Chapter 16

Chef Gbessi, témoin bienveillant

Maître Sery observe avec un sourire entendu. Il voit dans l'assemblée le fruit de ses enseignements et le pouvoir des mots de Zapatâ, un signe que le patrimoine n'est pas perdu.

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Maître Sery, l'homme aux mille rides et au regard clair comme l'eau d'une source vive, observait la scène depuis le seuil de sa case. Un sourire, doux et plein de sous-entendus, étirait ses lèvres fines. Il avait vu tant de saisons passer, tant de visages naître, grandir et s'effacer, que le spectacle qui se déroulait devant lui, sur la place du village, ne le surprenait guère. Il y voyait le fruit discret et patient de ses propres enseignements, le murmure persistant des légendes qu'il avait semées comme on sème des graines dans la terre fertile de l'âme. Et surtout, il y reconnaissait le pouvoir singulier des mots de Zapatâ, ce fils du pays revenu de loin, dont la plume avait su réveiller ce qui dormait au plus profond du cœur de Gbêwô.

L'assemblée était un tableau vivant, une mosaïque de générations unies par une curiosité nouvelle, une attente palpable. Les anciens, assis sur des nattes tressées, le dos droit malgré les années, écoutaient avec une attention presque religieuse. Leurs visages, burinés par le soleil et les labeurs, reflétaient une douceur retrouvée, une lueur dans le regard qui avait pâli sous le poids de l'indifférence. À leurs côtés, les adultes, les mains posées sur les genoux, les corps légèrement penchés, semblaient se laisser bercer par les vers qui planaient dans l'air chaud de l'après-midi. Et puis, il y avait les enfants, le visage levé vers Zapatâ, les yeux ronds de fascination, leurs petits corps immobiles, captivés par le rythme des mots, par les images qui naissaient et dansaient dans leur imagination.

Zapatâ, lui, se tenait au centre, la voix encore empreinte d'une légère hésitation, mais de plus en plus assurée à chaque strophe. Il lisait des poèmes qu'il avait écrits à la hâte, dans le silence de la nuit, à la lumière vacillante d'une lampe à huile, mais qui semblaient désormais avoir pris vie, s'épanouissant sous le regard bienveillant de ses compatriotes. Il parlait de la rivière qui serpentait autrefois, chantant des mélodies oubliées, des arbres sacrés dont les branches portaient les secrets des ancêtres, des rires d'enfants résonnant sous le grand baobab. Il parlait de la chaleur des foyers, des histoires contées au coin du feu, de l'âme de Gbêwô, celle qu'il avait tant cherchée et qu'il croyait avoir perdue.

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