Chapter 15
Le dialogue des générations
Les poèmes créent un pont. Les anciens reconnaissent leurs propres souvenirs dans les vers, tandis que la jeunesse, comme Agnès, découvre une histoire qui lui appartient.
Le soleil déclinait, jetant des ombres longues et douces sur la place du village. Zapatâ, sa feuille froissée à la main, observait la scène avec une sérénité nouvelle. Les mots, ces fragments d'âme qu'il avait patiemment recueillis, semblaient avoir trouvé leur terreau. Hier encore, il se sentait étranger dans ce lieu qui avait vu éclore ses premiers rires, aujourd'hui, il y retrouvait une forme de chez-soi, tissée de vers et de regards partagés.
Les anciens, rassemblés près du grand baobab, échangeaient des murmures. Leurs visages burinés par le temps s'illuminaient d'une lueur familière. Chef Gbessi, assis sur un tabouret bas, écoutait, un léger sourire aux lèvres. Il avait reconnu dans les poèmes de Zapatâ les échos de ses propres récits, les bribes de légendes qu'il avait tant de fois déroulées devant des oreilles parfois trop distraites. Les mots de Zapatâ n'étaient pas une simple évocation du passé, c'était une re-création, une façon de donner corps à ce qui menaçait de s'effacer.
« Il a vu, le jeune homme, il a vraiment vu », disait une vieille femme, ses yeux plissés fixés sur Zapatâ. « Il a vu la rivière chanter, il a vu les manguiers se courber sous le poids des fruits, il a entendu le rire de nos mères. C'est comme si nos mémoires s'étaient envolées dans ses poèmes. »
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