Chapter 8
Le poids de l'oubli
Zapatâ réalise l'ampleur de la perte. Les traditions s'effritent, l'histoire s'efface. Le village, sans ses racines, dérive, ignorant sa propre richesse. La peur le saisit.
Le vent se levait, porteur d'une poussière fine qui voilait les contours des cases, estompant les couleurs vives des tissus autrefois tendus sur les étals. Zapatâ marchait à travers ce paysage transformé, un étranger dans son propre chez-soi. Les rires des enfants, jadis si clairs, résonnaient désormais d'une tonalité étrangement distante, presque mécanique, comme si une mélodie oubliée avait été remplacée par une partition impersonnelle. Il s'arrêta devant la place centrale, autrefois le cœur vibrant de la vie communale, où les anciens se rassemblaient pour partager leurs sagesses et leurs histoires. Aujourd'hui, quelques jeunes gens y traînaient, le regard perdu dans les écrans lumineux de leurs mains, indifférents aux murmures du passé qui semblaient pourtant flotter dans l'air.
Une profonde mélancolie s'empara de lui. Ce n'était pas seulement le temps qui avait laissé son empreinte, mais une sorte d'amnésie collective, un effacement progressif des repères qui avaient jalonné son enfance. Les contes du Chef Gbessi, les chants des femmes au crépuscule, les danses qui célébraient les saisons et les récoltes – tout cela semblait s'être évaporé, dissous dans la hâte d'un présent qui se construisait sans se souvenir. Le village, privé de ses racines profondes, dérivait, tel un bateau sans gouvernail, ignorant la richesse de son propre trésor.
Il se rappela les jours où chaque objet avait une histoire, chaque arbre un esprit, chaque chemin une âme. Les visages des anciens étaient des livres ouverts, leurs mains noueuses racontaient des épopées silencieuses. Maintenant, les visages étaient plus lisses, moins marqués par le temps et les récits. Les regards croisaient le sien sans y attacher d'importance, sans reconnaître le fil invisible qui aurait dû les relier. Une peur sourde commença à le saisir. Et s'il ne restait rien ? Et si ses souvenirs, si chers à son cœur, n'étaient que des chimères, des illusions tissées par sa propre nostalgie ? Le village qu'il avait quitté, celui qu'il portait en lui comme un trésor précieux, avait-il jamais vraiment existé ?
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