Chapter 1
Le Réveil Inattendu
Mia et Zoé, célèbres assassins, se réveillent dans un monde étrange. Elles réalisent avec stupeur qu'elles sont dans un drama qu'elles ont déjà vu, peu avant leur mort. Le choc initial laisse place à l'urgence de comprendre leur nouvelle réalité.
Le silence n'était pas une chose familière pour Mia et Zoé. Leur vie, faite de murmures dans l'ombre, de respirations retenues et du claquement sec d'une lame, avait toujours été rythmée par une tension palpable, une sorte de symphonie de la mort qu'elles avaient appris à diriger. Pourtant, ce silence qui les enveloppait maintenant était d'une autre nature. Il était lourd, oppressant, presque étranger.
Mia ouvrit les yeux. La première chose qu'elle perçut fut une clarté aveuglante, une lumière douce et diffuse qui ne ressemblait en rien aux ténèbres familières de leurs missions. Elle cligna des yeux, tentant de faire la mise au point. Des rideaux de soie d'un pourpre profond drapaient des fenêtres imposantes. Une chambre. Pas une chambre de fortune, ni une planque. Une chambre opulente, ornée de boiseries travaillées et de meubles anciens. L'air sentait le jasmin et la cire d'abeille.
Elle se redressa, le corps raide, une douleur sourde dans les tempes. Où étaient-elles ? La dernière chose dont elle se souvenait… un éclat de lumière, un cri étouffé, puis le néant. Un néant qu'elle avait toujours pensé définitif.
À ses côtés, Zoé remua. Ses yeux s'ouvrirent à leur tour, balayant la pièce avec une rapidité instinctive, cette vigilance qui faisait d'elles des prédatrices hors pair. Mais l'instinct ne trouva rien à quoi se raccrocher. Pas d'ennemis à abattre, pas d'échappatoire à trouver. Seulement cette quiétude déconcertante.
« Mia ? » La voix de Zoé était un murmure rauque, teinté d'une confusion inhabituelle.
« Je suis là, Zoé, » répondit Mia, sa propre voix sonnant étrangement distante à ses oreilles. Elle se leva, ses jambes tremblant légèrement. Elle passa une main sur le tissu de sa robe. Une robe de chambre en satin. Pas leurs habituels vêtements sombres et fonctionnels.
Zoé s'assit, ses yeux fixés sur Mia. « Qu’est-ce que… où sommes-nous ? »
« Je n’en ai aucune idée, » admit Mia, parcourant la pièce du regard. « Mais ce n’est pas… ce n’est pas ce à quoi je m’attendais. »
Leurs souvenirs étaient clairs, précis, gravés dans leur chair et leur esprit. La mission. Le contrat. Le double jeu. Et puis, le piège. Elles avaient été trahies. L’une d’elles, peut-être même les deux, avait senti la froide morsure du métal avant que tout ne devienne noir. Elles étaient mortes. Elles en étaient certaines. Pourtant, elles étaient là. Vivantes.
Zoé se leva à son tour, plus agile que Mia, moins entravée par la douleur. Elle s'approcha d'une coiffeuse ornée de miroirs anciens. Son reflet lui renvoya l’image d’une jeune femme aux longs cheveux noirs, aux yeux vifs et pétillants, mais aussi marqués par une lassitude profonde. Elle portait le même vêtement de satin que Mia.
« Mia, regarde-toi, » dit Zoé, un ton de stupeur croissant dans sa voix.
Mia s'avança vers le miroir. Son propre reflet lui apparut. Les mêmes longs cheveux noirs, mais sa propre expression était plus grave, plus déterminée. Elle portait aussi la robe de chambre. Mais quelque chose clochait. Le visage dans le miroir lui semblait familier, mais pas comme un reflet. Plus comme… une image vue ailleurs.
« C’est… c’est étrange, » murmura Mia, passant une main sur sa joue. « On dirait… »
« On dirait qu’on est dans ce drama, » termina Zoé, sa voix soudainement tendue.
Mia se retourna vers sa sœur, le cœur battant la chamade. « Quel drama ? »
« Ce drama qu’on a regardé, Mia. La semaine dernière. Juste avant… juste avant la mission. Tu te souviens ? On était dans le repaire, on avait trouvé cette nouvelle série sur un portail illégal. Les deux sœurs assassins qui se font transporter dans un drama… »
Mia fronça les sourcils. Les images affluaient, floues d’abord, puis se précisant avec une netteté terrifiante. Elle s’en souvenait. Elles avaient trouvé ce drama, par curiosité, pour rire de ses clichés. Elle s’était moquée des protagonistes, des deux sœurs qui se retrouvaient projetées dans un monde de cour et de complots, obligées de jouer des rôles qui n’étaient pas les leurs pour survivre.
« Non… pas possible, » souffla Mia. « C’est… c’est juste un drama. Une fiction. »
« Et pourtant, Mia, » dit Zoé, son regard balayant la pièce avec une nouvelle urgence. « Regarde cette chambre. Regarde ces vêtements. C’est exactement la chambre de l’héroïne du drama. La chambre de… » Elle hésita, cherchant le nom.
« … de Lady Anya, » compléta Mia d'une voix étranglée. « Et moi… je suis censée être Lady Seraphina. Sa sœur. »
Le choc les frappa de plein fouet. Elles n'étaient pas mortes. Elles étaient là. Transportées. Dans ce drama qu'elles avaient trouvé ridicule et prévisible. Les assassins célèbres, celles qui avaient fait trembler les bas-fonds et la haute société, se retrouvaient prisonnières d'une histoire qu'elles avaient déjà vue, une histoire où elles n'étaient que des personnages secondaires, des pions sacrifiables dans le jeu des protagonistes principaux.
« Mais… comment ? » demanda Zoé, sa voix vibrante d'incrédulité. « Pourquoi nous ? »
Mia secoua la tête, déjà submergée par le tourbillon de questions. « Je ne sais pas. Mais une chose est sûre, c’est que ce n’est pas notre vie. Ce ne sont pas nos rôles. »
Elle se rapprocha de la fenêtre, écartant doucement les rideaux de soie. Dehors, un paysage d’une beauté presque irréelle s’étendait. Des jardins impeccables, des fontaines murmures, et au loin, les flèches d’un château majestueux qui semblait tout droit sorti d’une gravure ancienne. C’était le décor du drama. Un monde de fantaisie, de romances mièvres et de complots mortels.
« Les personnages principaux, » murmura Zoé, rejoignant Mia près de la fenêtre. « Le prince héritier et son rival. Celui qui tombe amoureux de Lady Anya, et celui qui convoite Lady Seraphina, mais qui est en réalité un espion… »
« Et nous, » dit Mia, son regard se faisant plus dur, « nous sommes censées être les faire-valoir. Les instruments de leur intrigue. Les personnages que l’on sacrifie pour faire avancer leur histoire. »
La colère commença à monter en elle, une colère froide et familière. Être manipulée. Être utilisée. C’était leur spécialité, mais pas dans ce sens. Pas comme des marionnettes.
« On ne va pas leur laisser faire ça, » déclara Zoé, son humour noir refaisant surface, une lueur de défi dans ses yeux. « Si on est dans leur drama, on va leur montrer ce que c’est que de jouer avec les vraies prédatrices. »
Mia esquissa un sourire ténu. L’instinct de survie s’était réveillé, plus fort que jamais. « Ils pensent nous avoir piégées dans leurs rôles. Mais ils ne savent pas qui nous sommes vraiment. »
Elles passèrent les heures suivantes à explorer leur nouvel environnement. La chambre était luxueuse, mais verrouillée de l’intérieur. Les fenêtres donnaient sur le vide, trop hautes pour être une sortie. Elles trouvèrent des robes élégantes dans une armoire, des bijoux étincelants. Tout était une parodie de leur ancienne vie, une réplique édulcorée.
Au fur et à mesure qu'elles exploraient, une sensation étrange commença à s'installer chez Mia. Des flashs de souvenirs, mais pas les siens. Des images fugaces de bals, de conversations anodines, de regards échangés. Des moments qui appartenaient à Lady Anya. La propriétaire originale de ce corps, de cette vie.
« Mia, ça va ? » demanda Zoé, remarquant son regard perdu.
« Oui… juste… je crois que je commence à me souvenir de choses, » répondit Mia, le front plissé. « Des choses… qui ne sont pas à moi. »
Zoé la regarda avec inquiétude. « Tu veux dire… des souvenirs de Lady Anya ? »
Mia hocha la tête. « C’est comme si… elle était là, à l’intérieur. Ou plutôt, que ses souvenirs s’infiltraient dans les miens. »
Un frisson parcourut l’échine de Zoé. Elle avait entendu parler de ce phénomène dans le drama. Les âmes qui se fondaient, les identités qui s’effritaient. C’était une des menaces qui pesaient sur les sœurs du drama.
« Il faut faire attention, Mia, » dit Zoé, sa voix plus grave. « Ne te laisse pas emporter. Tu es Mia. Tu es une assassin. Tes souvenirs sont les plus importants. »
Mia la regarda, un doute naissant dans ses yeux. « Mais… si je perds mes souvenirs d’assassin ? Si je deviens Lady Anya ? »
La peur, qu’elle avait réussi à refouler, commença à poindre chez Zoé. Elle ne pouvait pas perdre Mia. Pas maintenant. « Tu ne le feras pas. On va trouver un moyen de s’en sortir. Ensemble. »
Un coup discret retentit à la porte. Les deux sœurs se figèrent. Le son était inhabituel dans ce monde de soie et de murmures. L’instinct de Mia revint au galop. Elle se glissa vers la porte, prête à bondir. Zoé se tenait à ses côtés, le regard vif.
La porte s’ouvrit doucement, révélant une silhouette enveloppée dans des vêtements sombres et amples. Un homme. Il était grand, mince, et son visage était dissimulé par l’ombre d’une capuche. Seuls ses yeux étaient visibles, perçant, d’une intelligence vive et énigmatique.
« Lady Anya, Lady Seraphina, » dit l’homme d’une voix douce et profonde, qui résonnait étrangement dans le silence de la chambre. « Je vous attendais. »
Mia et Zoé échangèrent un regard. Comment cet homme connaissait-il leurs noms ? Leurs noms dans le drama, pas leurs vrais noms.
« Qui