait de les rejoindre. Ils n'étaient plus trois. Ils étaient quatre. Et le signal de minuit venait de commencer.