Chapter 4
Cuiabá, le Premier Visage de l'Enfer
Arrivée à Cuiabá, l'innocence de Maria est brutalement brisée. La rue devient son refuge, la faim sa compagne. Un restaurateur lui offre un repas contre des faveurs, prélude à sa descente dans le trafic de jeunes filles.
La poussière soulevée par les roues du camion s'accrochait à ses vêtements, à ses cheveux, à sa peau. Cuiabá. Le nom résonnait comme une promesse, un mirage dans le désert de son désespoir. Le camionneur, cet homme taciturne dont le visage buriné était une carte de routes parcourues, s'arrêta brusquement devant une station-service crasseuse, un îlot anonyme au milieu de l'immensité. « Voilà, ma petite. C'est ici que je te laisse. » Ses mots étaient aussi secs que la terre craquelée sous leurs pieds. Il n'y avait pas d'adieu, pas de conseil, juste une porte qui s'ouvrait sur un vide qui allait bientôt se peupler de toutes les horreurs qu'elle avait cherché à fuir.
Maria descendit, sa petite trousse serrée contre sa poitrine comme un trésor volé. Le garçon qu'elle était, celui qui avait tout quitté, s'effaçait pour laisser place à une ombre, une silhouette efflanquée et perdue. La station-service était un carrefour de vies anonymes, des visages indifférents qui défilaient sans la voir, sans la reconnaître. Elle était invisible, une épave échouée sur le rivage d'une ville qui ne lui disait rien. La peur, ce vieux compagnon de route, se fit plus pressante, plus insidieuse. Elle n'avait nulle part où aller, personne vers qui se tourner. La liberté qu'elle avait tant désirée se révélait être une prison aux barreaux invisibles, faite d'isolement et de vulnérabilité.
Les heures s'étirèrent, monotones et angoissantes. Le soleil de Cuiabá, implacable, tapait sur sa tête, asséchant ses lèvres, brûlant sa peau. La faim commença à se faire sentir, une morsure sourde dans son estomac vide. Les passants la regardaient parfois, un regard fugace, curieux, parfois dédaigneux. Personne ne s'arrêtait. Personne ne lui demandait ce qu'elle faisait là, seule, avec ses maigres possessions. Elle se sentait comme une petite bête égarée, attendant le coup de grâce.
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