Chapter 3

L'Ombrageux Allié

Karak rencontre Lyra, survivant d'une attaque démoniaque. Il le prend sous son aile, mais Lyra, chasseur de démons, révèle sa mission : détruire tout ce qui est touché par les ténèbres.

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La nuit les enveloppait comme un manteau épais, troué seulement par les éclats des étoiles lointaines. Karak, le masque de bois noir figé sur son visage, avançait dans la jungle avec la fluidité d'une ombre. Ses yeux, deux braises vertes, balayaient l'obscurité, à la recherche de proies, de menaces, de tout ce qui pouvait assouvir la faim insatiable qui le rongeait. Le masque, sculpture primitive aux symboles de mort, était devenu une extension de lui-même, un sceau sur sa nature, une promesse de destruction. Il n'y avait plus de place pour le doute, ni pour la pitié. Le chemin avait été tracé la nuit de sa naissance, sous le regard indifférent des étoiles, un chemin de vengeance et de pouvoir.

Il entendit un bruit, un froissement de feuilles inhabituel, un gémissement étouffé. Intrigué, il se déplaça silencieusement, ses pas ne laissant aucune trace. Au pied d'un figuier étrangleur, un petit corps gisait. Un garçon. Il devait avoir à peine dix ans, ses vêtements déchirés, sa peau marquée de griffures. Ses yeux, d'un bleu clair d'une intensité rare, étaient remplis de peur et de douleur. Il portait une petite épée à la garde ornée, une arme qui semblait trop grande pour lui, mais qui dégageait une aura étrange, une lueur ténue sous la lumière lunaire.

Karak s'approcha, le masque dissimulant toute expression. Le garçon le vit, et ses yeux s'écarquillèrent de terreur. Il tenta de se redresser, mais un cri de douleur lui échappa.

« N’aie pas peur, » dit Karak, sa voix rocailleuse, étrangement dénuée de toute émotion. C’était un son qui n’avait pas été utilisé pour apaiser, mais pour commander, pour menacer.

Le garçon le dévisagea, sa respiration haletante. « Qui… qui es-tu ? » demanda-t-il d’une voix tremblante.

« Je suis celui qui marche dans la nuit. Et toi, qu’est-ce qui t’amène ici, si loin des hommes ? »

« J’ai… j’ai fui. Ils… ils ont attaqué mon village. Les créatures de l’ombre… » Le garçon s’interrompit, visiblement épuisé.

Les créatures de l’ombre. Les démons. Les mêmes qui avaient dévoré l'intelligence des enfants de son propre village, ceux qui avaient condamné sa mère à une vie de ténèbres avant qu'elle ne s'enfuie. Une étincelle de… quelque chose… s’alluma en Karak. Pas de la compassion, non. Plutôt une sorte de reconnaissance. Il connaissait cette peur. Cette rage silencieuse qui montait dans le ventre.

« Les démons, » dit Karak. « Je les connais bien. »

Il s’agenouilla près du garçon, le regardant fixement. Les yeux bleus du garçon rencontrèrent les yeux verts du masque, et pour un instant, une connexion étrange se tissa entre eux. Une reconnaissance mutuelle de la solitude, de la violence subie.

« Je m’appelle Lyra, » murmura le garçon.

« Lyra, » répéta Karak. « Et tu es seul ? »

Lyra hocha la tête, les larmes lui montant aux yeux. « Mon village… tout le monde… » Il ne put finir sa phrase.

Karak resta silencieux un moment, pesant ses options. Laisser le garçon mourir ici, seul, dans la jungle, semblait… inefficace. Il y avait une rage en Lyra, une flamme qui ne s’était pas encore éteinte. Une rage qui pouvait être utile.

« Je peux t’aider, Lyra, » dit Karak. « Je peux t’éloigner du danger. Mais tu devras me suivre. Et tu devras faire ce que je dis. »

Lyra le regarda, un mélange de méfiance et d’espoir dans ses yeux. Il avait vu la peur dans les yeux de ses villageois lorsqu'ils parlaient des créatures de l'ombre. Cet être masqué, qui marchait dans la nuit, dégageait une aura de puissance terrifiante, mais aussi, peut-être, une promesse de protection.

« D’accord, » dit Lyra, sa voix à peine audible. « Je te suis. »

Karak lui tendit une main gantée. Lyra hésita un instant, puis attrapa ses doigts. La peau de Karak était froide, rugueuse. Une sensation étrange parcourut Lyra, comme un courant électrique, mais sans la chaleur d’une présence vivante.

Ensemble, ils se mirent en marche. Karak ouvrait la voie, ses mouvements assurés, comme s’il connaissait chaque racine, chaque branche de cette jungle infernale. Les ombres semblaient s’écarter pour le laisser passer, se repliant sur elles-mêmes comme des serviteurs obéissants. Lyra, malgré sa douleur, se sentait étrangement en sécurité à ses côtés. Les bruits de la nuit, les hurlements des bêtes sauvages, tout semblait s’estomper, repoussé par la présence imposante de Karak.

Ils marchèrent pendant des heures. Le soleil commençait à poindre à l’horizon, teintant le ciel de rose et d’orange, lorsque Karak s’arrêta au bord d’une clairière baignée d’une lumière douce.

« Ici, tu seras en sécurité pour le moment, » dit Karak. « Je vais te trouver de la nourriture et de l’eau. Reste ici. Ne bouge pas. »

Lyra hocha la tête, trop fatigué pour protester. Karak disparut dans les sous-bois avec la même discrétion qu’il était apparu. Lyra s’assit au pied d’un arbre, observant le monde autour de lui. Il avait vu la puissance de Karak, cette maîtrise des ombres qui semblait surnaturelle. Il ne comprenait pas. Qui était cet être?

Lorsqu’il revint, Karak portait quelques fruits sauvages et une gourde d’eau. Il les posa devant Lyra. Le garçon mangea avidement, la faim le tenaillant. Pendant qu’il mangeait, Karak resta assis en face de lui, le regard vide, le masque toujours en place.

« Pourquoi m’aides-tu ? » demanda Lyra, la bouche pleine.

Karak haussa les épaules. « Tu portes en toi une flamme. Je ne laisserais pas les démons l’éteindre. »

Lyra le regarda, intrigué. Il sentait que Karak était plus qu’un simple guerrier. Il y avait une profondeur en lui, une noirceur qui semblait avoir une histoire.

Les jours suivants, ils continuèrent leur périple. Karak semblait vouloir éloigner Lyra de la zone où les démons étaient les plus actifs. Il lui enseignait des rudiments de survie, comment repérer les plantes comestibles, comment éviter les pièges naturels. Mais il ne parlait jamais de lui, de son passé, ni de la raison pour laquelle il portait ce masque sinistre. Lyra, de son côté, commençait à s’ouvrir, racontant les histoires de son village, la gentillesse de sa famille, la brutalité de l’attaque.

Une nuit, alors qu’ils étaient assis autour d’un feu de camp crépitant, Lyra sentit un malaise grandir en lui. Il avait observé Karak de près. Il avait vu la façon dont les ombres semblaient plus profondes autour de lui, la façon dont les petites créatures de la nuit s’écartaient de son passage. Et puis, il y avait ce masque. Ce masque qui semblait cacher une part de lui-même.

« Tu… tu n’as jamais enlevé ton masque, » dit Lyra. « Pourquoi ? »

Karak se raidit légèrement. « Il me protège. »

« Protège de quoi ? » insista Lyra. « Tu es si fort. Tu commandes aux ombres. »

« Parfois, la plus grande protection vient de l’intérieur, » répondit Karak, sa voix plus sombre que d’habitude.

Lyra ne fut pas satisfait. Il avait été élevé dans un monde où la lumière et l’obscurité étaient clairement définies. Son père, un chasseur de démons respecté, lui avait enseigné la pureté de la lumière et la corruption de l’ombre. Et Karak… Karak dégageait une aura d’ombre. Une ombre puissante, mais une ombre tout de même.

« Mon père m’a appris à chasser les démons, » dit Lyra, sa voix soudainement plus ferme. « Il m’a dit que toute créature touchée par les ténèbres est une menace. Qu’elle doit être purifiée. »

Karak se tourna lentement vers Lyra. Ses yeux verts brillaient dans le feu. « Et maintenant, tu te demandes si je suis une menace ? »

Lyra déglutit. La question était là, dans l’air, lourde de conséquences. Il avait vu la puissance de Karak, sa capacité à manipuler les ombres. Il avait senti la noirceur qui émanait de lui. Et pourtant, il l’avait aussi vu protéger, aider. C’était une contradiction déroutante.

« Je… je ne sais pas, » avoua Lyra. « Tu m’as sauvé. Mais… mais tu es différent. Tu es… un être d’ombre. »

Un rire sec et sans joie s’échappa des lèvres de Karak. Un son qui glaça le sang de Lyra.

« Un être d’ombre, » répéta Karak. « Et toi, Lyra ? Tu es un être de lumière ? Un ange descendu du ciel pour juger le monde ? »

Lyra se redressa, sa petite épée à la main. La lueur de l’arme semblait plus vive dans l’obscurité. « Je suis un chasseur de démons. Et si tu es une menace, je te détruirai. »

Karak se leva aussi, sa silhouette se découpant dans la nuit. Les ombres autour de lui semblèrent s’épaissir, s’animer, répondant à sa colère silencieuse.

« Tu veux me détruire, Lyra ? » dit Karak, sa voix se faisant plus profonde, plus menaçante. « Essaie. »

Les yeux verts du masque fixèrent Lyra, une lueur de défi, d’amusement étrange, et peut-être même, d’une profonde tristesse. Le feu crépitait entre eux, une frontière fragile entre deux mondes, deux destins qui venaient de se heurter de front. Lyra, le jeune chasseur de démons, face à Karak, le fils de la haine et de la malédiction, le maître des ombres. La nuit, témoin silencieux de leur confrontation, semblait retenir son souffle. Le chemin de Lyra, tracé par la lumière de son dieu, venait de croiser celui de Karak, forgé dans les ténèbres et la vengeance. Et dans ce regard échangé, un combat venait de commencer, bien avant que leurs armes ne se rencontrent.

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