Chapter 3
Le Dilemme du Fiancé
Beatriz est fiancée au meilleur ami de Rick. Le cœur de Rick vacille. Comment concilier l'amitié, la loyauté et ce nouvel amour naissant qui le trouble tant ?
Beatriz était fiancée. Ces mots résonnaient dans la tête de Rick comme une sonnerie stridente, une note fausse dans la douce mélodie de leurs retrouvailles. Il se souvenait du moment où elle lui avait dit, d'une voix à peine audible, les yeux baissés vers le sable fin que leurs pieds avaient remué. « Je suis fiancée, Rick. À… à toi sais qui. » Rick savait. Bien sûr qu'il savait. Comment aurait-il pu oublier que le meilleur ami de son enfance, celui avec qui il avait partagé tant de secrets et de rires, était sur le point de se marier avec la fille qui, sans qu'il s'en rende compte, avait commencé à occuper une place de plus en plus grande dans son propre cœur ?
Il se sentait comme un funambule sur un fil tendu au-dessus d'un précipice. D'un côté, l'amitié indéfectible qui le liait à son ami, une amitié forgée dans le creuset des jeux d'enfants et des confidences adolescentes. De l'autre, ce sentiment nouveau, étrange et puissant, qui le poussait vers Beatriz avec une force irrésistible. Il avait toujours aimé Beatriz, d'une manière différente, bien sûr. Une affection tendre, presque fraternelle. Mais là, maintenant, quelque chose avait changé. Le regard qu'il posait sur elle n'était plus le même. Il y avait de la fascination, de l'admiration, et une pointe de désir qui le déstabilisait profondément.
Ils étaient assis sur le sable, les vagues venant lécher leurs pieds, emportant avec elles les traces de leurs pas, comme pour effacer les indices de leur présence. Le soleil déclinait, peignant le ciel de couleurs chaudes, orange, rose, pourpre. Un spectacle magnifique, qui contrastait violemment avec le tourbillon qui agitait Rick.
« C'est… c'est une bonne nouvelle », parvint-il à articuler, la voix rauque. Il se détestait pour sa maladresse, pour son incapacité à trouver les mots justes.
Beatriz leva les yeux vers lui, un léger sourire aux lèvres, mais ses yeux trahissaient une certaine tristesse. « Je sais que tu es surpris. Nous n'avons pas eu le temps de… »
« Non, non, je ne suis pas surpris », l'interrompit Rick, un peu trop vivement. « Je suis juste… content pour vous deux. C'est merveilleux. » Il s'efforçait de paraître sincère, mais il avait l'impression de jouer un rôle médiocre dans une pièce qu'il n'avait pas répétée.
Un silence s'installa entre eux, un silence lourd de non-dits. Rick regardait la mer, cherchant dans le ressac une réponse, une échappatoire. Il pensait à son ami, à la joie qu'il avait dû ressentir en demandant la main de Beatriz. Il imaginait leur avenir, les projets, les promesses. Et puis, il pensait à Beatriz, à son rire, à la façon dont ses yeux pétillaient lorsqu'elle parlait de ses rêves. Il se sentait coupable, comme s'il trahissait son ami en éprouvant ces sentiments.
« Tu vas bien ? » demanda doucement Beatriz, la main effleurant son bras. Le contact laissa une brûlure sur sa peau.
Rick hocha la tête, sans la regarder. « Oui, oui. Juste un peu fatigué. Le voyage… »
« Je comprends », murmura-t-elle. « Les retrouvailles sont toujours un peu… intenses. »
Intenses. C'était le mot. Rick sentait son cœur battre la chamade, une cadence effrénée qui semblait vouloir s'échapper de sa poitrine. Il avait l'impression de ne plus maîtriser son propre corps, ses propres émotions. Comment allait-il pouvoir mener ses recherches sans être constamment assailli par cette présence, par ce dilemme ? Il était venu au Maranhão pour retrouver son ami, pour comprendre ce qui s'était passé. Il n'était pas venu pour tomber amoureux, et encore moins pour tomber amoureux de la fiancée de son meilleur ami.
« As-tu eu des nouvelles de lui ? » demanda Beatriz, changeant de sujet, comme si elle avait lu dans ses pensées.
Rick secoua la tête. « Rien. C'est comme s'il s'était volatilisé. Ses parents sont désespérés, tu sais. »
Beatriz soupira, ses épaules s'affaissant légèrement. « Je sais. C'est… étrange. Il n'est pas du genre à disparaître sans prévenir. » Elle marqua une pause, puis ajouta, d'une voix plus basse : « Ne t'inquiète pas, Rick. Nous allons le retrouver. Ensemble. »
« Ensemble », répéta Rick, le mot résonnant d'une nouvelle signification. Ensemble. L'idée était à la fois réconfortante et terrifiante. Travailler avec Beatriz, passer du temps avec elle, tout en sachant qu'elle était promise à un autre… C'était un chemin semé d'embûches, un champ de mines émotionnel. Mais en même temps, une partie de lui aspirait à cette proximité, à cette complicité qui semblait se tisser entre eux, malgré les circonstances.
Ils restèrent un moment silencieux, regardant le soleil plonger sous l'horizon, laissant place à un ciel parsemé d'étoiles. La chaleur du jour s'estompait, remplacée par la fraîcheur de la nuit. Rick sentait la présence de Beatriz à ses côtés, une présence douce et rassurante, mais qui ne faisait qu'accentuer son trouble. Il était pris au piège d'un amour interdit, d'un dilemme qui menaçait de tout emporter sur son passage.
« Il faut que je rentre », dit finalement Rick, se levant d'un bond. Il avait besoin de prendre ses distances, de reprendre le contrôle.
Beatriz se leva aussi, ses yeux rencontrant les siens dans la pénombre. « D'accord. Je te raccompagne. »
Sur le chemin du retour, aucun des deux ne parla. Le silence était différent maintenant, empreint d'une tension nouvelle, d'une conscience partagée de ce qui venait de se dire, ou plutôt de ce qui n'avait pas été dit. Rick sentait le regard de Beatriz sur lui, et il savait qu'elle aussi était tiraillée. Elle était fiancée à son meilleur ami, mais elle ressentait quelque chose pour lui. C'était écrit dans ses yeux, dans la douceur de ses gestes, dans la façon dont elle le regardait, avec une pointe de regret et une étincelle de désir.
Arrivés devant la maison de ses parents, Rick s'arrêta. Il voulait dire quelque chose, exprimer toute la confusion qui l'habitait, mais les mots restaient coincés dans sa gorge.
« Merci, Beatriz », dit-il enfin, sa voix un peu tremblante. « Pour… pour tout. »
Elle lui sourit, un sourire doux-amer. « C'est normal, Rick. Nous sommes amis, après tout. Et puis… nous devons rester unis pour retrouver Léo. »
Elle prononça le nom de son ami, et Rick sentit une pointe de douleur. Léo. Son meilleur ami. Son rival. Le fiancé de Beatriz. Le dilemme était là, bien présent, solide comme le roc.
Beatriz se tourna pour partir, puis s'arrêta et se retourna vers lui. « Rick », dit-elle, sa voix un murmure. « Ne t'en fais pas trop. Les choses… elles se mettent toujours en place. D'une manière ou d'une autre. »
Elle lui adressa un dernier regard, plein de sous-entendus, puis s'éloigna dans la nuit. Rick la regarda s'éloigner, le cœur battant à tout rompre. Il était revenu au Maranhão pour retrouver son ami, mais il avait trouvé bien plus. Il avait trouvé un amour interdit, un dilemme insoluble, et une femme qui avait le pouvoir de bouleverser toute sa vie. Le chemin serait long, semé d'embûches, mais une chose était sûre : il ne pouvait plus faire marche arrière. Le jeu avait commencé, et il était bien décidé à y jouer jusqu'au bout, même si cela signifiait risquer de tout perdre.