Chapter 3

Manigances Maladroites

Tentant d'éviter un complot, Elara murmure ses plans. Seraphina, l'héroïne, entend et interprète mal ses intentions, créant une scène embarrassante.

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La cour du roi Théodoric était un théâtre d'ombres et de sourires forcés, un endroit où les alliances se nouaient et se dénouaient au rythme des murmures et des regards furtifs. Elara Vance, alias la future Duchesse Maléfique à la fin tragique, se sentait comme un poisson hors de l'eau, ou plutôt, comme une actrice de théâtre de boulevard parachutée au milieu d'une tragédie shakespearienne. Le problème, c'est que dans cette pièce, ses pensées étaient projetées sur grand écran, pour le plus grand plaisir, ou le plus grand désarroi, de tous.

Elle essayait, elle essayait vraiment. Éviter la fin qui lui était promise, cette fin où elle finissait empalée sur l'épée du Prince Theron pour avoir tenté d'empoisonner Lady Seraphina lors du bal d'anniversaire du roi. Un classique. Mais comment faire quand chaque intention furtive se transformait en un cri dans le vide ?

« Bon, Elara, concentre-toi, » se dit-elle à voix (mentalement, heureusement) haute, alors qu'elle se frayait un chemin à travers la foule lors d'un dîner de cour particulièrement guindé. « Le plan est simple. Je dois me rapprocher de Maître Alistair. Il est le seul qui pourrait savoir comment… comment faire disparaître cette maudite prophétie. Ou au moins, comment la rendre moins… mortelle. »

Elle aperçut le vieux mage, un homme dont la sagesse semblait aussi profonde que les plis de sa robe, en pleine conversation avec une dame de la cour dont elle ne connaissait pas le nom, mais dont l'air suffisant lui donnait envie de lui faire rouler une boule de mie de pain dans le nez.

« Juste un petit prétexte, » pensa Elara, se mordant la lèvre inférieure pour ne pas laisser échapper un rire nerveux. « Je pourrais lui demander son avis sur la dernière mode des coiffures. Ou sur la qualité du vin. Oui, le vin ! C'est toujours un sujet sûr. »

Elle se dirigea vers eux, le sourire le plus innocent qu'elle puisse afficher plaqué sur son visage. « Maître Alistair, » commença-t-elle d'une voix douce et mélodieuse, le genre de voix qui faisait fondre les cœurs dans les romans. « Excusez mon intrusion. Je voulais juste vous demander votre avis éclairé. Ce vin… »

Elle s'interrompit. Le vin. Elle avait bien fait de choisir le vin. Mais avant qu'elle ne puisse continuer, une pensée bien plus urgente traversa son esprit, une pensée qui, bien sûr, ne resta pas confinée à son crâne.

« *…est absolument infect. On dirait du vinaigre dilué. Je parie que le Prince Theron préfère le même nectar qu'il sert à ses invités, ce qui expliquerait sa mine perpétuelle de chien battu.* »

Le silence tomba, lourd et soudain. La dame de la cour dont Elara avait failli vouloir rouler une boule de mie de pain dans le nez la dévisagea, les sourcils levés jusqu'à ses cheveux gominés. Maître Alistair, lui, se tourna lentement vers Elara, un léger froncement de sourcils trahissant son amusement.

Mais le pire fut le regard du Prince Theron, qui se trouvait de l'autre côté de la pièce et qui, par un coup du sort aussi cruel qu'inévitable, avait apparemment entendu. Il s'était tourné vers elle, un sourire étrange aux lèvres, un sourire qui disait : « Ah, je vois. Tu me trouves une mine de chien battu, n'est-ce pas ? Intéressant. »

Elara sentit le rouge lui monter aux joues. « Oh, non, non, pas du tout ! » s'écria-t-elle, paniquée. « Je… j'admirais la couleur ! Oui, la couleur du vin ! Elle est… profonde. Comme le regard… de certains… » Elle jeta un coup d'œil furtif au Prince. « …de certains hommes nobles. »

La dame de la cour émit un petit rire pincé, qui sonnait plus comme un gloussement de poule étranglée. Maître Alistair, lui, se contenta de hocher la tête, un sourire énigmatique aux lèvres.

« La couleur du vin est effectivement d'une profondeur remarquable, Duchesse, » dit-il d'une voix calme. « Et il est vrai que certains hommes nobles possèdent un regard… particulier. N'est-ce pas, Prince Theron ? »

Le Prince Theron s'avança, son regard fixé sur Elara. Il était grand, avec des cheveux d'un brun sombre et des yeux d'un bleu acier qui semblaient percer à travers les façades. Il dégageait une aura de noblesse et de puissance, mais aussi une certaine mélancolie, une sorte de lassitude qui, Elara devait bien l'admettre, pouvait rappeler un chien battu. Surtout quand il devait écouter les bavardages sans fin de la cour.

« En effet, Maître Alistair, » répondit Theron, sa voix résonnant dans le silence tendu. « Et il semble que la Duchesse Vance ait une opinion très tranchée sur la qualité de notre vin. Et, apparemment, sur mon humeur. »

Elara sentit son estomac se nouer. « Non ! Absolument pas ! Je… j'admirais votre… votre aura ! Oui, votre aura ! Elle est… elle est très… royale. »

« Royale, dites-vous ? » Le Prince s'approcha encore, un léger sourire taquin jouant sur ses lèvres. « Et qu'y a-t-il d'autre dans mon aura que vous trouvez… remarquable, Duchesse Vance ? »

Elle était coincée. Complètement coincée. Elle ne pouvait pas dire qu'il ressemblait à un chien battu. Elle ne pouvait pas dire qu'elle pensait qu'il était un peu trop sérieux pour son propre bien. Elle ne pouvait même pas dire qu'elle se demandait s'il aimait les chats, parce que ce serait une pensée trop aléatoire et donc, potentiellement, trop révélatrice.

« Votre… votre… » Elle cherchait désespérément. « Votre capacité à supporter cette assemblée ! C'est… c'est admirable ! Vraiment ! »

Le Prince Theron haussa un sourcil. « Vous me trouvez donc… résistant ? »

« Oh, oui ! Très ! Surtout quand… » Elle s'arrêta net. Le pire était sur le point de sortir. « Surtout quand il y a… des discussions sur… les plans de bataille. »

Elle se maudissait intérieurement. Plans de bataille ? Pourquoi avait-elle dit plans de bataille ? Elle n'en avait rien à faire des plans de bataille ! Elle voulait juste survivre !

« Des plans de bataille, Duchesse ? » demanda le Prince, son ton devenant plus grave. « Vous semblez bien informée sur mes occupations. »

« Oh, non, non ! » s'écria Elara, ses mains se joignant en supplication. « C'est juste… une supposition ! Vous êtes le Prince, après tout ! Vous devez bien avoir des plans de bataille, non ? C'est… c'est logique ! »

C'est alors que Lady Seraphina apparut, sa grâce habituelle enveloppant sa silhouette. Elle s'approcha du groupe, son regard doux rencontrant celui d'Elara, puis celui du Prince.

« Prince Theron, Maître Alistair, Duchesse Vance, » dit-elle d'une voix claire et mélodieuse. « Je vous prie de m'excuser de vous interrompre, mais j'ai cru entendre des discussions sur des plans de bataille. Est-ce que le royaume est en danger ? »

Le visage d'Elara tomba. Oh, non. C'était la dernière chose qu'elle voulait. Seraphina, l'héroïne du roman, sensible et empathique, allait maintenant interpréter ses pensées involontaires comme une menace imminente.

« Non, Lady Seraphina, » intervint Maître Alistair, son regard pétillant d'une intelligence cachée. « La Duchesse Vance s'inquiétait simplement de la qualité du vin. Et de la noblesse du regard du Prince. »

Seraphina jeta un regard interrogateur à Elara, puis au Prince. « Le vin ? Et le regard du Prince ? » Elle semblait perplexe.

Elara sentit une nouvelle pensée surgir, une pensée qui, elle le savait, était une catastrophe sur pattes. « *Elle ne comprend rien. Elle est trop naïve. Elle pense que tout le monde est gentil. Si seulement elle savait que le Prince Theron est destiné à être mon ennemi juré. Et que je suis destinée à mourir par sa main. Quel cliché !* »

Seraphina cligna des yeux, son expression passant de la confusion à une profonde tristesse. Elle regarda le Prince Theron, puis Elara.

« Vous… vous pensez que je suis naïve ? » demanda Seraphina à Elara, sa voix tremblant légèrement. « Et vous pensez que le Prince Theron est… votre ennemi juré ? Et que… que vous allez mourir par sa main ? »

Elara se sentit fondre. C'était pire que ce qu'elle avait imaginé. Elle avait non seulement embarrassé le Prince, mais elle avait aussi blessé l'héroïne du roman, la femme qui était censée être sa rivale, mais qui, apparemment, était maintenant en train de la regarder avec compassion.

« Non ! Pas du tout ! » s'écria Elara, se tournant vers Seraphina, le désespoir dans sa voix. « C'est… c'est juste une histoire ! Une vieille histoire ! Une… une prophétie ! Ce n'est pas réel ! »

« Une prophétie ? » murmura Seraphina, son regard se posant sur Elara avec une nouvelle intensité. Elle semblait percevoir quelque chose au-delà des mots, quelque chose de douloureux et de désespéré.

Le Prince Theron, lui, observait la scène avec une curiosité grandissante. Il avait entendu les pensées d'Elara, bien sûr. Il avait entendu sa frustration, son désespoir, son cynisme. Mais il avait aussi entendu autre chose, quelque chose d'inattendu : une peur profonde, une lutte pour la survie.

« Duchesse Vance, » dit-il, sa voix plus douce maintenant, dénuée de toute moquerie. « Vous semblez… tourmentée. Cette prophétie… vous pèse-t-elle vraiment autant ? »

Elara le regarda, surprise par sa question. Personne ne lui avait jamais demandé comment elle se sentait. Personne ne lui avait jamais demandé si elle était effrayée. Ils étaient tous trop occupés à suivre le script.

« Oui, » murmura-t-elle, sa voix à peine audible. « Elle me pèse. Elle me pèse tellement que… que je ne peux plus respirer. »

Un silence empreint d'émotion s'installa. La dame de la cour, qui avait failli être la cible d'une boule de mie de pain, semblait presque avoir oublié son existence. Maître Alistair observait avec une attention renouvelée, comme s'il venait de découvrir une nouvelle pièce dans son jeu d'échecs.

Seraphina s'avança et posa une main douce sur le bras d'Elara. « Je… je comprends, » dit-elle doucement. « Parfois, les histoires que l'on nous raconte ne sont pas les nôtres. »

Elara la regarda, étonnée. Était-ce… de l'empathie ? De la compréhension ? De la part de celle qui était censée être sa rivale ?

« Mais… mais le destin… » commença Elara, sa voix remplie de doute.

« Le destin n'est pas une chaîne, Duchesse, » intervint Maître Alistair, sa voix résonnant avec une sagesse ancienne. « C'est une toile. Et parfois, il suffit d'un fil dérangé pour changer le motif tout entier. »

Elara regarda autour d'elle. Le Prince Theron, qui était censé être son ennemi juré, la regardait avec une curiosité bienveillante. Lady Seraphina, la douce héroïne, lui offrait un sourire plein de compassion. Et Maître Alistair, le sage conseiller, lui lançait un regard qui semblait dire : « Je sais. Et je peux aider. »

Peut-être que ses pensées audibles n'étaient pas une malédiction, mais une opportunité. Une chance de briser le script, de réécrire son propre destin. Certes, ce serait maladroit. Ce serait embarrassant. Ce serait probablement hilarant. Mais peut-être, juste peut-être, cela pourrait-il mener à une fin heureuse.

Alors qu'elle considérait cette nouvelle perspective, une pensée particulièrement audacieuse traversa son esprit, une pensée qui, elle le sentait, allait faire des vagues.

« *Bon, si je vais mourir de toute façon, autant m'assurer que ce soit avec panache. Et peut-être que je pourrais essayer de convaincre le Prince Theron qu'il est en fait un noble chevalier déguisé en prince, et que je suis la sorcière qui doit le délivrer de son sortilège. Ça pourrait être amusant.* »

Le Prince Theron écarquilla légèrement les yeux, un éclat d'amusement traversant son regard. Seraphina hocha la tête penssivement, comme si l'idée avait du sens. Maître Alistair laissa échapper un petit rire discret.

Elara sourit, un vrai sourire cette fois. La partie ne faisait que commencer, et elle avait le sentiment que ce serait une partie sacrément divertissante. Elle n'allait pas se contenter de survivre ; elle allait *vivre*. Et si cela impliquait de faire croire au Prince Theron qu'il était un chevalier maudit, alors soit. Elle était prête pour le spectacle.

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Manigances Maladroites - The Novel, My Second Chance | AI Book Craft