Chapter 18

Les Premiers Mots de Gratitude

Gaston remercie sincèrement ses frères et sœurs. Ces mots, simples mais puissants, scellent le début de sa transformation. L'émotion est palpable.

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Les mots me sont venus comme une rivière qui a enfin trouvé son cours, après avoir longtemps été retenue par un barrage de glace. Les frères et sœurs étaient là, leurs regards tournés vers moi, un mélange d’attente et de cette tendresse indéfectible qui m’avait toujours paru si étrangère. Léa, la première, avait avancé, sa main effleurant mon bras comme pour s’assurer que j’étais bien réel, que ce n’était pas une hallucination due à la fatigue ou à la douleur diffuse qui ne me quittait jamais vraiment. Théo, lui, sautillait sur place, son visage illuminé d’une joie presque enfantine, comme s’il venait de gagner la plus belle des batailles. Et Chloé, sa petite main serrant mon pantalon, ses grands yeux remplis d’une compréhension silencieuse qui en disait long.

C’est à ce moment-là, sous le poids de leurs silences pleins de sens, que le poids de mes propres silences m’est apparu. Les années de repli, de froideur calculée, de rejet délibéré. Les mots que je n’avais jamais dits, les gestes que je n’avais jamais faits, l’amour que j’avais systématiquement repoussé. La guerre m’avait appris à me méfier de tout, à ne compter que sur moi-même, à considérer toute forme d’attachement comme une faiblesse exploitable. J’avais cru que mes frères et sœurs étaient cette faiblesse, une porte ouverte à la douleur. Mais ils avaient été mon ancre, mon refuge, mon rappel constant de ce pour quoi je me battais, même quand je ne le savais pas.

« Je… » Ma voix était rauque, étrangère. J’ai toussé pour dégager le passage. « Je… je vous dois beaucoup. »

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