Chapter 2
Premiers Doutes et Soutiens
La relation naissante entre Daniel et Lajoie est mise à l'épreuve par des malentendus. Blessing et les amis de Daniel interviennent pour le soutenir et le conseiller.
Les jours qui suivirent la conversation avec Lajoie furent empreints d'une douce fébrilité. Daniel se sentait comme un explorateur sur le point de découvrir une terre inconnue. Chaque regard échangé, chaque mot murmuré dans les couloirs du complexe scolaire Lamartine était une petite victoire, une confirmation des règles tacites qu'ils avaient établies. Pas de contact physique, peu de rencontres publiques, et surtout, ce respect mutuel qui semblait être le fondement de leur nouvelle relation. Il se surprenait à sourire en pensant à elle, à chercher son regard parmi la foule des élèves, un sourire discret aux lèvres lorsqu'il la trouvait.
Blessing, toujours aussi attentive, remarqua ce changement subtil. Un après-midi, alors qu'ils attendaient la fin du cours de géographie, elle lui lança un regard malicieux.
« Alors, Doc DS, tu as l'air plus léger ces derniers temps. On dirait que ton cœur bat la chamade pour quelqu'un. »
Daniel rougit légèrement, mais cette fois, il ne nia pas. Il se sentait prêt à partager son bonheur naissant, même si une partie de lui craignait encore de le dévoiler trop vite.
« C'est Lajoie, » confia-t-il, sa voix juste un murmure. « Nous apprenons à nous connaître. Les choses vont… bien. »
Blessing posa une main sur son bras, un geste de pure amitié. « Je suis contente pour toi, Daniel. Elle a l'air d'être une fille bien. Mais tu sais, les règles, c'est bien pour commencer, mais il ne faut pas que ça devienne une prison non plus. »
Daniel hocha la tête, un peu perdu par cette remarque. Il ne comprenait pas encore la profondeur de ce qu'elle voulait dire. Pour lui, les règles étaient une façon de protéger ce lien fragile, de le préserver de la précipitation, de l'impulsivité des sentiments adolescents. Il pensait que c'était une marque de maturité de la part de Lajoie, une preuve qu'elle prenait cette relation au sérieux.
Les semaines s'écoulèrent ainsi, tissant une toile délicate entre Daniel et Lajoie. Ils se croisaient dans les allées, échangeaient quelques mots à la cantine, se retrouvaient parfois dans un coin tranquille de la bibliothèque. Daniel adorait la façon dont elle écoutait, dont ses yeux s'éclairaient lorsqu'il parlait de ses passions, de ses rêves. Il découvrait une intelligence vive sous son calme apparent, une profondeur qui l'attirait irrésistiblement.
Mais le monde de l'école n'est jamais aussi simple qu'on le voudrait. Les rumeurs, les regards curieux, les interprétations hâtives sont le lot quotidien des adolescents. Un jour, Daniel surprit une conversation entre quelques élèves de leur classe.
« Tu as vu comment Daniel regarde Lajoie ? » disait l'une d'elles, d'une voix traînante. « C'est évident qu'il est fou d'elle. »
« Mais Lajoie ne lui donne rien, » répondit une autre. « Elle est toujours si distante. Je crois qu'elle se moque de lui. »
Le cœur de Daniel se serra. Se moquer de lui ? Cette idée le traversa comme un éclair glacial. Il repensa aux règles qu'elle avait imposées : pas de contact physique, peu de rencontres. Était-ce sa façon de le tenir à distance, de jouer avec ses sentiments ?
Il se sentait perdu. Il avait fait confiance à Lajoie, avait accepté ses conditions avec sincérité. Mais si ces conditions étaient une façade, une manière de le faire souffrir sans qu'il puisse rien faire ?
Ce soir-là, il retrouva Blessing et John dans la cour de récréation, leurs visages illuminés par le soleil couchant. Il leur raconta ce qu'il avait entendu, sa voix empreinte d'une tristesse nouvelle.
« Je ne comprends pas, » dit-il, le regard fixé sur le sol. « Je fais tout ce qu'elle demande. Je la respecte. Et pourtant, on dirait qu'elle se joue de moi. »
John, toujours le plus pragmatique du groupe, lui donna une tape dans le dos. « Ne te laisse pas emporter par les ragots, Daniel. Tu connais ces filles, elles aiment bien commenter la vie des autres. Lajoie est différente. Je pense qu'elle a ses raisons. »
Blessing acquiesça. « Oui, Daniel. Rappelle-toi ce qu'elle t'a dit. Elle veut du respect. Peut-être que ce qu'elle demande, c'est une preuve de ta patience, de ta compréhension. Ne doute pas d'elle juste parce que d'autres le font. Parle-lui. C'est la seule façon de savoir. »
Le lendemain, Daniel chercha Lajoie. Il la trouva assise sous un grand arbre, un livre ouvert sur ses genoux, le regard perdu dans le lointain. Il s'approcha doucement, le cœur battant la chamade.
« Lajoie ? »
Elle leva les yeux vers lui, un léger froncement de sourcils trahissant une surprise. « Daniel. Qu'est-ce qu'il y a ? »
Il hésita. Dire ce qu'il avait entendu lui semblait une trahison de leur intimité naissante. Mais le garder pour lui, c'était laisser la suspicion grandir.
« J'ai entendu des choses, » commença-t-il, sa voix hésitante. « Des gens disent que tu te moques de moi. Que tu me tiens à distance… »
Le visage de Lajoie se ferma. Son expression, d'ordinaire si douce, devint plus réservée, presque distante. Elle referma son livre avec un bruit sec.
« Et toi, qu'en penses-tu, Daniel ? » demanda-t-elle, sa voix basse et ferme.
Il la regarda, cherchant une réponse dans ses yeux. Mais ils étaient devenus impénétrables.
« Je… je ne sais pas, » avoua-t-il, l'honnêteté le guidant. « J'ai confiance en toi, mais ce que j'ai entendu m'a fait douter. Tes règles… elles me semblent parfois difficiles à comprendre. »
Un silence pesant s'installa entre eux. Daniel sentit la panique monter. Avait-il tout gâché ? Avait-il brisé la confiance qu'ils avaient commencée à bâtir ?
Finalement, Lajoie soupira. Elle se tourna vers lui, et pour la première fois depuis qu'ils se connaissaient, Daniel vit une lueur de vulnérabilité dans ses yeux.
« Daniel, je comprends que mes règles puissent te sembler étranges, » dit-elle, sa voix plus douce maintenant, mais toujours empreinte d'une certaine gravité. « Mais elles viennent d'une nécessité. Il y a des choses… des choses que je ne peux pas encore partager. Des choses qui me rendent prudente. Ce n'est pas que je ne tiens pas à toi. Au contraire. C'est justement parce que je tiens à toi que je veux que les choses soient faites correctement. »
Elle marqua une pause, puis reprit : « Ce que j'ai vécu avant, m'a appris à construire des murs. Des murs solides pour me protéger. Et toi, tu es en train de me montrer qu'il est possible de construire quelque chose de beau par-dessus ces murs, sans les détruire entièrement. C'est un processus fragile. Il faut du temps. Il faut de la patience. Et surtout, il faut que tu me fasses confiance. Fais-moi confiance, Daniel. »
Elle lui tendit la main, mais s'arrêta juste avant de le toucher, comme si elle se rappelait leurs règles. Daniel, lui, ne réfléchit pas. Il prit sa main dans la sienne. Un simple contact, un frôlement de peau, mais qui, pour lui, valait mille mots. Lajoie ne retira pas sa main. Elle laissa le contact s'établir, et un léger sourire, rare et précieux, éclaira son visage.
« Tu vois ? » murmura-t-elle. « On peut avancer. Lentement. Avec respect. »
Daniel sentit un poids s'enlever de sa poitrine. La confiance était rétablie. Les doutes s'étaient dissipés, remplacés par une compréhension nouvelle. Il comprit que les règles de Lajoie n'étaient pas une barrière, mais une invitation à un amour plus profond, plus réfléchi.
« Je te fais confiance, Lajoie, » dit-il, sa voix ferme et sincère. « Je ferai preuve de patience. Et je serai là. »
Ils restèrent ainsi un moment, leurs mains jointes sous le regard bienveillant du grand arbre. Les rumeurs semblaient s'être évanouies, noyées dans la douceur de cet instant. Daniel savait que le chemin serait encore long, semé d'embûches et de doutes, mais il savait aussi, au plus profond de lui, que leur histoire, malgré les règles et les épreuves, était bien réelle. Et qu'elle méritait d'être vécue. Il se sentait plus fort, soutenu par la compréhension de ses amis et par la confiance renouvelée de Lajoie. L'aventure de l'amour à l'école de Lamartine ne faisait que commencer, et Daniel était prêt à y naviguer, le cœur rempli d'une espérance nouvelle.