Chapter 8
L'École des Sourires
Je vais à l'école. Les autres enfants jouent, rient. Ils me regardent avec curiosité, pas avec pitié. J'apprends des mots nouveaux, je dessine des soleils, pas des bombes.
L’odeur du pain chaud, un parfum que j’avais presque oublié, flottait dans l’air. Ce n’était pas l’odeur âcre de la fumée des explosions, ni celle, plus douce mais tout aussi triste, des fleurs fanées dans les jardins dévastés. C’était une odeur de foyer, de normalité. Fares m’avait dit que nous allions dans un endroit spécial, un endroit où les enfants vont tous les jours. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Les quelques fois où j’avais vu des enfants jouer, c’était dans la rue, entre deux ruines, avec des jeux improvisés faits de débris. Mais Fares avait un sourire qui me donnait confiance, un de ces sourires qui ne se moquent pas, qui ne demandent rien en retour.
Nous avons franchi une porte en bois, et un flot de lumière et de bruit m’a frappée de plein fouet. Des voix d’enfants, des rires cristallins, des chaises qui raclent sur le sol. C’était… beaucoup. Trop, peut-être, pour mes oreilles habituées au silence pesant des jours de repli ou aux hurlements des sirènes. J’ai serré instinctivement la main de Fares, ma seule ancre dans ce tourbillon nouveau. Il m’a regardé, ses yeux sombres emplis d’une douceur rassurante, et a doucement posé son autre main sur mon épaule.
« C’est ici, Yasmine, » a-t-il murmuré, sa voix basse se mêlant au brouhaha ambiant. « C’est l’école. »
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