Chapter 2
Le Langage des Regards
Chaque geste de Taylor est une promesse muette pour Élise. Elle décortique ses sourires, sa façon de parler, cherchant un signe, un indice de réciprocité. La peur de tout perdre la paralyse, la laissant prisonnière de ses émotions.
Le soleil filtrait à travers les voilages légers de la chambre d'Élise, dessinant des arabesques dorées sur le parquet. La jeune femme était assise à son bureau, un carnet ouvert devant elle, mais ses yeux ne voyaient pas les lignes bleues. Ils étaient perdus, fixés sur un point invisible, le regard lointain d'une rêveuse. L'écho des souvenirs, titre du chapitre précédent, résonnait encore en elle, une mélodie douce-amère qui oscillait entre la nostalgie et une angoisse nouvelle. L'amitié avec Taylor, ce roc solide sur lequel elle avait toujours pu compter, prenait désormais une tout autre saveur, une saveur qui lui donnait le vertige.
Chaque geste de Taylor était une promesse muette pour Élise. Elle décortiquait ses sourires, sa façon de parler, cherchant un signe, un indice de réciprocité dans le dédale de leurs conversations habituelles. C'était une science qu'elle avait développée, une étude approfondie de son meilleur ami, devenue art subtil et douloureux. Un simple haussement de sourcil, un léger froncement de ses sourcils châtains lorsqu'il était pensif, la manière dont ses yeux pétillaient lorsqu'il racontait une anecdote amusante – tout cela était scruté, analysé, passé au crible de ses espoirs secrets.
Aujourd'hui, le soleil semblait moins généreux. Il y avait ce poids, cette boule dans sa gorge qui refusait de se dissiper. Taylor avait passé la soirée d'hier chez elle, comme tant d'autres fois. Ils avaient commandé des pizzas, regardé un vieux film de science-fiction qu'ils adoraient depuis leur adolescence, et avaient fini par discuter pendant des heures, vautrés sur le canapé du salon, les jambes entremêlées par habitude. C'était leur rituel, leur bulle de confort dans le tumulte du monde. Mais hier soir, quelque chose avait été différent. Ou plutôt, Élise avait senti une différence en elle.
Lorsqu'il s'était penché pour ramasser la télécommande tombée par terre, ses cheveux avaient effleuré sa joue. Un contact fugace, anodin, mais qui avait suffi à faire naître en elle une bouffée de chaleur intense, un frisson qui avait parcouru tout son corps. Elle avait retenu son souffle, le cœur battant la chamade contre ses côtes, espérant malgré elle que ce battement effréné ne soit pas audible. Et puis, il avait relevé la tête, son regard croisant le sien. Il y avait eu cette seconde, suspendue dans le temps, où leurs yeux s'étaient rencontrés. Un regard familier, plein de cette complicité qui les unissait depuis toujours, mais Élise y avait cherché autre chose. Une étincelle ? Une hésitation ? Un écho de ce qu'elle ressentait ?
« Qu'est-ce que tu regardes, Dubois ? » avait-il dit, un sourire aux lèvres, reprenant sa position habituelle, un peu plus loin sur le canapé.
« Rien, » avait-elle murmuré, le visage soudainement brûlant. « Je… je pensais juste. »
Il n'avait pas insisté. Taylor n'était pas du genre à s'attarder sur les états d'âme d'Élise. Il la connaissait bien, savait qu'elle pouvait être rêveuse, un peu dans sa bulle parfois. Et c'était justement ce qui la terrifiait. Si elle lui avouait ce qu'elle ressentait, s'il comprenait que derrière son regard pensif se cachait un amour brûlant, elle avait peur qu'il ne la voie plus jamais de la même manière. Que leur amitié, précieuse et irremplaçable, ne s'effrite sous le poids de cette révélation.
Elle avait gardé en secret cette flamme qui grandissait en elle depuis des mois, peut-être même des années. Au début, c'était une douce chaleur, un sentiment de bien-être profond lorsqu'il était près d'elle. Puis, petit à petit, cette chaleur s'était transformée en braises ardentes. Elle avait commencé à remarquer les détails : la façon dont il s'exprimait avec passion lorsqu'il parlait de ses projets, la courbe de ses lèvres lorsqu'il souriait sincèrement, la douceur de sa main lorsqu'elle lui serrait la sienne pour le féliciter. Tout chez lui était devenu fascinant, et à chaque instant, son cœur se serrait un peu plus fort.
Elle se pencha sur son carnet, sortant un stylo plume de son étui en cuir. Elle traça quelques mots, puis les effaça aussitôt. Comment mettre des mots sur ce qu'elle ressentait ? Comment décrire ce mélange de bonheur et d'angoisse, cette joie pure lorsqu'il était là, et cette tristesse sourde lorsqu'elle pensait qu'il pourrait un jour aimer quelqu'un d'autre ? Elle retourna le cahier, griffonnant des mots sans queue ni tête : « regard », « sourire », « peur », « envie », « jamais ».
« Tu es sûre que ça va ? » La voix de sa mère, douce et familière, la sortit de sa torpeur. Madame Dubois entra dans la chambre, un plateau chargé d'une tasse de thé fumante et d'un petit biscuit.
Élise esquissa un sourire. « Oui, maman. Juste… un peu de mal à me concentrer aujourd'hui. »
Sa mère s'approcha, posa le plateau sur le bureau et lui caressa doucement les cheveux. « Tu penses à Taylor, n'est-ce pas ? Vous êtes inséparables depuis toujours, c'est normal d'avoir des moments comme ça. »
Élise hocha la tête, un peu gênée. Sa mère connaissait bien leur relation, mais elle ne soup