Chapter 2
Première Rencontre Forcée
Enfermée, Kinberli fait face à Luk. Son charme et son intelligence la déconcertent, mais son esprit combatif refuse de céder. Elle le défie, prête à tout pour s'échapper.
La lumière, crue et artificielle, piquait les yeux de Kinberli alors qu'elle reprenait lentement conscience. Un léger bourdonnement résonnait dans ses oreilles, comme le murmure lointain d'une machine. Où était-elle ? La dernière chose dont elle se souvenait était le parfum entêtant de la nuit, le bruit sourd d'un coup derrière elle, puis le néant. L'air sentait le métal froid et une odeur étrange, un mélange d'ozone et de quelque chose de vaguement floral, mais de synthétique. Elle tenta de bouger, mais ses poignets étaient entravés, retenus par des liens doux mais fermes à une chaise. La panique, une vague glaciale, commença à monter en elle.
« Ah, la belle endormie s'est enfin réveillée ! » Une voix masculine, profonde et teintée d'une joie presque enfantine, résonna dans la pièce.
Kinberli tourna la tête, son regard balayant l'espace. Elle se trouvait dans ce qui ressemblait à un laboratoire, bien que différent de tout ce qu'elle avait jamais vu. Des écrans scintillaient de données complexes, des appareils aux formes étranges étaient disposés sur des tables immaculées, et des tubes de verre remplis de liquides colorés s'alignaient sur des étagères. Et puis, elle le vit.
Il se tenait à quelques pas, un sourire éclatant aux lèvres, ses yeux d'un bleu intense pétillant d'une curiosité insatiable. Il était grand, bâti avec une élégance athlétique, et ses cheveux d'un brun foncé, légèrement ébouriffés, semblaient capter la lumière. Il portait une blouse de laboratoire impeccable, mais sous celle-ci, elle pouvait apercevoir une chemise d'une couleur vive, presque audacieuse. Il dégageait une aura de puissance tranquille, mêlée à une excentricité palpable. Il était, elle devait l'admettre malgré elle, d'une beauté frappante.
« Où suis-je ? » demanda Kinberli, sa voix rauque, mais empreinte d'une détermination farouche. Elle ne lui donnerait pas la satisfaction de voir la peur la submerger.
L'homme s'approcha, ses mouvements fluides et assurés. Il s'arrêta devant elle, son regard la scrutant avec une intensité qui la mettait mal à l'aise. Ce n'était pas le regard salace d'un prédateur, mais plutôt celui d'un scientifique devant une découverte fascinante.
« Vous êtes dans mon sanctuaire, Dr. Kinberli. Mon laboratoire personnel. Et vous êtes… mon invité. Un invité très spécial. » Il fit une pause, son sourire s'élargissant. « Je suis Luk Sanfrecon. Enchanté. »
Kinberli renifla. « Enchantée ? Vous m'avez enlevée ! Vous appelez ça de l'hospitalité ? »
Luk haussa les épaules avec une légèreté déconcertante. « L'enlèvement, c'est un terme si… réducteur. Disons que j'ai organisé une rencontre. Une rencontre scientifique. Et, je dois dire, le hasard fait bien les choses. Vous êtes exactement ce que je recherchais. »
« Ce que vous recherchiez ? Et qu'est-ce donc ? Une cobaye récalcitrante ? » Les mots lui échappaient, chargés de sarcasme.
Il rit, un son clair et mélodieux. « Quelle perspicacité ! Mais ne vous inquiétez pas, je ne vous ferais aucun mal. Pas de mal, du moins, que vous ne puissiez supporter. Mon objectif est la connaissance, le progrès. Et vous, Dr. Kinberli, vous êtes la clé d'une découverte majeure. »
« Vous rêvez, Monsieur Sanfrecon. Je suis médecin. Je m'occupe des gens, je les soigne, je ne suis pas un rat de laboratoire. » Elle secoua ses poignets, tentant de se libérer.
« Ah, mais c'est là toute la beauté de la chose ! » s'exclama Luk, ses yeux brillants. « Votre profession, votre expertise, votre esprit vif… tout cela rend l'expérience encore plus intéressante. Imaginez ! Une intelligence médicale de pointe, mise au service de la découverte. Nous allons repousser les limites de ce que l'on sait. »
Kinberli le regardait, essayant de déchiffrer l'homme derrière le discours scientifique. Il y avait une sincérité dans son regard, une passion qui transparaissait, mais aussi une folie douce qui la glaçait. « Et si je refuse ? Si je ne veux pas participer à vos expériences ? »
« Oh, mais vous n'avez pas le choix, ma chère Kinberli. » Sa voix avait perdu un peu de sa légèreté, une nuance de fermeté sous-jacente. « Vous êtes ici. Et je ne peux pas vous laisser partir tant que le projet n'est pas achevé. »
Il s'approcha d'une console et tapota quelques touches. Un écran s'illumina, montrant une image de la ville, puis se focalisant sur un petit point rouge. « Voyez-vous ? Je suis très bien organisé. Votre disparition n'a soulevé aucun soupçon pour l'instant. Mais cela ne durera pas éternellement. »
Kinberli sentit un frisson parcourir son échine. Il était sérieux. Ce n'était pas une blague, pas une illusion. Elle était réellement prisonnière. Son cœur battit la chamade, mais elle se força à garder une façade impassible. Elle était médecin, habituée à garder son sang-froid face à l'urgence.
« Vous êtes un monstre », murmura-t-elle, mais sans conviction.
Luk soupira, une expression de légère déception traversant son visage. « Je regrette que vous me voyiez ainsi. Mon intention n'est pas de vous effrayer, mais plutôt de vous fasciner. De vous montrer la beauté de la science, le potentiel infini de l'esprit humain. » Il s'approcha d'elle à nouveau, son regard se adoucissant. « Vous avez un esprit brillant, Dr. Kinberli. Je l'ai vu dans vos articles, dans les conférences auxquelles j'ai assisté. J'ai admiré votre approche. Et c'est pourquoi je vous ai choisie. »
Il tendit une main vers elle, mais s'arrêta à quelques centimètres de son visage. « Permettez-moi de vous montrer. Permettez-moi de vous faire découvrir un monde que vous n'avez jamais imaginé. »
Kinberli détourna le regard. Elle ne pouvait pas céder à ce charme, à cette persuasion. C'était un piège. Un piège scientifique, certes, mais un piège quand même. Elle devait trouver un moyen de s'échapper.
« Je ne suis pas intéressée par vos ‘découvertes’, Monsieur Sanfrecon. Je veux rentrer chez moi. »
Luk retira sa main, une lueur de tristesse dans ses yeux. « Je comprends. Mais vous ne pouvez pas encore. » Il se retourna et se dirigea vers une autre partie du laboratoire. « Pendant que vous vous reposez, je vais préparer votre premier repas. J'espère que vous apprécierez. J'ai essayé de recréer votre plat préféré, d'après les informations que j'ai pu glaner. »
Kinberli le regarda s'éloigner, perplexe. Un plat préféré ? C'était une approche… inhabituelle pour un ravisseur. Elle se rappela les rares informations qu'elle avait pu entendre avant de perdre connaissance, des murmures sur des scientifiques excentriques, des laboratoires secrets. Ce Luk Sanfrecon semblait en faire partie.
Les jours qui suivirent furent une succession étrange de confrontations et de moments surréalistes. Luk Sanfrecon était un ravisseur atypique. Il ne la gardait pas dans une cellule sombre et humide, mais dans une pièce confortable, bien meublée, avec une large fenêtre donnant sur un jardin luxuriant, bien que protégé par des grilles invisibles. Il lui apportait ses repas, des mets délicats préparés avec un soin méticuleux, et prenait le temps de discuter avec elle.
« Alors, Dr. Kinberli, avez-vous pu réfléchir à ma proposition ? » demandait-il chaque jour, son sourire désarmant.
« Ma réponse est toujours la même, Monsieur Sanfrecon. Je veux partir. »
« Mais ce serait un tel gâchis ! » s'exclamait-il, le regard suppliant. « Nous pourrions accomplir de grandes choses ensemble. Imaginez les avancées dans le domaine de la médecine régénérative ! Ou peut-être la cure pour cette maladie rare qui vous tient tant à cœur… »
Il avait une façon de connaître des détails sur sa vie, sur ses recherches, sur ses aspirations. Comment faisait-il ? Il avait dû la surveiller pendant longtemps. Cette pensée la mettait en colère, mais aussi… intriguée. Il était évident que cet homme était d'une intelligence hors norme.
Un après-midi, alors qu'il lui présentait un nouveau schéma complexe sur un écran, Kinberli remarqua une petite hésitation dans sa voix, un léger rougissement sur ses pommettes.
« Vous semblez… un peu fatigué, Monsieur Sanfrecon », dit-elle, une pointe de curiosité dans la voix.
Il la regarda, surpris. « Fatigué ? Non, pas du tout. Je suis… euh… je suis juste très concentré. »
« Concentré au point de rougir ? » L'ombre d'un sourire effleura ses lèvres.
Luk s'agita, visiblement mal à l'aise. « C'est… c'est la lumière du projecteur. Elle est parfois… intense. »
Kinberli le regarda. Sa tentative de masquer sa gêne était presque touchante. Elle commença à voir au-delà du scientifique excentrique et du ravisseur. Il y avait une vulnérabilité cachée sous cette façade assurée.
« Vous savez », reprit-elle, sa voix plus douce, « vous pourriez simplement me demander ce que vous voulez vraiment. Sans passer par toutes ces… expériences. »
Luk la fixa, ses yeux bleus s'écarquillant légèrement. « Et qu'est-ce que vous croyez que je veux vraiment, Dr. Kinberli ? »
Elle haussa les épaules, un léger sourire aux lèvres. « Je ne sais pas. Peut-être juste… qu'on vous écoute ? Qu'on vous remarque ? »
Il resta silencieux un moment, son regard perdu dans celui de Kinberli. Le silence s'étira, rempli d'une tension nouvelle, différente de celle de la peur. C'était une tension chargée de questions non dites, de sentiments naissants.
Soudain, un bruit retentit dans le couloir, suivi d'un cri étouffé. Luk sursauta, son expression se transformant en alerte.
« Restez ici », dit-il, sa voix redevenue ferme. Il sortit rapidement de la pièce, laissant Kinberli seule avec ses pensées.
Elle se leva et s'approcha de la porte, tendant l'oreille. Elle entendit des voix basses, des bruits de lutte, puis un… plouf ? Qu'est-ce qui se passait ?
Luk revint quelques minutes plus tard, l'air un peu plus détendu, mais une trace d'agacement sur son visage.
« Qu'est-ce que c'était ? » demanda Kinberli.
« Rien d'important. Juste… un petit incident avec mon assistant. Il a renversé une éprouvette particulièrement volatile. Rien de grave, juste… un désordre à nettoyer. » Il jeta un coup d'œil vers elle, un léger sourire réapparaissant. « Vous semblez avoir un don pour créer des distractions, Dr. Kinberli. »
Kinberli haussa les sourcils. « Moi ? C'est vous qui avez un assistant qui renverse des éprouvettes. »
Il rit. « C'est vrai. Il est… dévoué, mais parfois un peu maladroit. Il essaie toujours de m'aider, mais il finit souvent par compliquer les choses. » Il s'approcha d'elle, son regard s'attardant sur ses yeux. « Mais vous, vous n'êtes pas maladroite. Vous êtes… fascinante. Et je crois que je commence à comprendre pourquoi. »
Kinberli sentit son cœur s'accélérer à nouveau. Son extérieur de glace commençait à montrer des fissures. Ce scientifique excentrique, avec son charisme lumineux et ses méthodes peu conventionnelles, commençait à faire fondre la glace autour de son cœur. Et cela, elle ne l'avait pas du tout prévu. La comédie de leurs erreurs amoureuses venait de commencer.