Chapter 1

Le Mystère des Cœurs Orphelins

Maya, une jeune femme optimiste mais malchanceuse en amour, remarque que les relations autour d'elle s'effritent. Ses propres rendez-vous finissent en fiasco. Elle ignore encore que la magie ancestrale de l'Éclat s'amenuise, affectant le monde.

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Le café « Le Grain Doré » sentait le café fraîchement moulu et la promesse d’une conversation animée, mais pour Maya, ce matin-là, il ne sentait que le déjà-vu. Elle remua paresseusement sa cuillère dans son latte, le motif de mousse formant des volutes éphémères qui lui rappelaient étrangement ses relations amoureuses : belles au début, puis se dissipant sans laisser de trace tangible. À côté d’elle, Chloé, son amie inséparable, tapait frénétiquement sur son téléphone, les pouces volant sur l’écran comme des colibris affamés.

« Sérieux, Maya, tu ne peux pas continuer comme ça », lança Chloé sans lever les yeux. « Ce mec, tu l’as vu combien de fois ? Deux ? Trois ? Et tu te plains déjà qu’il ne te contacte pas assez ? Franchement, l’ Chiara, elle, elle ne se prendrait pas la tête. Elle a déjà posté trois reels avec son nouveau crush. »

Maya soupira, un bruit léger qui se perdit dans le brouhaha ambiant. « Chloé, je ne suis pas Chiara. Et puis, ce n’est pas une question de ne pas se prendre la tête. C’est juste que… ça ne marche jamais. C’est comme si j’avais un filtre sur ma vie amoureuse. Les garçons entrent, puis pouf, ils disparaissent. » Elle pensait à Julien, celui d’hier soir, charmant, drôle, qui lui avait promis de l’appeler pour organiser leur prochain rendez-vous… et dont le numéro, apparemment, avait été effacé de la surface de la Terre une fois qu’il avait franchi le seuil de sa porte. Avant Julien, il y avait eu Thomas, qui avait soudainement déménagé à l’étranger sans un mot. Et avant Thomas, Léo, qui avait découvert une passion soudaine pour les voyages en solo au Pérou, le lendemain de leur premier baiser.

« C’est pas un filtre, c’est juste que tu choisis mal, ma belle », rétorqua Chloé, enfin daignant jeter un œil à sa tasse. « Tu cherches le prince charmant, alors que dans la vraie vie, il faut plutôt chercher le mec qui a une bonne connexion wifi et qui partage tes séries préférées. » Elle afficha un sourire qui se voulait rassurant, mais qui ressemblait plus à une pub pour une nouvelle application de rencontre.

« J’ai l’impression que c’est plus profond que ça », murmura Maya, une pensée fugace traversant son esprit. Elle avait remarqué quelque chose d’étrange ces derniers temps. Pas seulement dans sa vie. Le couple de voisins du dessus, qui s’engueulait à longueur de journée mais qui semblait pourtant inséparable, avait fini par divorcer. La libraire du coin, qui racontait toujours des histoires d’amour épiques avec son mari, avait été vue seule, le regard perdu. Même la vieille dame qui promenait son caniche blanc toutes les après-midis, et qui avait toujours un mot tendre pour son époux, semblait désormais marcher d’un pas plus lent, plus solitaire. Quelque chose se défaisait, doucement, imperceptiblement, comme un vieux tissu qu’on tirerait par un fil.

« Plus profond ? Genre, tu crois que l’univers conspire contre ton bonheur ? » Chloé éclata de rire. « Allez, sois réaliste. Tu es une fille géniale, mais tu es peut-être juste un peu… trop. Trop idéaliste. Trop exigeante. »

« Trop quoi ? » Maya haussa un sourcil, un sourire naissant sur ses lèvres. Elle aimait taquiner Chloé.

« Trop… toi », conclut Chloé avec un haussement d’épaules, puis elle se replongea dans son téléphone, son attention captivée par une notification.

Maya soupira à nouveau, mais cette fois, c’était un soupir teinté d’une pointe de lassitude, une lassitude qui ne venait pas seulement de ses déceptions amoureuses, mais d’une impression diffuse que quelque chose n’allait pas dans le monde. Elle regarda autour d’elle. Des jeunes gens riaient, d’autres discutaient, certains étaient absorbés par leurs écrans. La vie suivait son cours, ou presque. Elle se sentait comme une spectatrice dans un film dont le scénario se détraquait progressivement, sans que personne d’autre ne semble s’en apercevoir.

Elle se leva pour payer sa consommation. En passant devant la fenêtre, son regard se posa sur un couple assis à une table voisine. Ils se tenaient la main, leurs visages illuminés par un sourire complice. Un bel instant, simple, authentique. Maya ressentit une douce pointe de nostalgie. Elle désirait cette connexion, cette évidence.

C’est à ce moment-là que l’étrange se produisit. Alors qu’elle observait le couple, une silhouette sembla se matérialiser à leurs côtés. Une forme éthérée, translucide, comme une ondulation dans l’air, avec des contours flous et une lumière douce émanant d’elle. La créature pencha sa tête, comme si elle écoutait attentivement les pensées ou les sentiments du couple. Maya cligna des yeux, persuadée d’avoir mal vu. Mais la forme était toujours là, immobile, comme une ombre bienveillante veillant sur leur bonheur.

Puis, aussi vite qu’elle était apparue, elle disparut.

Maya s’arrêta net, le souffle coupé. Qu’est-ce que c’était que ça ? Une hallucination due au manque de sommeil ? Ou peut-être le café était-il plus fort que d’habitude ? Elle secoua la tête, essayant de chasser cette vision surréaliste.

Elle retrouva Chloé, qui avait enfin rangé son téléphone. « Bon, je suis prête pour la suite de tes aventures amoureuses. On va sur Tinder, on cherche un mec avec une bonne bio et on lui envoie un message qui le fera craquer. J’ai une idée géniale, tu vas voir. »

« Non, pas maintenant, Chloé », dit Maya, sa voix légèrement tremblante. « Je crois que j’ai besoin d’un peu de… solitude. Je vais rentrer. »

« Quoi ? Mais on avait dit qu’on allait faire du shopping ! Tu es sûre que ça va ? Tu as l’air un peu… ailleurs. » Chloé la regarda avec une inquiétude sincère.

« Ça va, ça va », la rassura Maya, le sourire forcé. « Juste un peu fatiguée. On se voit demain ? »

« D’accord… Si tu veux. Mais si tu changes d’avis, tu m’appelles, hein ? Et pas de décisions impulsives sur les mecs, j’attends ton rapport avant de te donner le feu vert. »

Maya acquiesça et quitta le café, le cœur battant un peu plus vite que la normale. La vision de cette forme étrange ne la quittait pas. Elle traversa la rue, le regard perdu dans le vide, le bruit de la ville lui semblant soudain distant, feutré. Elle passait devant une jeune femme qui tenait la main de son petit ami, leurs sourires rayonnants, lorsqu’elle la revit. Cette fois, la forme était plus nette, plus définie. Ce n’était pas une ombre, c’était une créature de lumière pâle, avec des ailes diaphanes et des yeux qui semblaient contenir toute la douceur du monde. Elle flottait discrètement à côté du couple, comme une gardienne invisible.

Et puis, elle la vit une troisième fois, près d’une vieille dame qui lisait un livre sur un banc, son visage empreint d’une profonde sérénité. Cette fois, Maya sut. Ce n’était pas une hallucination. Ces êtres existaient. Et ils semblaient liés aux sentiments, à l’amour.

Un frisson parcourut son échine. Et si ses propres malheurs amoureux n’étaient pas le fruit du hasard ? Et si quelque chose, quelque chose d’invisible et de puissant, était en train de s’éroder dans le monde ? L’idée était folle, absurde, mais elle résonnait avec une vérité troublante, une vérité qu’elle avait pressentie sans pouvoir la nommer.

Elle arriva devant son immeuble, le cœur lourd d’une interrogation nouvelle et angoissante. Elle monta les escaliers, le regard fixé sur la porte de son appartement. En ouvrant la porte, elle entendit un petit miaulements. Son chat, Mistigri, était assis sur le tapis, la queue enroulée autour de ses pattes, le regard fixe sur elle.

« Salut mon gros », dit Maya en s’agenouillant pour le caresser. « Tu sais, je crois que le monde est en train de devenir… bizarre. »

Mistigri ne répondit pas, comme d’habitude. Mais alors que Maya le regardait, elle eut l’impression fugace que ses yeux brillaient d’une intelligence inhabituelle, comme s’il comprenait parfaitement ce qu’elle disait. Puis, le chat se leva, s’étira, et se dirigea vers sa gamelle, le laissant seule avec ses pensées tourbillonnantes.

Maya s’assit sur le canapé, le silence de l’appartement pesant sur elle. La ville continuait de vibrer dehors, inconsciente du mystère qui s’épaississait. Elle avait toujours rêvé d’une grande histoire d’amour, d’un amour qui défie le temps et l’espace. Mais aujourd’hui, elle sentait que la quête serait bien plus complexe qu’elle ne l’imaginait. Elle ne cherchait pas seulement un partenaire. Elle cherchait peut-être à sauver quelque chose de bien plus précieux, quelque chose qui semblait, à l’instar de ses relations, s’effriter inexorablement. Le mystère des cœurs orphelins venait de commencer.

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