Chapter 2

Chapitre 2 : Les Préparatifs

Le trio prépare son matériel : caméras, micros, lampes. M-Dark rassemble des informations sur le manoir abandonné, tandis qu'une photo ancienne révèle une forme suspecte à une fenêtre, ajoutant à leur appréhension.

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Deux jours s'étaient écoulés depuis ce message étrange, deux jours qui avaient ressemblé à une éternité pour M-Dark. Le téléphone, qu'il avait posé sur son bureau comme un objet maudit, avait fini par retrouver sa place dans sa poche, mais l'idée du Manoir des Ombres ne le quittait plus. Il avait passé ces deux jours à essayer de rationaliser, à se dire que c'était une blague, un canular élaboré. Mais l'insistance des messages, leur caractère presque prophétique, le tenaient en haleine. Ce n'était pas tous les jours qu'on vous promettait de trouver "ce que vous cherchez" dans un lieu dont le nom même évoquait le mystère.

Aujourd'hui, c'était le jour de la préparation. Le studio de M-Dark, d'ordinaire un joyeux chaos de câbles et d'équipements informatiques, était envahi par une nouvelle vague de matériel. Des caméras de haute définition, des caméras thermiques, des micros directionnels, des enregistreurs portables, des lampes torches puissantes, des batteries de secours à foison, des trépieds, des perches à micro… La table basse était recouverte d'un véritable arsenal technologique, prêt à documenter chaque souffle, chaque ombre.

Ace, comme à son habitude, était le premier à passer au crible le matériel. Il tweaka une lentille, vérifia la charge de deux batteries externes, puis attrapa une caméra principale. « Batterie chargée. On a de quoi filmer toute la nuit, même si on doit y rester. » Il jeta un regard à M-Dark, un léger sourire aux lèvres, mais ses yeux trahissaient une pointe d'appréhension.

Cerise, elle, s'occupait des éclairages. Elle alignait méthodiquement les lampes LED, vérifiant chaque ampoule, chaque interrupteur. « Tout est bon de mon côté. J’ai pris les modèles les plus puissants. On ne veut pas être pris au dépourvu par l’obscurité, n’est-ce pas ? » Sa voix était plus assurée que celle d'Ace, mais elle aussi avait cette lueur d'excitation mêlée d'inquiétude qui caractérisait leurs aventures.

M-Dark, lui, était plongé dans ses recherches sur internet. Il avait passé des heures à éplucher les forums, les sites d'histoire locale, les vieux journaux en ligne. Le Manoir des Ombres… Le nom seul suffisait à faire frissonner. Construit au milieu du XIXe siècle par un riche industriel dont la fortune avait mystérieusement disparu, le manoir avait été abandonné il y a plus de cinquante ans, après une série d'événements tragiques dont personne ne parlait ouvertement. Les rumeurs couraient : des cris surnaturels dans les nuits sans lune, des apparitions fugaces dans les fenêtres poussiéreuses, des objets qui bougeaient seuls. Mais comme toujours, aucune preuve concrète n'avait jamais émergé. Juste des légendes, des histoires pour effrayer les enfants.

« Encore des légendes, » marmonna Ace, voyant M-Dark soupirer devant son écran.

« Peut-être, » répondit M-Dark, sans quitter son ordinateur des yeux. « Mais ce message… Il était différent. »

Cerise, qui avait fini de vérifier les lampes, s'approcha de la table où M-Dark avait imprimé quelques vieilles photographies du manoir. Elle en prit une en main, une image en noir et blanc jaunie par le temps. Le bâtiment se dressait, imposant et délabré, au milieu d'une végétation envahissante.

« Vous trouvez pas ça bizarre ? » demanda-t-elle, plissant les yeux.

Ace s'approcha. « Quoi ? Le fait qu'il soit en ruine ? »

« Non, pas ça. Regardez. » Elle pointa du doigt une fenêtre du premier étage. « J'ai l'impression qu'il y a quelqu'un à une fenêtre. »

Les trois amis se penchèrent sur la photo. Effectivement, dans l'une des fenêtres sombres, une forme indistincte semblait se tenir, comme une silhouette fantomatique figée dans le temps. Était-ce une personne ? Un défaut de développement de la photo ? Un simple jeu d'ombre et de lumière ? Difficile à dire. Mais l'idée qu'une présence ait pu les observer même avant leur arrivée était troublante.

Un frisson, cette fois bien réel, parcourut M-Dark. Il sentit la tension monter dans la pièce. L'excitation des préparatifs commençait à laisser place à une angoisse sourde.

« Bon, » dit-il en se redressant, sa voix un peu plus ferme qu'il ne le souhaitait. « Demain matin, on part. On sera sur place avant midi. »

Personne ne répondit. L'enthousiasme des premiers instants semblait s'être évanoui, remplacé par une gravité nouvelle. Même Ace, d'ordinaire le plus téméraire, semblait nerveux. La photo, ce message anonyme, l'isolement du lieu… Tout concourait à créer une atmosphère lourde d'appréhension. Ils avaient l'habitude des frissons, des fausses frayeurs, des montages astucieux pour créer du suspense. Mais cette fois, ils avaient le sentiment d'entrer dans quelque chose de plus réel, de plus dangereux.

Le lendemain, le soleil peinait à percer la couche épaisse de nuages gris qui recouvrait le ciel. La voiture quitta l'autoroute, puis la route asphaltée, pour s'engager sur un chemin de terre rocailleux. La forêt se faisait de plus en plus dense, les arbres se rapprochant dangereusement, leurs branches noueuses formant une voûte sombre au-dessus d'eux. L'air devint plus frais, plus humide. Le silence s'installa dans la voiture, un silence lourd, ponctué seulement par le craquement des graviers sous les pneus.

« On arrive, » annonça M-Dark, sa voix résonnant étrangement dans l'habitacle.

Quelques minutes plus tard, le chemin s'ouvrit sur une clairière envahie par la végétation. Et là, dominant le paysage, se dressait le manoir. Immense. Silencieux. Abandonné. Même à cette distance, le bâtiment semblait avoir une présence propre, une aura sinistre qui irradiait dans l'air. Les fenêtres brisées ressemblaient à des orbites vides, le toit partiellement effondré laissait deviner l'obscurité intérieure, et les plantes grimpantes s'accrochaient aux murs comme les doigts d'un géant mort.

« Waouh, » souffla Cerise, les yeux écarquillés. Même pour elle, habituée aux lieux abandonnés, le manoir dégageait une impression particulière.

Ace ne dit rien. Il fixait le bâtiment, son regard intense, comme s'il essayait de percer ses secrets les plus sombres.

M-Dark alluma sa caméra, son geste machinal. « Salut tout le monde, » dit-il, sa voix essayant de retrouver le ton habituel de ses introductions. « Aujourd'hui, avec Ace et Cerise, nous sommes devant le célèbre Manoir des Ombres. On va voir si les légendes sont vraies. » Il jeta un coup d'œil aux deux autres. « Prêts ? »

Ils hochèrent la tête en silence.

Le portail en fer forgé, rouillé et tordu, grinça lugubrement lorsqu'ils le poussèrent. Le son résonna dans toute la propriété, comme un cri de douleur retenu, puis le silence retomba, plus lourd, plus oppressant encore. Même les oiseaux semblaient avoir déserté les lieux.

Ils avancèrent sur l'allée envahie par les mauvaises herbes, jusqu'à l'entrée principale. La porte en bois massif, sculptée et autrefois magnifique, était entrouverte, comme si quelqu'un les attendait, ou comme si le manoir lui-même les invitait à entrer.

« Après vous, » dit Ace, un sourire nerveux aux lèvres.

« Pas question, » répondit Cerise, les yeux fixés sur l'ombre qui semblait danser dans l'entrebâillement de la porte. « C'est vous qui avez reçu le message. »

M-Dark prit une grande inspiration, sentant son cœur battre la chamade contre ses côtes. La peur s'était installée, mais la curiosité, cette force motrice qui l'avait toujours poussé, était plus forte. Il posa sa main sur le bois froid et humide de la porte. Puis, lentement, il la poussa.

Le manoir venait de les engloutir.

Une odeur âcre de poussière, de moisissure et de bois pourri emplit leurs narines dès qu'ils franchirent le seuil. Le faisceau de leurs lampes, projeté dans l'obscurité épaisse, révélait un immense hall d'entrée. Des morceaux de plâtre tombés du plafond jonchaient le sol, mêlés à des débris de bois vermoulu. Un grand escalier majestueux, dont les marches étaient recouvertes d'un tapis élimé et décoloré, montait vers l'étage supérieur, ses rampes sculptées semblant se tordre dans la pénombre. Les murs, jadis recouverts de papier peint aux motifs élaborés, étaient maintenant couverts de fissures profondes, comme autant de cicatrices témoignant du passage du temps et de l'abandon.

« Cet endroit est… incroyable, » murmura M-Dark, sa voix empreinte d'une fascination mêlée d'effroi. Il levait sa caméra, capturant chaque détail de ce spectacle désolant.

Ils commencèrent à explorer lentement, chaque pas résonnant étrangement dans le silence de la maison. Chaque pièce semblait figée dans le temps, comme si ses occupants l'avaient quittée précipitamment il y a des décennies. Un salon aux meubles recouverts de draps blancs fantomatiques, une bibliothèque où les étagères vides semblaient pleurer leurs livres disparus, une salle à manger dont la table encore dressée semblait attendre des convives qui ne viendraient jamais. Partout, les mêmes signes d'abandon, la même atmosphère de déclin et de tristesse.

Soudain, un bruit.

CLAC.

Le son, sec et distinct, résonna dans le silence, faisant sursauter les trois amis. Ils se figèrent instantanément, leurs lampes braquées dans toutes les directions, leurs cœurs battant à l'unisson.

« Vous avez entendu ? » demanda Cerise, sa voix un murmure à peine audible.

« Oui, » répondit Ace, son regard fixé sur le haut de l'escalier.

Le bruit semblait provenir de l'étage. Pendant quelques secondes, personne ne bougea, retenant leur souffle, écoutant le moindre son.

Puis, un deuxième bruit retentit.

CLAC.

Plus fort cette fois. Comme une porte qui se ferme violemment.

Ace tenta un sourire, mais il n'atteignit pas ses yeux. « Probablement le vent, » dit-il, sa voix un peu trop forcée.

Pourtant, une rapide inspection avait révélé que toutes les fenêtres du rez-de-chaussée étaient fermées, hermétiquement closes par le temps et la poussière. Il n'y avait aucune brise à l'intérieur.

M-Dark leva instinctivement sa caméra vers l'escalier, son doigt sur le bouton d'enregistrement. À cet instant précis, quelque chose traversa le couloir du premier étage. Une forme sombre. Rapide. Très rapide. Elle apparut et disparut en une fraction de seconde, laissant derrière elle une impression de mouvement surnaturel.

« Vous avez vu ça ? » cria Cerise, sa voix empreinte de panique.

« Oui ! » répondit Ace, sa main tremblant légèrement lorsqu'il dirigea sa propre caméra vers l'endroit.

Les trois faisceaux de lumière convergèrent vers le couloir du premier étage. Mais il n'y avait plus rien. Absolument rien. Le silence retomba, plus pesant encore qu'avant, comme si la maison retenait son souffle, attendant leur réaction.

Puis, un troisième bruit résonna dans la maison. Cette fois, il venait juste au-dessus d'eux, semblant résonner à travers le plancher. Comme si quelqu'un marchait lentement, lourdement, sur le plancher de l'étage. Un pas. Puis un autre. Puis encore un autre. Les pas étaient mesurés, réguliers, mais portaient une lourdeur inquiétante.

Les trois amis échangèrent un regard. Leurs yeux se croisaient dans la faible lumière, exprimant la même question muette : quelqu'un était-il vraiment dans le manoir avec eux ? Ou venaient-ils de filmer quelque chose d'impossible, quelque chose qui défiait toute explication logique ? La maison semblait vivante, et elle semblait jouer avec eux.

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