Chapter 1

Amour au premier regard

Tu rencontres l'amour de ta vie de discutant avec lui à cause d'une simple erreur vous échangez vos sacs vous revoyez plus l'amour commence

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Elara, sorcière en herbe et championne incontestée du désastre magique, se tenait devant son miroir scintillant, un mélange d'excitation fébrile et de panique savamment dissimulé par une couche épaisse de poudre d'étoiles. Ce soir, c'était LE soir. Le soir où, grâce à son tout nouveau sortilège de rencontre, elle allait enfin trouver son prince charmant. Pas un de ces princes charmants pâlichons et trop propres sur eux des contes de fées poussiéreux, non. Un prince à elle, un vrai, avec des mains fortes pour pétrir la pâte et un sourire qui réchaufferait son cœur plus qu'une potion de chaleur triple action.

Elle avait passé des semaines à éplucher les grimoires anciens, à triturer des herbes aux noms improbables et à réciter des incantations qui faisaient trembler les vitraux de sa tour. Le sortilège était prêt, une petite fiole aux reflets irisés contenant une goutte de rosée matinale recueillie sur une fleur de lune, une plume de colibri particulièrement romantique et, bien sûr, une pincée de poussière de rêves. Elle avait choisi le lieu : la place du marché, à l'heure où le soleil déclinait et où les amoureux potentiels se promenaient, le nez au vent et le cœur à la recherche d'une étincelle.

« Allez, Elara, tu peux le faire », se murmura-t-elle, ajustant son chapeau pointu orné d'une petite chauve-souris en peluche. « Une petite touche de magie, un grand coup de pouce du destin, et hop ! Le grand amour. Facile, non ? »

Elle ignora la petite voix au fond de son esprit qui lui rappelait le fiasco de la dernière fois, quand son sortilège de "trouver le chat perdu" avait transformé le chat du voisin en un caniche rose fluo pendant trois jours. Ou encore, celui pour "améliorer la recette de soupe", qui avait rendu le potage tellement épicé que le maire avait failli perdre l'usage de sa langue. Mais non, cette fois, c'était différent. C'était pour l'amour ! L'amour, ça ne pouvait pas mal tourner, n'est-ce pas ?

Armée de sa baguette tordue et de son sac en velours rempli de ses affaires, elle se faufila dans la foule animée. Les odeurs de pain frais, de fruits juteux et de fleurs sauvages flottaient dans l'air. C'était exactement l'ambiance qu'elle avait imaginée. Elle repéra un jeune homme particulièrement charmant, penché sur une corbeille de pains au chocolat d'une perfection ahurissante. Ses cheveux bruns, légèrement ébouriffés par le vent, encadraient un visage franc et un sourire sincère. Il avait des mains larges et rougies par le travail, qui pétrissaient la pâte avec une dextérité qui aurait fait rougir n'importe quelle fée pâtissière.

« C'est lui », pensa Elara, le cœur battant la chamade. « C'est mon prince charmant boulanger. »

Elle s'approcha, le sortilège prêt à être lancé. Elle devait juste créer une petite distraction, un "hasard" qui les mettrait en contact. D'un geste un peu trop enthousiaste de sa baguette, elle tenta de faire léviter discrètement un panier de pommes voisines pour qu'il tombe près de lui. Mais comme d'habitude, la magie eut une interprétation… créative. Au lieu de faire tomber le panier, elle envoya une volée de pommes vertes danser joyeusement dans les airs, avant de s'écraser lamentablement sur la tête d'un dignitaire royal passant par là.

Le dignitaire, furieux, commença à hurler des menaces. La foule s'agita. Le jeune boulanger, surpris, se retourna, et son regard croisa celui d'Elara, qui tentait désespérément de se cacher derrière un étal de légumes.

Dans la confusion, les deux jeunes gens, bousculés par la panique générale, se heurtèrent. Leurs sacs tombèrent au sol, et un mélange confus d'ingrédients magiques et de farine se répandit.

« Oh, pardon ! Je suis tellement désolée ! », s'exclama Elara, rougissant jusqu'à la pointe de ses oreilles.

« Pas de souci, mademoiselle », répondit le jeune homme avec un sourire qui désamorça instantanément sa gêne. « C'est le marché, ça bouge. Vous n'avez rien ? »

« Non, non, tout va bien. C'est juste… un peu chaotique », dit-elle, essayant de ramasser ses affaires.

Elle remarqua alors qu'ils avaient échangé leurs sacs. Le sien, celui en velours orné de runes, était maintenant entre les mains du boulanger. Et le sien, un sac en toile de jute simple, était dans les siennes.

« Oh, attendez ! On a dû échanger nos sacs ! »

Le boulanger haussa un sourcil interrogateur. « Vraiment ? »

Dans sa hâte de fuir la scène de crime des pommes volantes, Elara hocha la tête vigoureusement. « Oui ! Je dois absolument récupérer le mien. C'est… très important. »

Elle lui tendit le sac en toile de jute. « Vous pourrez me le rapporter plus tard ? Je suis Elara. »

Le boulanger accepta le sac. « Barnabé. Boulanger à la Mie Dorée. Je vous le ramènerai, bien sûr. Quand est-ce que je pourrai vous trouver ? »

Elara hésita. Elle n'était pas censée avoir un rendez-vous impromptu avec son prince charmant. Le sortilège était censé agir subtilement, pas par un échange de sacs chaotique. Mais son cœur lui disait de saisir cette chance.

« Demain, à la même heure ? Sur la place ? »

Barnabé sourit. « Parfait. Promis, je vous le ramène. Et peut-être qu'en échange, vous me raconterez comment vous avez fait pour faire danser ces pommes. C'était assez… spectaculaire. »

Elara rit, un rire un peu nerveux mais sincère. Elle lui fit un clin d'œil. « C'est une longue histoire. À demain, Barnabé. »

Elle s'éloigna rapidement, le cœur battant la chamade, son sac en velours bien serré contre elle. Elle avait réussi. D'une certaine manière. Elle avait rencontré son prince charmant. Bon, il n'avait pas de couronne, mais il avait des mains incroyables et un sourire d'ange. Et surtout, il avait une boulangerie. Elle imaginait déjà les croissants magiques qu'ils pourraient créer ensemble.

Le lendemain, Elara était sur la place, bien avant l'heure convenue. Son sac en velours était posé sur un banc, attendant son retour. Elle n'arrêtait pas de regarder son chapeau, le tutoyant mentalement. « Alors, chapeau, on a rencontré notre prince charmant, hein ? Et maintenant, on va lui rendre son sac, et on va parler de magie et de pain au chocolat. On est prêtes ? »

Barnabé arriva, un sourire aux lèvres, tenant le sac en toile de jute. Il avait l'air un peu plus amusé qu'elle ne s'y attendait.

« Bonjour Elara. Voilà votre sac. J'ai eu quelques… découvertes intéressantes à l'intérieur. »

Il sortit de son sac une petite fiole aux reflets irisés. « Qu'est-ce que c'est que ça ? Ça sent la violette et… la rosée ? »

Elara rougit violemment. « Oh, ça… euh… c'est un peu de mon parfum. Très… spécial. »

Barnabé la regarda avec curiosité. « Votre parfum fait léviter les pommes ? »

« Eh bien… disons que j'ai une approche… audacieuse de la parfumerie », balbutia Elara.

Il lui rendit le sac. « Je suis sûr que oui. Et voici le mien. J'espère que rien n'a été endommagé. J'y avais mis… » Il s'interrompit, un léger sourire aux lèvres. « Disons, quelques ingrédients secrets pour ma nouvelle recette de brioche. »

Elara lui tendit son sac. « Merci beaucoup, Barnabé. C'était vraiment gentil de votre part. »

« De rien. J'avoue que ça m'a intrigué. Vous êtes sorcière, c'est ça ? » demanda-t-il, avec une pointe d'amusement dans la voix.

« Oui », répondit Elara, un peu sur la défensive. Elle n'aimait pas quand les gens la regardaient comme si elle était une curiosité de foire. « Et vous êtes boulanger. Ça se voit. Vos pains sont… divins. »

Barnabé rougit légèrement. « Merci. C'est mon métier. Et vous, vous faites quoi avec vos potions et vos… parfums volants ? »

« J'essaie d'apporter un peu de… fantaisie dans le monde », dit Elara, un peu maladroitement. « Et je cherche… » Elle s'arrêta. Elle ne pouvait pas lui dire qu'elle le cherchait, lui, spécifiquement.

« Vous cherchez quoi ? » insista Barnabé, avec un sourire taquin.

« Je cherche… une recette de gâteau au chocolat qui ne soit pas trop sèche. »

Barnabé éclata de rire. « Ah ! Ça, c'est une quête digne d'un héros ! Venez, j'ai justement une fournée qui sort du four. Je vous promets la brioche la plus moelleuse que vous ayez jamais goûtée. »

Elara était ravie. C'était mieux que ce qu'elle avait imaginé. Ils marchèrent vers sa boulangerie, La Mie Dorée, une petite échoppe charmante avec des vitrines débordant de pains dorés et de pâtisseries aux couleurs vives. En entrant, Elara fut immédiatement envahie par une odeur divine de pain chaud, de sucre caramélisé et de… magie ? Non, juste du bon pain.

Barnabé lui tendit une brioche encore tiède. « Goûtez ça. C'est ma spécialité. »

Elara croqua dedans. Ses yeux s'écarquillèrent. C'était… incroyable. Légère, aérienne, avec juste ce qu'il fallait de douceur.

« C'est… c'est magique ! » s'exclama-t-elle, la bouche pleine.

Barnabé sourit. « Non, juste de la bonne farine, du levain et un peu de savoir-faire. »

Pendant qu'ils mangeaient, une ombre s'étira sur le pas de la porte. Un homme grand, vêtu d'une armure rutilante et d'une plume particulièrement ostentatoire sur son casque, observait la scène avec un air outré. C'était Godefroy, le chevalier le plus prétentieux et le plus maladroit du royaume.

« Elara ! », lança-t-il d'une voix sonore, faisant sursauter Barnabé. « Que fais-tu dans cette… boutique ? Et avec ce… ce paysan ? »

Elara soupira. « Bonjour Godefroy. Je suis avec Barnabé, le boulanger. Et tu es en train de gâcher un moment très agréable. »

Godefroy s'avança, l'armure grinçant. « Agréable ? Moi, je pensais que tu étais occupée à des recherches importantes. Des recherches sur… les constellations, par exemple. » Il jeta un regard noir à Barnabé. « Je t'ai apporté un nouvel astrolabe, Elara. Bien plus sophistiqué que tes vieilles cartes. »

Barnabé, imperturbable, continua de mâcher sa brioche. « Vous avez fini votre visite, monsieur l'agité ? Parce que je crois que ma cliente a déjà trouvé ce qu'elle cherchait. »

Godefroy le fusilla du regard. « Comment oses-tu ? Je suis le chevalier Godefroy ! Et cette demoiselle est destinée à de plus grandes choses qu'à manger du pain rassis ! »

Elara leva les yeux au ciel. « Barnabé, ne fais pas attention à lui. Godefroy, tu es toujours aussi… involontaire. »

Godefroy, vexé, sortit une petite boîte de sa poche. « Tiens, Elara. Un bijou. Pour te montrer mon affection. » Il l'ouvrit. C'était une bague en forme de… petit pain au chocolat.

Barnabé ne put s'empêcher de pouffer. Elara se mordit la lèvre pour ne pas rire.

« Merci Godefroy, c'est… original », dit Elara. « Mais je crois que je préfère les brioches. »

Godefroy, voyant la défaite poindre dans ses plans ridicules, jura un grand coup et s'en alla, l'armure claquant dans un dernier élan de frustration.

Barnabé regarda Elara, un sourire plein de compréhension dans les yeux. « Il est très… dévoué, ce chevalier. »

Elara secoua la tête. « Pas dévoué, juste jaloux. Et complètement à côté de la plaque. » Elle prit une autre bouchée de brioche. « Vraiment, Barnabé, tu es un magicien. Avec ton pain. »

Barnabé la regarda, un éclat nouveau dans son regard. « Peut-être que j'ai un peu de magie dans mes mains, après tout. Et toi, tu as toujours ce parfum qui sent la rosée et les rêves ? »

Elara rougit. « Oui. Et il m'a amenée jusqu'à toi. »

Elle réalisa alors que le prince charmant n'avait pas besoin de couronne ni de château. Il pouvait être un boulanger avec des mains pleines de farine et un cœur gentil. Et que la magie la plus puissante n'était pas celle qui faisait léviter les objets, mais celle qui faisait naître les sourires et réchauffait le cœur. L'amour était, après tout, une recette bien plus compliquée et bien plus délicieuse que n'importe quel sortilège. Et leur histoire, à peine commencée, s'annonçait déjà comme la plus savoureuse de toutes.

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