Chapter 2
Les Yeux de Lucioles
Karak grandit sauvage dans la jungle, maîtrisant les ombres. À 10 ans, il tue son premier démon. La découverte d'un masque de bois noir renforce sa puissance et son destin destructeur.
Les yeux de lucioles vertes de Karak s'ouvrirent sur un monde de feuilles mouillées et de broussailles épaisses. La jungle était son berceau, son terrain de jeu, et bientôt, son royaume. Les créatures de la nuit, d'abord apeurées par l'aura ténébreuse qui émanait du petit être, finirent par s'y habituer, puis par s'y soumettre. Elles sentaient en lui une puissance brute, une force primale qui dépassait leur entendement. Il n'avait pas encore de nom, mais sa présence seule suffisait à faire reculer les bêtes les plus féroces.
Les jours se fondaient les uns dans les autres, rythmés par le soleil qui filtrait à travers la canopée et la lune qui veillait sur les nuits. Karak apprenait par instinct. Il apprenait à chasser, à se cacher, à survivre. Et il apprenait à manier les ombres. Au début, ce n'était qu'un jeu, une extension de ses membres. Il les faisait danser, les tordait comme de la fumée, les utilisait pour effrayer les singes ou surprendre les oiseaux. Puis, il découvrit leur potentiel. Les ombres n'étaient pas seulement une teinte, un voile. C'était une matière, une force vivante, malléable.
Un jour, alors qu'il traquait une proie, il se retrouva face à un démon. Une créature difforme, aux yeux injectés de sang et aux crocs luisants, qui se nourrissait de la peur des êtres plus faibles. Ce démon avait dérangé son territoire, et une colère sourde monta en Karak. Il n'avait jamais affronté une créature de ce genre. Les démons qui hantaient les environs étaient des êtres plus subtils, des murmures dans l'obscurité, des ombres qui se faufilaient. Celui-ci était différent. Il était massif, brutal, et son odeur de souffre empestait l'air.
Le démon chargea, ses griffes raclant le sol. Karak ne ressentit aucune peur. Seulement une étrange détermination. Il leva une main, et les ombres du sous-bois s'épaissirent, se concentrèrent. Elles se figèrent autour du démon, comme des chaînes invisibles, le ralentissant. La créature grogna, surprise, puis furieuse. Elle se débattit, essayant de briser les liens impalpables. Mais les ombres étaient fortes, alimentées par la rage naissante de Karak.
Il avança, le regard fixé sur le démon. Il sentait la force monter en lui, une marée noire qui submergeait toute autre sensation. Il ne pensait pas, il agissait. Sa main se tendit à nouveau, et les ombres se resserrèrent, s'enfonçant dans la chair du démon. Des cris de douleur déchirèrent le silence de la jungle. Le démon se tordit, sa forme se déformant, comme si une main invisible le pressait de toutes parts. Puis, dans un dernier râle, il s'effondra, ne laissant qu'une flaque de liquide sombre sur la terre.
Karak regarda la scène, le souffle court. Il avait tué. Il avait vaincu. Et il avait utilisé les ombres pour le faire. Une satisfaction profonde, teintée d'une étrangeté nouvelle, le traversa. Il n'était pas seulement un survivant. Il était autre chose.
Les années passèrent, et Karak devint une légende murmurée dans les recoins les plus sombres de la jungle. Les créatures qui s'aventuraient trop loin de leurs territoires le craignaient. Les démons, eux, le fuyaient, le redoutaient. Ils avaient appris à reconnaître son aura, cette signature ténébreuse qui annonçait sa venue. Il était devenu un prédateur, un roi de l'ombre, solitaire et redoutable.
Un jour, errant près des confins de la jungle, là où les arbres commençaient à se raréfier pour laisser place à une savane aride, il tomba sur un spectacle étrange. Au pied d'un arbre mort, dont les branches décharnées semblaient pointer un doigt accusateur vers le ciel, gisait un objet. Un masque. Un masque de bois noir, sculpté avec une précision troublante. Des symboles de mort, des spirales complexes et des visages grimaçants, ornaient sa surface. Il semblait ancien, imprégné d'une énergie latente.
Karak s'approcha avec prudence. Il n'avait jamais vu un tel objet. Il le souleva. Le bois était froid, mais une chaleur étrange irradiait de l'intérieur, comme si le masque contenait un feu dormant. Sans vraiment réfléchir, poussé par une impulsion qu'il ne comprenait pas, il le porta à son visage.
Le contact fut électrique. Une vague de puissance déferla dans ses veines, plus intense encore que tout ce qu'il avait ressenti auparavant. Les ombres autour de lui s'agitèrent, tourbillonnèrent, répondant à l'appel du masque. Il sentit sa propre force décuplée, une puissance de destruction brute qui le traversait de part en part. Les symboles sur le masque semblaient s'animer, les spirales tourner dans son esprit, les visages grimaçants murmurer des prophéties oubliées.
Il comprit alors. Ce masque n'était pas un simple artéfact. C'était une clé. Une clé qui ouvrait les portes de son destin. Il était destiné à détruire. Il était destiné à être le fléau des mondes. La haine qui avait coulé dans ses veines dès sa naissance, la malédiction qui avait été tissée dans sa chair, tout cela trouvait son accomplissement dans cet objet.
Il se regarda dans le reflet trouble d'une flaque d'eau. Le masque dissimulait son visage, ne laissant apparaître que ses yeux, deux lucioles vertes qui brillaient d'une intensité nouvelle, comme des braises dans la nuit. Il n'était plus seulement Karak, l'enfant sauvage de la jungle. Il était le porteur de la destruction, l'incarnation de la colère.
Un sourire sombre étira ses lèvres sous le masque. La jungle avait été son école, les ombres son langage. Désormais, il avait un instrument, un symbole de sa puissance. Il se redressa, le masque fermement ajusté. Les ombres dansèrent autour de lui, une armée silencieuse prête à obéir. Il savait où aller. Il savait quoi faire. Le monde avait besoin d'être purifié, et il était l'élu pour accomplir cette tâche. La haine qu'on avait tenté de lui imposer allait désormais servir à consumer ceux qui l'avaient engendrée. Les démons qui avaient aspiré l'intelligence des nouveau-nés, les créatures qui avaient condamné son village natal à une vie de ténèbres, tous allaient payer le prix de leur cruauté. Karak, le masque de bois noir sur son visage, se tournait vers le monde, prêt à déchaîner la tempête. Sa quête de vengeance venait de commencer.