Chapter 2

Mélodie d'un Amour Fugace

Leur romance s'intensifie, rythmée par la musique et l'intimité. Brad est conquis, mais Violet, blessée par le passé, hésite à croire en cet amour naissant. La peur de se perdre la ronge.

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La brise marine, salée et vivifiante, s'engouffrait dans mon appartement parisien, me rappelant avec une douceur cruelle le week-end qui venait de s'achever. Les accords de guitare résonnaient encore dans ma mémoire, les rires de la foule se mêlant aux vagues, et au milieu de ce tourbillon sensoriel, il y avait Brad. Brad Harrison. Le batteur au sourire en coin et aux mains tatouées qui avait fait vibrer ma cage thoracique au rythme de ses baguettes.

Je me suis assise à mon bureau, le vieux bois familier sous mes doigts, mais le clavier semblait étranger, silencieux. Les mots, autrefois mes fidèles compagnons, s'étaient volatilisés, remplacés par l'écho lancinant d'une batterie et le murmure rauque d'une voix qui savait me défaire. Le festival. Ce lieu de liberté où j’avais laissé tomber le poids de Violet Sinclair Blackwood, l’écrivaine à succès, pour redevenir simplement… Violet. Et c'est dans cette version plus légère, plus insouciante de moi-même que Brad m'avait trouvée. Ou plutôt, que j'avais été trouvée par lui.

Je me revoyais, dansant pieds nus sur l'herbe humide, le vin bon marché dans un gobelet en plastique, la musique me traversant comme une décharge électrique. Et puis, il était apparu. Comme s'il était sorti de la scène, de la foule, de mes propres désirs refoulés. Son regard avait croisé le mien, un éclair d'amusement et de curiosité, et le monde s'était arrêté. Ou plutôt, il s'était accéléré, déformé, ne laissant de place qu'à cette rencontre improbable.

« Tu n'es pas du genre à venir aux festivals, n’est-ce pas ? » Sa voix avait été un murmure dans le brouhaha, un secret partagé.

J’avais ri, un rire franc, libéré. « Et toi, tu n'es pas du genre à t'intéresser aux gens qui ne sont pas sur scène, je suppose ? »

Il avait souri, ce sourire qui promettait monts et merveilles, et qui, je l’avoue, m’avait fait chavirer. « Ça dépend des gens. Toi, tu as l’air… différente. Comme une note de musique qui ne colle pas tout à fait, mais qui rend tout le reste plus intéressant. »

Et nous avions parlé. Des heures, je crois. Sous les étoiles, entre deux concerts assourdissants, au milieu de cette foule exubérante qui ne semblait pas nous remarquer. Il m’avait parlé de sa musique, de la liberté qu’il ressentait derrière sa batterie, du sentiment de connexion avec des milliers d’inconnus. Et moi, j’avais parlé de mes personnages, de mes mondes créés, de la solitude de l’écrivain. Mais surtout, j’avais parlé de ce besoin de respirer, de cette étouffante impression de ne plus savoir qui j’étais au-delà des mots que j’écrivais.

« Tu te perds dans tes personnages, Violet ? » m’avait-il demandé, son regard intense perçant à travers les apparences.

J’avais hoché la tête, un nœud se formant dans ma gorge. « Parfois, j’ai l’impression de devenir eux. Et j’ai peur de ne plus jamais pouvoir revenir à moi. »

Il avait pris ma main, ses doigts chauds et rugueux effleurant ma peau. « L’important, c’est de trouver quelqu’un qui te rappelle qui tu es. Quelqu’un qui te voit, vraiment. »

Ce soir-là, il m’avait embrassée pour la première fois. Un baiser volé, passionné, au milieu du chaos joyeux du festival. Un baiser qui avait scellé quelque chose, une promesse silencieuse.

Les jours suivants avaient été une parenthèse enchantée. Des matins brumeux passés à marcher sur la plage, le sable frais sous nos pieds, le bruit des vagues comme seule bande-son. Des après-midis passés à écouter sa musique, à le voir répéter, la sueur perlant sur son front, ses muscles se contractant au rythme des frappes. Des nuits torrides, où nos corps s’étaient retrouvés, nos âmes se confiant dans l’obscurité.

Brad était différent de tous les hommes que j’avais connus. Il y avait en lui une force brute, une authenticité qui me désarmait. Il n’essayait pas de me plaire, il était simplement lui-même. Et c’est précisément ce qui me fascinait et, en même temps, m’effrayait. Car plus je m’ouvrais à lui, plus je sentais les murs que j’avais construits autour de mon cœur s’effriter. Et avec eux, la peur. La peur insidieuse de me perdre à nouveau, de me fondre dans l’ombre d’un autre, de me noyer dans la passion jusqu’à oublier qui j’étais.

Il me regardait avec une telle adoration, une telle tendresse, que j’avais l’impression d’être la seule femme au monde. Il me disait des choses qui faisaient fondre la glace autour de mon cœur, des mots simples mais puissants.

« Je ne sais pas ce qui m’arrive, Violet, » m’avait-il confié une nuit, son visage enfoui dans mes cheveux. « Je n’ai jamais ressenti ça pour personne. Tu es… tu es tout. »

Et moi, je me débattais. Chaque parcelle de mon être criait de me laisser aimer, de me laisser croire à cette évidence. Mais les fantômes du passé, ces amours qui m’avaient laissée vidée, meurtrie, me rappelaient à l’ordre. Ils chuchotaient à mon oreille : « Ne t’attache pas. Ne te donne pas. Tu vas souffrir. »

Je me souviens d’un soir, après l’un de ses concerts. La foule était déchaînée, électrisée par son énergie. Je l’avais observé depuis les coulisses, mon cœur battant la chamade. Il était sur sa scène, un dieu du rythme, entouré de lumière et d’applaudissements. Et moi, j’étais là, dans l’ombre, une observatrice silencieuse. C’est là que le doute m’avait envahie avec la force d’une vague. Comment un homme comme lui, entouré de tant de femmes, de tant de sollicitations, pourrait-il vraiment être épris d’une écrivaine introvertie comme moi ? Et si ce n’était qu’une nouvelle aventure pour lui, un jeu éphémère ?

Je l’avais rejoint plus tard, sur la plage, alors que la fête battait son plein. Il m’avait vue, son regard avait cherché le mien dans la foule, et il était venu à ma rencontre.

« Tu es venue, » avait-il dit, son sourire empli de soulagement.

« Oui, » j’avais murmuré, incapable de soutenir son regard. « Mais je ne sais pas si je devrais être là, Brad. »

Il m’avait prise par les épaules, ses mains ferme sur mes bras. « Qu’est-ce qui ne va pas ? Tu es pâle. »

« C’est juste… tout ça, » j’avais fait un geste vague vers le festival. « Toi, ta musique, les gens… C’est un monde tellement différent du mien. Et j’ai peur. J’ai peur de ne pas être à la hauteur. J’ai peur de me perdre. »

Il m’avait regardée longuement, ses yeux sombres scrutant les miens. Puis, il avait souri, un sourire doux, presque mélancolique. « Violet, je ne veux pas que tu te perdes. Je veux que tu te retrouves. Et si je peux t’aider à ça, alors je le ferai. Ce monde, c’est le mien, mais toi, tu es une lumière tellement plus brillante. Ne me prive pas de cette lumière. »

Il m’avait embrassée, un baiser tendre, rassurant, qui avait apaisé une partie de mes craintes. Mais une autre, plus profonde, persistait. Celle qui me disait que le bonheur si parfait ne pouvait être qu’éphémère, qu’il cachait forcément une faille.

Les jours passaient, et notre connexion ne faisait que se renforcer. Nous partagions tout : nos joies, nos doutes, nos peurs. Il me parlait de son enfance difficile, de la musique comme échappatoire. Et je le sentais, il y avait des zones d’ombre dans son passé, des blessures profondes qu’il ne parvenait pas à effacer complètement. Je me demandais parfois ce qui avait bien pu le pousser à chercher refuge dans le rythme effréné de la batterie. Un passé tumultueux, sans doute. Mais je ne lui avais pas posé de questions précises, trop heureuse de la bulle de bonheur que nous avions créée.

Et puis, il y avait cette phrase qu’il avait dite un soir, les yeux fixés sur l’horizon : « Il y a des choses que l’on ne peut pas fuir, Violet. Des ombres qui nous suivent partout. »

À l’époque, j’avais interprété cela comme une métaphore de la pression de la célébrité, des attentes de ses fans. Je n’aurais jamais imaginé…

Notre dernier soir ensemble. La musique était plus douce, le ciel étoilé. Nous étions assis sur le sable, le bruit des vagues apaisant nos cœurs. Il m’avait tenue dans ses bras, son souffle chaud sur mon cou.

« Je ne veux pas que ça finisse, » avais-je murmuré, la gorge serrée.

« Ça ne finira pas, Violet, » avait-il dit, sa voix empreinte d’une émotion sincère. « Ce n’est que le début. Je t’aime. »

Ces mots. Je les avais attendus, redoutés, espérés. Et quand ils étaient sortis de sa bouche, un mélange de joie et de panique m’avait envahie. Je l’aimais aussi, profondément. Mais la peur était là, tapie dans l’ombre, prête à refaire surface.

« Brad… » avais-je commencé, cherchant mes mots. « Je… je crois que je t’aime aussi. Mais… »

Il avait relevé ma tête, ses yeux cherchant les miens dans la pénombre. « Mais ? »

« Mais je ne suis pas sûre d’être prête. Pas prête à… à tout ça. À ce que ça signifie. Je me suis déjà perdue une fois. »

Il m’avait serrée plus fort. « Tu ne te perdras pas avec moi, Violet. Je te promets. Je ferai tout pour que tu te sentes en sécurité, pour que tu sois toi-même. »

Il avait semblé sincère, tellement sincère. Et une partie de moi avait voulu le croire, s’abandonner à cette promesse. Mais une autre partie, celle qui avait été blessée, qui avait appris la méfiance, restait sur ses gardes. Je sentais que quelque chose clochait, quelque chose dans son regard quand il me parlait de son passé, quelque chose dans sa façon de parfois détourner la conversation. Un secret, je le sentais, une ombre qu’il ne parvenait pas à dissiper entièrement.

Alors que nous nous apprêtions à nous embrasser une dernière fois, une silhouette s’est détachée de la pénombre. Une femme, tenant un appareil photo. La lumière du flash a illuminé nos visages, me prenant par surprise. Brad a réagi instinctivement, me couvrant de son corps, me protégeant.

« Laissez-nous tranquilles ! » a-t-il rugi, sa voix soudainement dure, menaçante.

La femme a reculé, un sourire narquois aux lèvres. « Oh, je crois que j’ai trouvé quelque chose d’intéressant. Le célèbre batteur et la célèbre écrivaine. Une belle histoire. »

Elle s’est retournée et a disparu dans la nuit, nous laissant là, sous les étoiles, le silence pesant entre nous, brisé seulement par le murmure des vagues. Mon cœur battait la chamade. Ce n'était pas juste une journaliste opportuniste. C'était le retour des fantômes. Et je savais, avec une certitude glaçante, que notre romance, si belle et si intense, venait de prendre un tournant inattendu et potentiellement dévastateur. Le voile de l’insouciance était déchiré, révélant les contours incertains d’un avenir où les accords de la musique se mêleraient aux dissonances d’un passé trouble.

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