Chapter 2
Le Village Béni
Nous découvrons un village paisible, baigné par la bienveillance de Watara. Anaïs, une jeune fille innocente, y mène une vie simple. Kévin, un jeune homme intrigué, commence à partager des moments avec elle, initiant Anaïs aux joies et aux complexités des sentiments humains.
Le village de Lumina s'étirait le long d'une côte d'un bleu si pur qu'il semblait avoir été peint par les dieux eux-mêmes. Les maisons, faites de bois flotté poli par les vagues et de pierres lisses arrachées aux fonds marins, s'accrochaient aux falaises comme des coquillages tenaces. La vie y était rythmée par le murmure constant de l'océan, un souffle profond et régulier qui berçait les habitants dans une sécurité immuable. Le soleil, généreux, inondait les ruelles de sa lumière dorée, faisant scintiller les écailles de poisson accrochées aux façades pour porter bonheur. Ici, la peur de la submersion, souvenir lointain d'une époque révolue, n'était plus qu'une légende murmurée au coin du feu, une histoire pour effrayer les enfants. La raison de cette sérénité était simple : Watara.
Watara, la Reine des Eaux. Son nom était prononcé avec un respect mêlé d'amour, un murmure de gratitude qui traversait les générations. Elle n'était pas une déesse au sens où on l'entendait dans les récits anciens, ni une simple mortelle. Elle était le lien, le pont entre le monde des hommes et la puissance imprévisible des océans. On disait qu'elle avait surgi des profondeurs il y a des millénaires, une enfant née de l'écume et du chagrin, pour apaiser la fureur des flots qui menaçaient d'engloutir la terre. Elle avait négocié avec les esprits de l'eau, leur avait imposé sa volonté douce mais ferme, et en retour, ils lui avaient juré allégeance. Les tempêtes s'étaient calmées, les marées s'étaient faites sages, et le monde avait respiré, sauf pour cette prophétie gravée dans la pierre des fondations du monde, une ombre ténue dans le tableau lumineux : « Le jour où le cœur de Watara sera brisé, les eaux reprendront ce qu'elles ont donné aux hommes. » Mais personne n'osait y penser. Watara, la mère bienveillante, ne pouvait avoir le cœur brisé.
Anaïs était le reflet de cette sérénité. Ses cheveux, d'un noir profond comme la nuit sous-marine, encadraient un visage aux traits fins, encore empreint de l'innocence de la jeunesse. Ses yeux, d'un bleu changeant comme les profondeurs de l'océan, brillaient d'une curiosité insatiable pour le monde qui l'entourait. Elle passait ses journées à courir sur le sable, à glaner des coquillages aux formes étranges, à observer les pêcheurs ramener leurs filets débordant de poissons argentés. Elle ne connaissait que la douceur de Lumina, la chaleur des embruns sur sa peau, le rire des enfants jouant dans les vagues. Sa mère, Watara, n'était pas souvent présente physiquement. Elle apparaissait parfois, une silhouette éthérée se détachant de la brume matinale, ses longs cheveux ondulant comme des algues, son regard doux et profond semblant contenir toute la sagesse des océans. Ces apparitions étaient des moments précieux, empreints d'une tendresse silencieuse qui suffisait à combler Anaïs.
C'est lors de la fête annuelle de la pêche, une célébration joyeuse où le village entier se réunissait pour remercier les eaux de leur générosité, qu'Anaïs rencontra Kévin. Il venait des villages voisins, un jeune homme aux épaules larges et au sourire franc, les mains calleuses par le travail de la terre et du bois. Il était venu pour troquer des outils contre le poisson séché, mais son regard fut immédiatement captivé par la jeune fille qui dansait avec une grâce instinctive, ses rires se mêlant à la musique entraînante des tambours et des flûtes. Kévin, habitué à la rudesse de la vie terrestre, fut désarmé par cette légèreté, cette joie pure qui émanait d'Anaïs. Il s'approcha, timidement d'abord, puis avec une audace nouvelle, attiré par une force invisible.
« Tu danses comme si tu volais, » lui dit-il, sa voix légèrement rauque.
Anaïs s'arrêta, surprise. Personne ne lui avait jamais parlé ainsi. Elle le regarda, ses yeux bleus s'écarquillant légèrement. « Je danse comme je ressens. »
Kévin sourit, un sourire qui illumina son visage. « Et qu'est-ce que tu ressens, là, maintenant ? »
Pour la première fois, Anaïs se posa la question. Elle ressentait une chaleur