Chapter 2

Une Nouvelle Naissance

L'immortelle s'éveille. Elle est désormais Ye Wanru, aînée d'une famille influente de Pékin. Le choc des réalités terrestres la submerge : un corps fragile, des émotions nouvelles, une identité à forger.

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Le silence n'était pas un vide, mais une présence. Une présence douce et familière, le murmure des étoiles dans une nuit sans fin. Puis, le silence se déchira. Ce ne fut pas un cri, ni une douleur, mais un effroi diffus, une sensation de chute infinie dans un abîme de sensations inconnues. Les yeux s'ouvrirent sur une lumière aveuglante, trop vive, trop crue. Ce n'était pas la douce luminescence des cieux, mais une agression pour la rétine, une douleur lancinante qui la força à les refermer aussitôt. Une main se porta à son front, une main fine, douce, aux doigts longs et délicats. Ce corps… ce n'était pas le sien. Le corps qu'elle avait connu, celui qui flottait avec aisance parmi les nuages, était d'une légèreté éthérée, d'une puissance contenue. Celui-ci était lourd, ankylosé, traversé de spasmes étranges. Une respiration rauque s'échappa de lèvres qu'elle ne reconnaissait pas, un son maladroit, presque animal.

Où était-elle ? Le souvenir de la descente, de l'épreuve imposée, flottait encore à la lisière de sa conscience, limpide et terrible. Une mission. Comprendre. Vivre. Mais cette vie… elle était si différente. Un brouillard épais semblait envelopper ses pensées, rendant la tâche de rassembler ses esprits ardue. Elle essaya de bouger, de se redresser, mais une faiblesse abyssale la cloua à ce qui lui semblait être un lit. Ses membres refusaient d'obéir, lourds comme du plomb. Une panique sourde commença à monter, une émotion qu'elle n'avait jamais ressentie auparavant, une peur viscérale de l'impuissance.

Une silhouette se pencha au-dessus d'elle. Une femme. Son visage était doux, encadré de cheveux sombres impeccablement coiffés. Des yeux pleins d'une inquiétude voilée la regardaient avec une intensité mêlée de soulagement et de quelque chose d'autre… une nuance qu'elle ne parvenait pas encore à déchiffrer.

« Wanru ? Ma fille ? Tu es réveillée ? » La voix était mélodieuse, mais teintée d'une fatigue perceptible.

Wanru. Le nom résonna en elle, étranger et pourtant… étrangement juste. C'était son nom, ici. Sa nouvelle enveloppe. La femme posa une main fraîche sur son front. Le contact fut une décharge électrique, une fusion soudaine avec cette nouvelle réalité. Des images fugaces traversèrent son esprit : une grande demeure, des rires d'enfants, des visages familiers, des conversations murmurées. Une famille. Une famille terrestre.

« Maman… » Le mot sortit de sa gorge comme un murmure rauque, une syllabe oubliée qui retrouvait soudain sa place. La femme eut un léger sourire, ses yeux s'adoucirent encore.

« Oui, mon enfant. Repose-toi. Tu as été malade. »

Malade. Le concept même de maladie était étranger à son existence d'immortelle. La fragilité de la chair, la vulnérabilité du corps… C'était une leçon qui s'annonçait rude. Au fil des heures, la brume se dissipa lentement. Les sensations prenaient forme, les sons devenaient intelligibles, les visages se distinguaient. Elle était dans une chambre luxueuse, aux murs ornés de calligraphies élégantes et drapés de soies précieuses. Le parfum subtil d'encens flottait dans l'air. À ses côtés, sa mère – cette mère à la grâce discrète – veillait, lui apportant de l'eau, lui ajustant les coussins.

Le père apparut plus tard. Un homme imposant, à la stature droite et au regard perçant. Il s'appelait M. Ye, lui avait-on dit. Son expression était grave, mais une lueur d'affection paternelle transparaissait sous son autorité naturelle. Il s'assit sur le bord du lit, sa main calleuse effleurant doucement le front de sa fille.

« La fièvre est tombée, heureusement. Tu nous as fait une belle frayeur, Wanru. » Sa voix était profonde, résonnante, porteuse d'une autorité incontestable.

Elle le regarda, cherchant à comprendre ce lien qui les unissait. Il était le chef de cette famille, le pilier sur lequel tout reposait. Elle sentit une vague d'émotion nouvelle la submerger : une profonde gratitude pour sa présence, une forme de respect mêlée d'une appréhension instinctive. Les attentes qui pesaient sur ses épaules, même sans qu'elle en comprenne encore la nature, commençaient à se faire sentir.

Puis vint son frère. Plus jeune, d'une dizaine d'années peut-être. Il se tenait à l'entrée de la chambre, le regard vif, presque insolent. Il y avait une sorte de défi dans sa posture, une pointe d'impatience. Il s'appelait Jian.

« Wanru est enfin réveillée ? J'ai cru qu'elle allait rester endormie pour toujours, » lança-t-il avec un sourire narquois.

Sa mère lui lança un regard réprobateur. « Jian ! Sois plus respectueux envers ta sœur aînée. »

Le garçon haussa les épaules, mais un pli de curiosité se dessina sur son front alors qu'il observait Ye Wanru. Elle sentit une pointe d'irritation monter en elle face à son insolence, une réaction instinctive qu'elle avait du mal à maîtriser. C'était une autre facette de cette nouvelle existence : les interactions humaines, les dynamiques complexes entre frères et sœurs, les jeux de pouvoir subtils.

Les jours suivants furent une immersion brutale dans le monde des mortels. Ye Wanru découvrit les joies simples d'une tasse de thé chaud, le plaisir d'une conversation animée, la douleur d'une chute sur le parquet, la fatigue qui s'emparait de son corps après une longue journée. Chaque sensation était une révélation, chaque interaction une leçon. Elle apprenait à marcher dans ce corps qui semblait si étranger, à parler avec des mots qui prenaient soudain un sens profond, à ressentir des émotions qui la submergeaient parfois. La joie d'un compliment, la tristesse d'une parole blessante, la colère face à une injustice.

Elle apprenait aussi à aimer. L'amour de sa mère, tendre et inconditionnel. L'amour protecteur de son père, exprimé par des gestes discrets et des conseils avisés. Même l'agacement qu'elle ressentait face à son frère Jian commençait à se teinter d'une forme d'affection protectrice. Il était sa famille, désormais. Ces êtres fragiles et complexes qui l'entouraient, elle ressentait un besoin irrépressible de les protéger, de les voir heureux.

Mais le monde des Ye n'était pas qu'amour et sérénité. La puissance de la famille attirait les regards, les jalousies. Ye Wanru, en tant qu'aînée, était au centre de nombreuses attentes. Les réunions familiales étaient des théâtres d'ombres, où les sourires masquaient les ambitions, où les paroles polies dissimulaient des rivalités. Elle observait, découvrait les jeux de pouvoir, les alliances fragiles, les héritages convoités. Elle commençait à comprendre que son rôle allait bien au-delà de celui d'une simple fille.

Un après-midi, alors qu'elle se promenait dans le vaste jardin de la résidence, elle fut abordée par une femme plus âgée, une tante, dont le visage sévère était marqué par les années et les soucis.

« Wanru, ma chère. Ton père m'a demandé de te parler. » La voix était sèche, sans chaleur. « Les préparatifs pour tes fiançailles avancent. Tu sais, un bon mariage est essentiel pour la stabilité de notre famille. »

Fiancailles ? Le mot résonna comme un coup de tonnerre. Elle n'avait pas encore vingt ans dans ce corps, et déjà, son avenir était tracé, dicté par les impératifs de la famille. Elle sentit une boule se former dans sa gorge. Elle avait une mission, elle devait comprendre la vie, pas être mariée sans son consentement.

« Tante, je… je ne suis pas encore prête. »

La femme eut un sourire dédaigneux. « Prête ? Qu'est-ce que tu veux dire par prête ? Tu es la fille aînée des Ye. Ton devoir est de faire une union avantageuse. Ton père et moi avons déjà tout arrangé. Le fils du Ministre Li. Une excellente alliance. »

Une alliance. Pas un choix du cœur, mais un calcul politique. La colère monta en elle, une colère froide et pure, une colère d'immortelle face à l'absurdité des contraintes humaines. Elle sentit une énergie sourde vibrer en elle, une force latente qu'elle avait jusqu'alors contenue.

« Je ne ferai rien qui ne me convienne pas, » dit-elle d'une voix ferme, inattendue même pour elle-même.

La tante la regarda, surprise par cette assurance nouvelle. « Wanru ! Tu ne parles pas comme ça à ta tante ! »

« Je parle comme je le ressens, » répondit Ye Wanru, son regard fixé sur celui de la femme. Dans ses yeux, il y avait une profondeur nouvelle, une détermination qui dépassait largement son âge terrestre. Elle sentit le regard de son père se poser sur elle depuis la terrasse du salon. Il observait, silencieux, une lueur d'intérêt et peut-être… d'inquiétude dans ses yeux. Il avait vu quelque chose d'inhabituel en sa fille, quelque chose qui le dépassait.

Ce fut le premier signe. Le premier indice que sa vie terrestre ne serait pas une simple promenade. Qu'elle serait confrontée à des choix difficiles, qu'elle devrait se battre pour son indépendance, pour son bonheur. Elle sentit le poids de son immortalité, non pas comme un fardeau, mais comme une force latente, une sagesse ancienne qui commençait à refaire surface. Elle n'était pas seulement Ye Wanru, l'aînée des Ye. Elle était aussi celle qui avait traversé les âges, celle qui avait vu naître et mourir des étoiles. Et cette force, elle allait devoir apprendre à l'utiliser, non pas pour fuir sa vie terrestre, mais pour la façonner, pour la rendre digne de celle qu'elle était vraiment. L'épreuve ne faisait que commencer.

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