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Chapter 2

Une enfance secrète

Élise grandit, sa sœur Étoile naît. À cinq ans, Élise crée une forêt de glace dans leur chambre. Son père surprend le jeu et promet une histoire.

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La chambre d’Élise et d’Étoile était un royaume de givre. Sous le regard émerveillé de sa petite sœur, Élise faisait danser ses doigts dans l’air, et des brins de glace s’élevaient du plancher tels des arbres cristallins. Les murs se couvraient de fins motifs blancs, et une lumière pâle, presque bleue, baignait la pièce.

— Encore ! s’écria Étoile, âgée de cinq ans, en battant des mains. Fais pousser un grand arbre, Élise !

Élise sourit, concentrée. Elle inspira profondément, et, d’un geste lent, elle fit surgir un sapin de glace au centre de la chambre. Ses branches scintillaient comme des milliers de diamants.

— Waouh, murmura Étoile. C’est la plus belle forêt du monde.

— La forêt enchantée, corrigea Élise, les yeux brillants. Comme dans les histoires.

Sa voix était douce, mais derrière cette douceur, il y avait une fierté secrète. Elle aimait ce pouvoir, ce don étrange qui lui permettait de tout changer en glace. Mais elle comprenait aussi, même à huit ans, qu’il fallait le cacher. Ses parents le lui avaient répété tant de fois : ne montre jamais ta magie à personne, ma chérie. Les gens pourraient avoir peur.

Alors elle ne jouait qu’avec Étoile, dans leur chambre, quand la porte était fermée et que le silence du village les protégeait.

Ce soir-là, comme elles jouaient, la porte s’ouvrit doucement. Le père, Antoine, se tenait dans l’embrasure, un sourire fatigué mais heureux sur ses lèvres. Il regarda la forêt de glace, les arbres translucides, les fleurs de givre qui ornaient le mur. Il ne dit rien d’abord, seulement une lueur d’émerveillement dans ses yeux.

— À quoi vous jouez, mes filles ?

Étoile se tourna vers lui, son visage rayonnant.

— À la forêt enchantée, papa !

Antoine rit doucement. Il s’approcha et s’accroupit près d’elles.

— Ça, mes filles, ça ne ressemble pas à la forêt enchantée que moi j’ai connue.

Le silence tomba. Élise sentit son cœur battre plus vite. Elle releva la tête, les yeux écarquillés.

— Papa… tu as déjà vu une forêt enchantée ?

Antoine hésita. Ses doigts effleurèrent un arbre de glace, et l’enfant vit une ombre passer sur son visage. Une ombre de tristesse, peut-être.

— Oui, une fois, répondit-il enfin.

Étoile sauta sur place.

— Et pourquoi tu ne m’en as jamais parlé ?

— Je peux vous en parler maintenant, si vous voulez, proposa Antoine.

Les deux filles hurlèrent presque ensemble :

— Maintenant ! Maintenant, s’il te plaît, papa !

La mère, Bella, apparut à la porte. Son regard croisa celui de son mari, et elle demanda, d’une voix douce mais teintée d’inquiétude :

— Est-ce vraiment une bonne idée ?

Antoine lui adressa un sourire rassurant.

— Voyons, nos enfants sont maintenant assez grands. Et puis, ce n’est qu’une histoire, après tout.

Il se leva et alla s’asseoir sur le bord du lit. Les filles s’installèrent à ses pieds, impatientes. Bella resta debout près de la porte, les bras croisés, mais elle ne les quitta pas des yeux.

Antoine commença :

— Bien loin d’ici, au plus haut de la pointe nord, se trouvait autrefois une immense forêt enchantée. Mais là-bas, il n’y avait ni licornes ni fées. Non. Cette forêt était protégée par les quatre esprits les plus puissants qui soient : l’esprit de l’eau, du feu, de l’air et de la terre. C’est là que vivait la tribu mystérieuse d’Alien City.

Élise l’interrompit, les yeux brillants d’excitation :

— Alien City ? Avec des pouvoirs comme moi ?

Antoine secoua la tête.

— Non, ils n’avaient pas de pouvoirs. Mais ils profitaient simplement de la magie de la forêt. Leur mode de vie était très différent des autres. Pour cela, le roi du village, Hector, fit construire un grand barrage pour qu’il ne manque jamais d’eau. C’était un cadeau, un symbole de paix.

Étoile soupira.

— Waouh, c’est un très beau cadeau.

Antoine continua, la voix plus basse :

— Et moi, votre papa, à l’époque, je n’avais que huit ans. J’étais heureux d’aller voir cette forêt magique avec mon père, votre grand-père Akna, pour célébrer l’événement. Mais hélas… je ne savais pas ce qui m’attendait.

Les filles retinrent leur souffle.

— Les gardes du château avaient baissé leur garde. Nous étions sous le charme de cette forêt. Il y avait des spectacles amusants pour tous les enfants, et pour les adultes aussi. Au loin, j’ai rencontré une fille de mon âge. Elle s’amusait avec l’esprit du vent. Mais je n’ai pas eu le courage de lui parler. Et c’est là que tout a changé.

Il marqua une pause. Sa voix trembla légèrement.

— Les Alien City se sont mis soudainement à nous attaquer. Au moment où je vendais quelques petites marchandises pour la ferme, tout en aidant votre grand-père, il y a eu une terrible bataille. Et votre grand-père… en essayant de me sauver, il a perdu la vie.

Étoile posa une main sur le genou de son père.

— Papa… tu es triste ?

Antoine lui caressa les cheveux.

— Oui, ma chérie. Mais ce n’est pas la fin. Cette violence provoqua la colère des esprits de la nature. Ils retournèrent même leur propre magie contre nous. Puis j’ai été assommé. Quand j’essayais de reprendre conscience, j’ai entendu une voix. Quelqu’un m’a sauvé. On raconte que les esprits ont disparu et qu’un épais brouillard a recouvert la forêt, empêchant quiconque d’y entrer. C’est pour cela qu’on l’appelle « la forêt mystérieuse ». Car elle est étrange.

Élise posa la tête sur l’épaule de son père.

— Mais qu’est-il arrivé aux esprits ? Qu’y a-t-il dans la forêt à présent ?

Antoine haussa les épaules.

— Je n’en sais rien, ma fille. Le brouillard ne s’est jamais levé. Donc nous sommes en sécurité. Mais si elle venait à se réveiller un jour… nous devrions être prêts à faire face au danger qui nous attend. Et nous, ainsi que tous les villageois.

Bella s’avança.

— Maintenant, mes filles, vous allez dire bonne nuit à votre père.

Étoile soupira, les yeux pleins de questions.

— Mais j’ai encore tellement de questions !

Son père lui sourit.

— Garde-les pour demain soir, étoile.

La petite fille insista :

— Pourquoi les Alien City ont-ils décidé de nous attaquer ? On n’attaque pas ceux qui font des cadeaux.

Leur mère répondit, d’une voix douce mais mystérieuse :

— Seul Athoualan a la réponse.

Les deux filles la regardèrent, perplexes.

— Comment ça, maman ? demanda Élise.

Bella prit Étoile dans ses bras et la berça légèrement.

— Quand j’étais enfant, votre grand-mère me chantait une berceuse. C’était la légende d’Athoualan, une rivière magique qui répond à toutes les questions sur le passé. Elle connaît tous les secrets cachés.

— Donne-nous les paroles, maman, s’il te plaît ! supplia Élise.

Bella sourit. Elle s’assit entre les deux lits et les filles se blottirent contre elle.

— D’accord, dit-elle. Écoutez bien.

Sa voix s’éleva, douce et claire :

« Quand le vent frais vient danser,

La rivière change pour ne pas oublier.

Ferme les yeux si tu veux voir

Ton reflet dans un grand miroir.

Quand l’eau du soir tremble et doux,

Nos cœurs murmurent un chemin pour nous.

Si tu plonges dans le passé,

Prends garde à ne pas t’y noyer.

Le chant s’amuse à mes côtés,

Cette chanson magie des flots

Qui pensent pouvoir apprivoiser

Pour trouver le chemin de l’eau.

Quand le vent frais vient danser,

Un pur moment peut tout éveiller.

Dors mon enfant, n’aie plus peur,

Le passé reste au fond des cœurs. »

La chanson s’acheva dans un murmure. Élise et Étoile restèrent silencieuses, les yeux fermés, comme si la musique continuait de vibrer en elles.

Bella les embrassa sur le front.

— Maintenant, dormez, mes amours. Nous reparlerons de tout cela un jour.

Elle se leva et souffla la bougie. Dans l’obscurité, la lueur des arbres de glace faiblit, puis disparut.

Élise passa la main sous son oreiller. Elle sentit la fraîcheur d’un petit cristal qu’elle y avait caché, un morceau de l’arbre qu’elle avait fait pousser. Elle le serra contre son cœur.

Une question la hantait, aussi froide et tranchante que la glace qu’elle créait : qui avait sauvé son père ce jour-là ? Et pourquoi la forêt mystérieuse lui semblait-elle l’appeler, même dans le silence de la nuit ?

Sur l’autre lit, Étoile dormait déjà, la tête remplie de rivières magiques et de tribus inconnues.

Et dans le coin de la chambre, un bonhomme de neige que les filles avaient construit des années auparavant, et qu’Élise avait transformé en gardien de glace, ouvrit un œil. Il les regarda un instant, puis referma l’œil.

Derrière la fenêtre, le vent se leva, et un bruissement venu de très loin, de l’autre côté des montagnes, promit que l’histoire n’était pas finie.

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