Chapter 1

Les Premiers Souffles à Pointe-Noire

Chapitre 1 : Naissance d'Ondongo Ngokaba Rhode Chancel le 21 décembre 1985 à Pointe-Noire. Dernier d'une fratrie de sept, il grandit dans une famille aimante, découvrant les joies simples de l'enfance, entouré de ses frères et sœurs.

8 min read

Les premiers souffles d'Ondongo Ngokaba Rhode Chancel retinrent l'air frais et salin de Pointe-Noire, le 21 décembre 1985. Il naquit sous le ciel généreux du Congo, dernier né d'une fratrie déjà nombreuse, sept âmes qui illuminaient le foyer familial. Dans cette maison, où le rire des aînés résonnait comme une douce musique, le petit dernier fut accueilli avec une tendresse qui enveloppait chaque instant. Ses premiers jours furent bercés par les murmures de ses parents, par la chaleur des bras de sa mère, Henriette, dont le regard pétillait d'un amour inconditionnel, et par la présence rassurante de son père, un pilier discret mais solide.

L'enfance d'Ondongo fut une mosaïque de moments simples, tissée de jeux partagés dans la cour, de courses folles sur les sentiers poussiéreux, et de récits inventés sous le grand manguier qui ombrageait leur demeure. Il grandit au milieu de ses frères et sœurs, apprenant les joies de la camaraderie, les petites querelles vite oubliées, et la force inestimable des liens familiaux. Chaque jour apportait son lot de découvertes, de couleurs vives et de parfums enivrants. Les journées s'écoulaient au rythme doux des vagues qui venaient mourir sur les rives de Pointe-Noire, un écho lointain des histoires que lui racontait son père, des voyages imaginaires qui ouvraient son esprit à un monde infini.

Les repas étaient des moments de partage, où les conversations s'entremêlaient aux éclats de voix, où les plats simples mais copieux réchauffaient les cœurs. Ondongo, le benjamin, observait avec fascination le ballet incessant de sa famille, chacun trouvant sa place, son rôle, dans cette grande symphonie de vie. Il aimait se blottir contre sa mère, sentir la douceur de sa peau, écouter le battement régulier de son cœur, une mélodie rassurante qui le protégeait du monde extérieur. Son père, quant à lui, était une présence rassurante, un roc sur lequel il pouvait s'appuyer. Ses mains fortes et calmes lui apprenaient à distinguer les étoiles dans le ciel nocturne, à nommer les oiseaux qui gazouillaient dans les arbres.

Les années s'égrènent doucement, chaque saison apportant son lot de nouvelles expériences. L'école Gaston Lénda fut le théâtre de ses premiers apprentissages. Les lettres et les chiffres commencèrent à prendre forme, ouvrant les portes d'un univers nouveau, celui de la connaissance. Il y découvrit l'amitié, les rires partagés avec ses camarades, les jeux inventés à la récréation, les premiers secrets confiés à voix basse. Les enseignants, avec patience et bienveillance, guidaient ses pas sur le chemin de l'éducation, semant les premières graines de sa curiosité insatiable.

Pourtant, au milieu de ces joies enfantines, une ombre commença à se profiler, une ombre qui allait bientôt engloutir la lumière. L'année 1994 marqua un tournant funeste dans la vie d'Ondongo. Il n'avait que neuf ans, l'âge où l'innocence devrait régner sans partage, lorsqu'il reçut la nouvelle qui allait briser son monde. Son père, ce pilier de force et d'amour, disparut, emporté par un destin implacable. La nouvelle tomba comme un couperet, laissant derrière elle un vide béant, une douleur sourde qui s'insinua dans chaque recoin de leur maison.

Le monde d'Ondongo bascula. Les rires s'éteignirent, remplacés par des silences lourds de chagrin. La maison, autrefois vibrante de vie, devint un lieu empreint de tristesse. La perte de son père ne fut pas seulement un deuil, ce fut le début d'une période de souffrance atroce, une épreuve qui allait tester la résilience de toute la famille. Les difficultés financières, jusque-là contenues par la présence rassurante du chef de famille, devinrent soudainement écrasantes. L'absence de son mari plongea Henriette dans un combat acharné pour assurer la survie de ses sept enfants.

Ondongo, encore enfant, sentit le poids de cette nouvelle réalité peser sur ses frêles épaules. Les repas se firent plus maigres, les vêtements plus usés, les soucis plus nombreux. La faim, cette compagne indésirable, commença à faire partie de leur quotidien. Il se souvient encore, avec une clarté glaçante, des moments où l'estomac criait famine, où le simple fait de penser à un repas chaud suffisait à provoquer des crampes douloureuses. La nourriture, autrefois abondante, devint un luxe rare, un trésor qu'il fallait chercher avec acharnement.

C'est dans ce contexte désespéré que le courage et la détermination d'Henriette prirent toute leur ampleur. Cette femme, que la vie avait pourtant éprouvée, se révéla être un roc inébranlable. Elle se battit avec une force surhumaine, multipliant les petits boulots, vendant ce qu'elle pouvait, mendiant parfois, tout cela pour nourrir ses enfants, pour leur offrir un semblant de normalité au milieu du chaos. Ses mains, autrefois douces, devinrent calleuses à force de travail, mais son regard ne perdit jamais sa lueur d'amour et d'espoir.

Ondongo la regardait faire, fasciné par sa force, ému par ses sacrifices. Il voyait les cernes sous ses yeux, la fatigue qui plissait son visage, mais il voyait surtout cette flamme inextinguible qui l'animait. Elle était son guide, son modèle, son ancrage dans ce monde devenu si incertain. Elle lui apprenait, par l'exemple, que même dans les moments les plus sombres, il était possible de trouver la lumière, de puiser dans ses ressources intérieures pour surmonter l'adversité.

Les privations étaient extrêmes. Il y eut des jours, des semaines même, où la nourriture se faisait si rare qu'il fallait faire preuve d'une ingéniosité désespérée pour survivre. Ondongo se souvient d'avoir, un jour, le ventre vide, fouillé une poubelle à la recherche de restes, de galettes que d'autres auraient jetées, mais qui représentaient pour lui une chance infime de calmer la faim dévorante. Ce souvenir, empreint de honte et d'humiliation, est gravé à jamais dans sa mémoire, un témoignage silencieux des profondeurs de la souffrance qu'il a traversées. Mais même dans cet acte de désespoir, il y avait une lueur de détermination, une volonté farouche de ne pas se laisser abattre.

Malgré ces épreuves, la flamme de l'espoir ne s'éteignit jamais complètement. Le soutien indéfectible de sa mère fut le moteur qui permit à Ondongo de continuer. Elle ne laissait jamais ses enfants perdre de vue la valeur de l'éducation. L'école, malgré les difficultés, restait un sanctuaire, un lieu où ils pouvaient échapper à la dure réalité du quotidien, où l'on pouvait encore rêver d'un avenir meilleur.

Le collège A.A. Neto à Brazzaville marqua une nouvelle étape dans son parcours scolaire. La ville, plus grande, plus animée, offrait de nouvelles perspectives, mais aussi de nouveaux défis. Les sacrifices de sa mère redoublèrent d'intensité pour lui permettre de continuer ses études. Chaque livre acheté, chaque uniforme confectionné, était le fruit d'un effort colossal, d'une abnégation qui ne cessait d'émouvoir Ondongo. Il redoublait d'efforts, conscient du prix de chaque opportunité qui lui était offerte. Les leçons apprises à l'école résonnaient avec une force particulière, celles de la persévérance, de la discipline, et surtout, de l'importance de ne jamais renoncer à ses rêves.

Puis vint le lycée Thomas Sankara, toujours à Brazzaville. Les années lycéennes furent une période de consolidation, où Ondongo affirma sa détermination. Il voyait dans ses études non seulement une voie vers une vie meilleure, mais aussi un moyen de rendre hommage à son père, dont il chérissait le souvenir, et de récompenser les sacrifices incommensurables de sa mère. Les difficultés étaient toujours présentes, la faim parfois encore une compagne fidèle, mais la volonté de s'en sortir était devenue plus forte que tout.

Il se souvient des moments où, le soir, après de longues journées d'études, il s'endormait le ventre vide, mais le cœur rempli d'une détermination farouche. Il rêvait d'un avenir où la faim ne serait qu'un lointain souvenir, où sa famille ne connaîtrait plus jamais les affres de la précarité. Ces rêves étaient son carburant, sa force motrice.

Aujourd'hui, Ondongo Ngokaba Rhode Chancel a grandi. Les ombres du passé ne l'ont pas brisé, elles l'ont forgé. Les épreuves qu'il a traversées ont fait de lui l'homme qu'il est devenu : un homme résilient, déterminé, aimant, et profondément reconnaissant. Il vit désormais avec sa femme, Arianne Denive Tchicaya, qui partage sa vie, ses joies et ses peines, et leurs deux enfants, Ethan et Colombe, qui sont le rayon de soleil de leur foyer.

La vie lui a souri, et il a su saisir sa chance. Il est aujourd'hui le PDG de son entreprise, SOCOPRES Services, une réussite qui témoigne de sa persévérance et de son travail acharné. Il n'a jamais oublié d'où il venait, les moments où la survie était le seul objectif. Cette expérience a forgé en lui une profonde empathie, une compréhension des luttes des autres.

En regardant sa famille, en pensant à tout le chemin parcouru, Ondongo ressent une immense gratitude. Gratitude envers sa mère, Henriette, dont l'amour et le sacrifice ont été le socle de sa résilience. Gratitude envers ceux qui l'ont soutenu, même dans les moments les plus difficiles. Gratitude pour la vie elle-même, pour cette seconde chance qu'il a su saisir à bras-le-corps. Son parcours, marqué par la douleur et la privation, est aujourd'hui une source d'inspiration, un témoignage vivant de la capacité de l'esprit humain à surmonter les épreuves les plus rudes, à transformer la souffrance en force, et à bâtir un avenir meilleur. Le petit garçon qui ramassait des galettes dans une poubelle est devenu un homme accompli, un entrepreneur visionnaire, un père aimant, un pilier pour sa famille, portant en lui les cicatrices de son passé, mais surtout, la lumière de son avenir.

✦ ✦ ✦