Chapter 6
Le Malaise de Mame Serigne
Mame Serigne, tiraillé entre sa loyauté envers Boubacar et son propre malaise, commence à manifester son désaccord. Un lien subtil se crée avec Ndoyane.
Le soleil de Pire, toujours aussi ardent, semblait s'acharner sur les toits de tôle ondulée, faisant danser des mirages sur le chemin poussiéreux. Pourtant, à l'intérieur de la case fraîchement blanchie, une autre sorte de chaleur, plus insidieuse, commençait à s'installer. Mame Serigne, assis sur le banc de bois usé à côté de son oncle Boubacar, sentait une sueur froide perler sur son front, une sensation bien différente de celle causée par la canicule. Il regardait les mains de son oncle, noueuses et fortes, posées sur ses genoux, des mains qui avaient toujours su le guider, le protéger, depuis que son père Ousmane avait quitté ce monde. Boubacar, homme de peu de mots, avait porté le fardeau de leur famille avec une dignité silencieuse, et Mame Serigne lui devait tout.
Mais aujourd'hui, le silence de Boubacar pesait comme une chape de plomb. Il venait de prononcer les mots, ceux qui faisaient trembler les fondations de son monde : le mariage de Ndoyane. Sa cousine. Sa future épouse, si l'on en croyait la parole donnée, la promesse murmurée à l'oreille d'un frère mourant il y a quinze ans. Quinze ans. Une éternité pour un enfant, un souffle pour un homme. Et maintenant, cette promesse revenait, implacable, pour sceller le destin de deux jeunes vies.
« Elle est jeune, oncle, » avait murmuré Mame Serigne, la voix étranglée. Il avait osé. Pour la première fois depuis qu'il était un homme, il avait osé mettre en doute la sagesse de Boubacar.
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