Chapter 2
Le Serment de la Survivante
Seule au milieu des ruines fumantes, Anna jura de ne pas abandonner. Son cœur brûlait d'une détermination nouvelle. Elle vondrait retrouver sa famille et libérer son peuple des griffes cruelles des envahisseurs.
Le vent, porteur d'une odeur âcre de fumée et de désespoir, caressait les joues d'Anna. Autour d'elle, les ruines de ce qui avait été son foyer n'étaient plus que des squelettes noircis de bois et de pierre, des cicatrices béantes sur le visage autrefois paisible du village. La cendre tourbillonnait comme une armée silencieuse, recouvrant tout de son voile grisâtre. Anna était seule. Seule parmi les décombres, seule avec le silence assourdissant des absents. Ses petits poings se serrèrent, ses ongles s'enfonçant dans la paume de ses mains. La peur, qui avait tenté de s'installer en elle, fut balayée par un torrent de rage et une détermination farouche. Non, elle n'allait pas céder. Pas maintenant. Pas jamais.
« Je vous retrouverai, » murmura-t-elle, sa voix rauque et tremblante, mais empreinte d'une force nouvelle. « Je vous sauverai. » Le serment résonna dans le vide, un écho fragile mais résolu. Ses yeux, autrefois pleins de la douceur de l'enfance, brillaient maintenant d'un feu intérieur, le reflet des flammes qui avaient tout consumé. Elle pensa à sa mère, à son père, à tous ces visages familiers qui avaient peuplé ses rêves. L'image de ces hommes aux visages durs, aux armures brillantes, traînant les siens, les réduisant en esclavage, se grava dans sa mémoire comme une blessure indélébile. Non, ce n'était pas une fin. C'était un commencement.
Anna se redressa, ses épaules fines mais tendues. Elle ne pouvait pas rester là, à pleurer sur les cendres. Il fallait agir. Mais comment ? Elle n'était qu'une jeune elfe, petite et sans défense face à la puissance de ces envahisseurs. Son regard tomba sur le sol, là où une forme étrange avait échappé aux flammes. C'était un morceau de bois, sculpté avec une finesse remarquable, qui semblait étrangement familier. Elle s'approcha prudemment et le ramassa. C'était une partie de la carte ancienne, celle que son grand-père, le gardien des savoirs du village, avait gardée secrète. Elle se souvenait des contes qu'il racontait, des légendes d'une forêt cachée, d'une magie ancestrale.
Une lueur d'espoir s'alluma dans son cœur. La carte. Peut-être contenait-elle la clé. Elle replia soigneusement le fragment dans sa tunique usée, le trésor le plus précieux qu'elle possédait désormais. Le soleil commençait à décliner, peignant le ciel de teintes orangées et pourpres, mais la beauté du crépuscule ne parvenait pas à apaiser la dévastation qui l'entourait. Il était temps de partir. De quitter ce lieu de douleur et de se lancer dans l'inconnu.
Elle fit quelques pas hésitants, puis se retourna une dernière fois. Le village n'était plus qu'une ombre, un fantôme de ce qu'il avait été. Une larme solitaire roula sur sa joue, mais elle l'essuya d'un revers de main. « Je reviendrai, » dit-elle au vent, plus fort cette fois, un murmure de promesse à l'intention des esprits de ses ancêtres.
Elle s'enfonça dans la forêt, les arbres épais se refermant derrière elle comme pour la protéger des horreurs qu'elle venait de quitter. La forêt, autrefois un lieu de sérénité et de jeux, semblait maintenant différente, plus sombre, plus mystérieuse. Chaque craquement de branche, chaque bruissement de feuilles, la faisait sursauter. Elle marcha pendant des heures, guidée par le fragment de carte et par une intuition profonde qui la poussait vers l'avant. Ses pieds étaient endoloris, sa gorge sèche, mais elle ne s'arrêta pas. La pensée de sa famille, de son peuple asservi, la poussait à continuer.
Alors que la nuit tombait complètement, transformant la forêt en un labyrinthe d'ombres mouvantes, Anna sentit une présence. Elle s'immobilisa, son cœur battant la chamade. Elle n'était pas seule. Une silhouette apparut au détour d'un sentier, se détachant sur le fond sombre des arbres. C'était un vieil elfe, sa barbe blanche descendant jusqu'à sa ceinture, ses yeux pétillant d'une sagesse millénaire. Il portait une robe simple, mais dégageait une aura de puissance tranquille.
« Je t'attendais, jeune Anna, » dit le vieil elfe, sa voix grave et douce comme le murmure d'un ruisseau. Anna le regarda, surprise et un peu effrayée. « Comment savez-vous mon nom ? Qui êtes-vous ? » « Je suis Maître Elmsworth, » répondit-il avec un léger sourire. « Et je connais le destin de ceux qui portent le feu de la résistance dans leur cœur. J'ai vu la destruction de ton village, petite. Et j'ai vu ta flamme ne pas s'éteindre. »
Il s'approcha d'elle, ses yeux scrutant son visage avec une intensité bienveillante. « La carte que tu portes, elle te mènera vers un lieu de grand pouvoir. Une forêt enchantée, cachée aux yeux des hommes, où réside une arme capable de repousser l'obscurité. » Anna sentit un frisson parcourir son échine. Une arme ? Elle pensa aux épées et aux arcs des envahisseurs, et se demanda ce qu'une elfe comme elle pourrait bien faire avec une arme. « Mais… je ne sais pas me battre, Maître Elmsworth. Je suis juste une elfe. » Le vieil elfe posa une main ridée sur son épaule. « La vraie force ne réside pas toujours dans le tranchant d'une lame, Anna. Parfois, elle se trouve dans le courage de chercher, dans la détermination de ne jamais abandonner. Cette arme, elle n'est pas seulement une arme. Elle est un symbole, une clé. Et elle ne peut être maniée que par un cœur pur et une volonté inébranlable. »
Il lui tendit une petite bourse en cuir. « Ceci te guidera sur ton chemin. Elle contient des provisions et une lumière qui ne s'éteint jamais. Va, Anna. Ta quête commence maintenant. La forêt enchantée t'attend. » Anna prit la bourse, le poids rassurant dans sa main. Elle sentit une nouvelle vague de courage l'envahir. « Je vous remercie, Maître Elmsworth. Je ne vous décevrai pas. » Le vieil elfe hocha la tête, ses yeux brillants de fierté. « Je le sais. Va, et que la magie ancienne te guide. »
Anna se retourna, le regard fixé sur l'obscurité devant elle, mais cette fois, ce n'était plus la peur qui la guidait, mais un espoir renouvelé et un serment gravé dans son âme. Elle savait que le chemin serait long et périlleux, mais elle n'était plus seule. Elle était Anna, la survivante, et elle portait en elle la promesse de la liberté pour son peuple. Avec un dernier regard vers le vieil elfe, qui se fondit bientôt dans les ombres, elle s'enfonça plus profondément dans la forêt, le fragment de carte serré contre son cœur, prête à affronter tout ce qui se dresserait sur son chemin. Le destin l'appelait, et elle y répondait avec la ferveur d'une lionne protégeant sa portée. Le combat pour la liberté de son peuple avait officiellement commencé.