Chapter 3

L'ombre du doute plane

Une épreuve majeure survient, menaçant les études de Dermarck. Une rivalité avec Sory s'intensifie, et des tentations le détournent de ses objectifs.

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L'ombre du doute plane. La cour de récréation, autrefois le théâtre de rires et d'échanges animés, prenait désormais des allures plus sombres aux yeux de Dermarck. Les moqueries de Sory et de sa bande, d'abord perçues comme de simples désagréments, s'étaient transformées en une pression constante, un poids qui s'accumulait sur ses épaules à chaque passage. Il sentait leurs regards peser sur lui, leurs chuchotements le suivre comme une ombre malveillante. L'école, ce lieu d'apprentissage et d'espoir, se muait insidieusement en un champ de bataille où sa détermination était mise à rude épreuve.

Un après-midi, alors qu'il rangeait ses affaires à la fin des cours, Sory l'interpella d'une voix traînante et moqueuse. « Alors, Dermarck, toujours à traîner avec ta copine Aminata ? Vous n'avez rien de mieux à faire que de vous cacher dans les livres ? » Ses acolytes rirent en chœur, leurs visages se tordant en grimaces dédaigneuses.

Dermarck serra les poings, sentant la chaleur monter à ses joues. Il aurait voulu répondre, leur balancer une réplique cinglante, mais les mots lui manquaient. La peur de déclencher une confrontation plus violente le paralysait. Aminata, qui se tenait à ses côtés, intervint d'une voix ferme, mais empreinte d'une légère inquiétude. « Laisse-le tranquille, Sory. Ce n'est pas ton problème. »

Sory se tourna vers elle, un sourire narquois aux lèvres. « Oh, la petite protectrice ! Tu veux jouer les grandes ? Tu devrais plutôt t'inquiéter de tes propres notes, non ? J'ai entendu dire qu'elles n'étaient pas si brillantes que ça. » Il lança un regard provocateur à Dermarck, puis s'éloigna avec ses sbires, laissant derrière lui une atmosphère chargée de tension.

Dermarck sentit un nœud se former dans son estomac. Les paroles de Sory avaient touché une corde sensible. Certes, il était intelligent, déterminé, mais la pression des études, les exigences des professeurs, le poids des responsabilités familiales commençaient à peser lourdement. Il savait que ses parents comptaient sur lui, qu'ils faisaient d'énormes sacrifices pour qu'il puisse étudier dans de bonnes conditions. L'idée de les décevoir le terrifiait.

Les jours suivants, l'ambiance à l'école devint encore plus pesante. Les moqueries de Sory se firent plus virulentes, s'ajoutant à une série de petites contrariétés qui semblaient s'acharner sur Dermarck. Un jour, il oublia son cahier d'exercices à la maison, un autre, il se trompa dans la date d'un devoir à rendre. Chaque erreur, chaque oubli était amplifié par la malveillance ambiante, chaque lapsus était prétexte à de nouvelles railleries. Il avait l'impression d'être constamment sous surveillance, jugé, analysé.

Un soir, en rentrant chez lui, il trouva sa mère affairée à préparer le dîner. L'odeur des épices emplissait la petite cuisine, mais Dermarck ne ressentait aucune joie. Il s'assit à la table, le regard perdu dans le vide. Sa mère s'approcha de lui, le front plissé d'inquiétude. « Qu'est-ce qu'il y a, mon fils ? Tu as l'air si préoccupé. »

Dermarck hésita. Il voulait lui parler des brimades, de la pression, mais il savait que cela ne ferait que l'inquiéter davantage. Il ne voulait pas ajouter à leurs soucis. « Rien, maman. Juste un peu fatigué. Beaucoup de travail à l'école. »

Sa mère le regarda longuement, ses yeux cherchant la vérité dans le regard de son fils. Elle connaissait Dermarck, savait son courage et sa détermination. Elle sentait que quelque chose n'allait pas, mais elle respectait son silence. « Si tu as besoin de quoi que ce soit, tu sais que tu peux venir me voir, mon chéri. » Elle lui caressa la joue et retourna à ses fourneaux.

Malgré le soutien de sa mère, Dermarck sentait le doute s'installer. Les tentations commençaient à se faire sentir. Des garçons plus âgés, qui traînaient souvent près de l'école, lui proposaient de fumer ou de faire les 400 coups. Au début, il avait refusé catégoriquement, repoussant ces offres avec fermeté. Mais à force d'être harcelé, de se sentir rejeté et incompris, une partie de lui commençait à se demander si une échappatoire, même éphémère, ne serait pas la bienvenue.

Un après-midi, alors qu'il était seul, Sory l'approcha de nouveau. Cette fois, son ton était différent, moins agressif, presque persuasif. « Écoute, Dermarck. Je sais que ce n'est pas facile pour toi. On se chamaille, c'est vrai, mais on est aussi dans la même galère. On est tous sous pression. Ce prof, Madame Kouassi, il attend trop de nous. » Il lui jeta un regard complice. « J'ai entendu parler d'un endroit, un endroit où on peut s'amuser un peu, oublier tout ça. Pas loin d'ici. Si tu veux, je peux t'y emmener. »

Dermarck sentit son cœur battre la chamade. Une partie de lui était tentée par cette proposition, par l'idée de fuir, de s'éloigner du poids de ses responsabilités. Mais une autre partie, plus profonde, plus sage, le mettait en garde. Il pensait à ses parents, à ses rêves, à tout ce pour quoi il travaillait si dur. Il repensa aux paroles d'Aminata, à son soutien indéfectible, à la confiance qu'elle plaçait en lui.

Il regarda Sory, son assurance, son arrogance, et il vit au-delà de la façade. Il y avait de la faiblesse, de la peur, et peut-être même de la solitude. Il comprit que Sory essayait de le entraîner dans son propre abîme, de le rendre complice de sa propre détresse.

« Non, Sory, » répondit Dermarck, sa voix étonnamment ferme. « Je ne veux pas. Je suis là pour étudier, pas pour m'amuser à tes côtés. Et je ne laisserai personne me détourner de mon chemin. »

Sory éclata de rire, un rire sec et dénué de joie. « Tu es sûr de toi, le petit génie ? Tu crois vraiment que tu vas y arriver tout seul ? Tu te trompes lourdement. Tu finiras par craquer, comme tout le monde. » Il lui lança un regard plein de défi, puis s'éloigna, le laissant seul face à ses pensées.

L'épreuve était loin d'être terminée. L'ombre du doute planait toujours, mais Dermarck avait fait un choix. Il avait choisi de se battre, de résister aux tentations, de croire en lui-même et en son avenir. Il savait que le chemin serait difficile, semé d'embûches, mais il était prêt à affronter chaque obstacle avec courage et détermination. Il marcha d'un pas plus assuré vers la sortie de l'école, le regard fixé vers l'horizon, prêt à relever les défis qui l'attendaient. La bataille était engagée, et Dermarck était prêt à la mener jusqu'au bout.

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