Chapter 3
O Eco das Memórias Perdidas
Apesar de possuir uma capacidade de regeneração extraordinária, capaz de reconstruir seu próprio corpo em um ritmo quase inacreditável, Caio carrega feridas que nenhum poder é capaz de curar. Desde sua chegada a Fortaleza, estranhos flashes de memória começam a surgir sem aviso, interrompendo seus pensamentos nos momentos mais inesperados. Embora tenha nascido na cidade, ela lhe parece completamente desconhecida. As ruas, os prédios e até o cheiro da maresia despertam uma estranha sensação de familiaridade, como se parte de sua infância estivesse enterrada em algum lugar de sua mente. Aos poucos, fragmentos desconexos de lembranças começam a emergir: o sorriso de seus pais, vozes distantes, uma casa que já não existe e o momento em que sua família lhe foi arrancada. Sem compreender por que essas memórias permaneceram adormecidas por tantos anos, Caio passa a questionar o próprio passado. Enquanto tenta desvendar a verdade por trás da perda de sua família, ele percebe que as respostas podem estar escondidas justamente na cidade que um dia chamou de lar.
Malgré une capacité de régénération extraordinaire, capable de reconstruire son propre corps à un rythme presque incroyable, Caio porte des blessures qu'aucun pouvoir ne peut guérir. Depuis son arrivée à Fortaleza, d'étranges éclairs de mémoire surgissent sans prévenir, interrompant ses pensées aux moments les plus inattendus.
Bien qu'il soit né dans cette ville, elle lui semble totalement inconnue. Les rues, les bâtiments et même l'odeur de la brise marine éveillent une étrange sensation de familiarité, comme si une partie de son enfance était enfouie quelque part dans son esprit. Peu à peu, des fragments décousus de souvenirs commencent à refaire surface : le sourire de ses parents, des voix lointaines, une maison qui n'existe plus et le moment où sa famille lui a été arrachée.
Sans comprendre pourquoi ces souvenirs sont restés endormis pendant tant d'années, Caio commence à interroger son propre passé. Alors qu'il tente de découvrir la vérité derrière la perte de sa famille, il réalise que les réponses pourraient se cacher précisément dans la ville qu'il a un jour appelée son foyer.
***
Le soleil de l'après-midi frappait la vitre du bureau avec une insistance presque agressive, projetant des rectangles de lumière aveuglante sur le sol blanc immaculé. Caio déglutit, le regard perdu dans le mouvement de va-et-vient des employés dans le couloir extérieur. Chaque coin de cette agence, chaque battement de cœur de cette ville, résonnait en lui d'une manière étrange, comme une mélodie oubliée qu'il peinait à se remémorer. Fortaleza. Le nom seul prenait une nouvelle dimension depuis qu'il y avait posé le pied. Il y était né, disait-on. Mais cette ville, avec son air salin chargé de promesses et ses ombres menaçantes tapies dans les ruelles, lui était aussi étrangère qu'une étoile lointaine.
Il se masa les tempes, sentant la pression s'intensifier. Les éclairs. Ils étaient de plus en plus fréquents. Un rire. Un parfum subtil de jasmin. Une main tendue, trop petite pour être la sienne. Des bribes, des fragments qui ne formaient aucune image cohérente, mais qui laissaient une empreinte persistante dans son esprit, un écho lancinant de ce qui avait été. Le jour où sa famille avait disparu... Le vide. Un trou noir dans sa mémoire, aussi béant qu'insondable. Il savait qu'il avait perdu ses parents, ses frères et sœurs peut-être, mais le visage, le son de leur voix, l'étreinte d'un père, tout cela s'était évaporé, emporté par un vent invisible. Seul le corps gardait la trace, cette régénération fulgurante qui lui permettait de renaître de ses cendres, à chaque fois. Mais les blessures de l'âme, celles-là, étaient gravées ailleurs, dans un endroit inaccessible.
« Tu as l'air ailleurs, Caio. »
La voix de Théo, toujours aussi posée, le tira de sa torpeur. Le jeune homme avait pris l'habitude de surgir ainsi, comme une ombre familière dans le tourbillon de ses pensées. Il s'appuyait contre le chambranle de la porte, un sourire en coin qui n'atteignait pas tout à fait ses yeux. Il y avait là une observation silencieuse, une curiosité qu'il ne cherchait pas à dissimuler.
« Juste... en train de réfléchir », répondit Caio, essayant de masquer le trouble qui l'habitait. « Cette ville... elle me dit quelque chose. Mais je n'arrive pas à mettre le doigt dessus. »
Théo hocha lentement la tête, son regard balayant le bureau avant de revenir sur Caio. « C'est normal. Fortaleza te colle à la peau, même quand tu ne t'en souviens pas. Elle a une manière de s'infiltrer. » Il fit un pas à l'intérieur, sa silhouette élancée projetant une ombre plus longue. « Les souvenirs, ça revient par vagues. Parfois, c'est un détail, une odeur, une musique. Et puis, tout à coup, le passé te saute à la gorge. »
Caio sentit une pointe d'agacement monter en lui. Théo parlait de ces éclairs comme s'il connaissait leur mécanique intime. « Tu as l'air de savoir de quoi tu parles. »
Un rire bref et sec. « Je suis là depuis plus longtemps que toi, Martins. J'ai vu des choses. Entendu des choses. Les gens ici ont des histoires compliquées. Et toi, tu es une énigme. » Il s'approcha davantage, sa voix baissant d'un ton. « Tu te régénères comme un monstre, tu te bats comme un démon. Mais tu as ce regard... comme si tu cherchais quelque chose que tu as perdu. »
Le cœur de Caio se serra. C'était précisément cela. Il était un chercheur dans un labyrinthe dont il ne connaissait même pas les murs. « Je cherche des réponses, Théo. Sur ce qui s'est passé. Sur ma famille. »
« Les réponses, elles sont rarement là où on les attend », murmura Théo, son regard s'attardant une fraction de seconde sur une photo accrochée au mur. Une photo de Yelena Bridge, rayonnante, entourée de ses agents les plus méritants. « Parfois, elles sont cachées sous nos pieds. Parfois, elles sont dans les yeux de ceux qui nous regardent. »
Caio sentit une légère chaleur monter à sa peau, un picotement diffus qu'il ne parvenait pas à expliquer. Il interprétait cela comme une réaction au stress, aux émotions qui le submergeaient. « Et toi, qu'est-ce que tu cherches, Théo ? »
Le sourire de Théo s'élargit, mais ses yeux restaient impénétrables. « Moi ? Je cherche à survivre. Et peut-être... à comprendre pourquoi on est censés être des héros, mais qu'on passe notre temps à nettoyer les dégâts. » Il se redressa, sa posture redevenant celle d'un soldat prêt à l'action. « Viens. J'ai entendu dire que Víbora avait été repéré dans le quartier du port. La capitaine veut qu'on y jette un œil. »
Le nom de Víbora résonna en Caio avec une familiarité dérangeante. Le vilain dont l'origine était si floue, si absurde, qu'il était devenu une sorte de légende urbaine. Un fantôme dans les rapports officiels, un cauchemar pour les citoyens. Et maintenant, une mission. Une occasion peut-être de mettre ses compétences à l'épreuve, de canaliser cette énergie brute qui grondait en lui.
***
Le quartier du port était un monde à part. L'odeur âcre du poisson se mêlait à celle de la rouille et du mazout, une cacophonie olfactive qui agressait les narines. Les entrepôts délabrés se succédaient, leurs façades grises décrépies témoignant d'un passé industriel révolu. Le soleil, plus bas sur l'horizon, projetait des ombres longues et inquiétantes, transformant chaque recoins en un abri potentiel pour les dangers.
Caio et Théo progressaient avec prudence, leurs sens en alerte. La présence de Víbora signifiait la violence, la destruction. L'agence avait appris à ne pas sous-estimer ce vilain dont la signature était la cruauté gratuite.
« On dit qu'il a une peau comme du cuir, impossible à percer », murmura Théo, sa voix à peine audible par-dessus le bruit des vagues s'écrasant sur les quais. « Et qu'il utilise des lames comme des griffes. »
Caio sentit la chaleur familière monter dans ses membres, une anticipation électrique. C'était dans ces moments-là qu'il se sentait le plus vivant, le plus lui-même. La peur était là, mais elle était étouffée par une sorte de faim, une soif de confrontation.
Ils contournèrent un conteneur rouillé, leurs pas résonnant sur le béton fissuré. Soudain, un bruit sec, un sifflement aigu, fusa de l'obscurité. Une ombre bondit, plus rapide qu'un éclair, ses membres s'étirant avec une agilité surnaturelle. Víbora.
Il était encore plus terrifiant que les rumeurs ne le décrivaient. Un corps décharné, drapé dans des vêtements sombres et déchirés, ses yeux brillant d'une lueur malsaine dans l'ombre de son visage. Et ces mains... Des griffes longues et acérées, qu'il maniait avec une aisance déconcertante.
« Des petits héros venus jouer ? » cracha Víbora, sa voix rauque et sifflante. « Vous ne savez pas à qui vous avez affaire. »
Sans autre avertissement, il se jeta sur eux. Caio réagit instinctivement. Son corps se mouut, anticipant l'attaque. Il esquiva le premier coup de griffe qui aurait pu lui ouvrir le flanc, sentant l'air siffler à quelques centimètres de sa peau. Théo, à ses côtés, ripostait avec une précision chirurgicale, ses mouvements fluides et calculés.
Le combat était d'une violence inouïe. Víbora se déplaçait avec une vitesse stupéfiante, ses griffes laissant des sillons dans le métal et le béton. Caio sentait la douleur fulgurante lorsque l'une des lames effleurait sa peau, mais la sensation disparaissait presque aussitôt, remplacée par le picotement familier de sa régénération. Il se concentrait sur les mouvements de son adversaire, essayant de déceler une faille, une ouverture.
C'est alors qu'il la vit. Une trace discrète sur le bras de Víbora, juste au-dessus de son coude. Une cicatrice. Elle n'était pas le résultat d'une blessure de combat. Elle était nette, précise, chirurgicale. Un détail incongru sur ce monstre déchaîné.
« Théo ! » cria Caio, sa voix empreinte d'une urgence nouvelle. « Regarde son bras ! »
Théo, occupé à parer une attaque dévastatrice, jeta un coup d'œil rapide. Son regard se figea un instant, une lueur de surprise traversant ses yeux. Mais il n'eut pas le temps de réagir. Víbora, sentant leur attention détournée, profita de l'instant.
Il se projeta en avant, ses griffes visant directement le visage de Caio. Caio n'eut pas le temps de se protéger. L'impact fut brutal. Une douleur fulgurante lui traversa la joue. Il sentit quelque chose de chaud couler sur son visage. Du sang. Pour la première fois depuis son arrivée à Fortaleza, il sentait réellement une blessure.
Mais avant que la douleur ne puisse s'installer, la chaleur familière monta en lui, plus intense que jamais. Il sentit sa peau se resserrer, la déchirure se refermer. C'était comme si la blessure était effacée avant même d'avoir le temps de laisser une marque.
Víbora recula, un rictus de surprise sur ses lèvres décharnées. « Impossible… »
Caio se redressa, la joue intacte. Le sang, qui avait coulé quelques secondes auparavant, avait disparu. Il sentit une colère sourde monter en lui, une colère dirigée non pas contre Víbora, mais contre cette sensation d'être une énigme pour lui-même. Cette cicatrice. Pourquoi était-elle là ? Et pourquoi personne d'autre ne semblait la remarquer, ou vouloir la remarquer ?
« Tu n'es pas comme les autres », murmura Caio, son regard fixé sur la trace indélébile sur le bras de Víbora. « Il y a quelque chose qui ne colle pas. »
Víbora sembla se figer un instant, comme s'il venait de recevoir un coup inattendu. Puis, un rire sec et glacial éclata. « Tu crois ça, petit héros ? Tu crois vraiment que tu as compris quelque chose ? » Il fit un pas en arrière, disparaissant dans les ombres des entrepôts. « Ce n'est que le début. Le début de la fin pour toi. »
Caio voulut le poursuivre, mais Théo le retint par le bras. « Laisse-le. Il est trop dangereux ici. »
Le regard de Théo était grave, plus intense que d'habitude. « Cette cicatrice… C'est étrange. »
Caio hocha la tête, sa gorge serrée. L'adrénaline du combat s'estompait, laissant place à une angoisse sourde. Il n'avait pas seulement affronté un vilain. Il avait entrevu une fissure dans le mur de cette réalité qu'on lui imposait. Une fissure qui portait le nom de Víbora, et qui résonnait avec l'écho de ses propres souvenirs perdus. La cicatrice chirurgicale. Elle était la première pièce d'un puzzle qu'il n'avait pas encore commencé à assembler. Et il sentait, au plus profond de lui, que cette pièce mènerait à d'autres, de plus en plus sombres, de plus en plus dérangeantes. Le monde qu'il pensait connaître commençait à s'effriter, révélant des contours inquiétants qu'il ne pouvait plus ignorer. La ville de son enfance, il devait y retourner. Pas seulement pour trouver les réponses sur sa famille, mais pour comprendre la nature de cette cicatrice, et ce qu'elle signifiait pour lui.