Chapter 2
L'Appel de l'Aventure
Marwa, loyale amie, reçoit les messages de Salwa. L'idée de l'aider et de partager ce voyage audacieux l'enflamme. Elle décide de rejoindre Salwa, prête à tout.
Le téléphone de ma mère vibrait sous ma main, une petite boîte de plastique lumineuse dans la pénombre de ma chambre. Chaque notification était un battement de cœur accéléré, une promesse venue d’ailleurs. Salwa. Son nom s’affichait en lettres vertes, et mon propre cœur se serrait d’une excitation mêlée d’une pointe d’appréhension. Elle était partie. Partie pour cette aventure dont nous parlions depuis si longtemps, depuis que les murs gris de notre ville semblaient se refermer sur nos rêves.
« Marwa, tu es là ? »
Ses mots, courts et urgents, piquaient ma curiosité. Je tapotai une réponse hâtive, le souffle court. « Toujours là. Raconte-moi tout. Est-ce que… est-ce que ça s’est passé comme prévu ? »
La réponse tarda un peu, le temps que mon esprit s’emballe. Et si quelque chose avait mal tourné ? Et si sa mère s’était réveillée ? Et si… Mais Salwa n’était pas du genre à abandonner. Elle avait cette flamme en elle, cette détermination qui pouvait déplacer des montagnes. Et puis, il y avait ce petit secret. Le téléphone. Elle l’avait volé. Un acte audacieux, presque criminel, mais Salwa avait justifié ça par l’absolue nécessité. « Comment je pourrais te dire où je vais, comment je suis, sans pouvoir te contacter, Marwa ? C’est notre ligne de vie, notre seul lien avec l’avenir. »
« Oui, oui, c’est bien moi. Je suis… dehors. Loin. La rue est déserte, il fait nuit. J’ai le téléphone de maman. Elle dort. Je crois. »
Je me mordis la lèvre inférieure. La mère de Salwa. Une femme forte, qui travaillait sans relâche pour leur foyer. J’espérais qu’elle ne se réveillerait pas trop vite. J’espérais surtout que Salwa savait ce qu’elle faisait.
« Et ? Tu es où exactement ? Tu as réussi à prendre un bus ? Un taxi ? » mes doigts volaient sur l’écran, impatients de connaître les détails.
« Je… je ne sais pas trop. J’ai pris le premier bus qui allait dans la direction que tu m’as dit. Celui qui va vers le nord. J’ai juste… je suis montée. J’ai mis mon peu d’argent dans la caisse. J’espère que ça suffira pour aller loin. Très loin. »
Mon cœur fit un bond. Elle était sur la route. Seule. L’idée me traversa l’esprit comme un éclair : et si je la rejoignais ? Ce rêve, c’était aussi le mien. L’aventure, la découverte, une vie différente. Salwa avait toujours été celle qui osait, celle qui rêvait le plus grand. Et moi, j’étais celle qui la soutenait, celle qui mettait un peu de raison dans ses élans. Mais cette fois, la raison semblait bien fade face à l’appel de l’inconnu.
« Salwa, écoute. Je… je pense que je vais venir te rejoindre. »
La réponse fut immédiate, un flot de mots qui déferla sur l’écran. « Quoi ? Tu es sérieuse ? Mais comment ? Tu as de l’argent ? Ton père et ta mère ? »
« J’ai économisé. Je te le disais bien que ces quelques pièces allaient servir un jour. Et pour mes parents… je leur laisserai un mot. Je leur dirai que je pars chercher une meilleure vie. Ils comprendront. Ils savent que je ne suis pas faite pour rester ici. Et toi, tu as besoin de moi, non ? Pour ne pas être seule dans ce… ce grand voyage. »
Je sentis sa joie virtuelle me traverser, une énergie palpable qui me donnait des ailes. Elle m’envoya des émojis de cœurs et de fusées.
« Oh Marwa, tu es la meilleure ! Je savais que tu viendrais ! On va y arriver, ensemble ! J’ai hâte de te voir ! »
La nuit était tombée, lourde et familière, mais pour moi, elle portait désormais la promesse d’une échappée. J’ouvris ma petite boîte à secrets, celle où je gardais mes maigres économies, les pièces que j’avais mises de côté en renonçant à tant de petites choses. C’était peu, si peu, mais suffisant pour un premier pas. Je pris un bout de papier et un crayon. « Chers parents, je pars à la recherche d’un avenir meilleur. Ne vous inquiétez pas pour moi. Je vous aime. Salwa m’attend. » J’hésitais. Fallait-il leur dire Salwa ? Oui, après tout, elle était ma meilleure amie, et ce voyage était autant le sien que le mien. Je rajoutai : « Je vous embrasse fort, votre fille qui vous aime, Marwa. »
Je me glissai hors de la maison comme une ombre. L’air de la nuit était frais, portant l’odeur familière de la poussière et des épices des étals du marché. Mais ce soir, cette odeur semblait différente, comme une invitation à me dépasser. Je me dirigeai vers le terminus du bus, là où Salwa m’avait dit qu’elle prendrait le sien. L’attente fut longue, ponctuée de murmures et de bruits lointains. Chaque silhouette qui passait me faisait sursauter. Et puis, au loin, une forme familière. Salwa. Elle était là, assise sur un banc, son petit sac à ses pieds, le visage illuminé par la faible lumière d’un lampadaire.
« Salwa ! »
Elle se retourna, un sourire immense illuminant son visage. Elle se leva d’un bond et courut vers moi. Nous nous serrâmes fort, nos deux âmes se reconnaissant dans cette nuit d’encre.
« Tu es là ! Je n’y croyais pas ! » murmura-t-elle contre mon épaule.
« Je suis là », répondis-je, sentant l’adrénaline monter. « Prête pour l’aventure ? »
Elle hocha la tête, ses yeux pétillant d’une joie contagieuse. « Plus que jamais. »
Nous nous assîmes côte à côte sur le banc, le silence s’installant entre nous, un silence chargé de tout ce que nous n’avions pas encore vécu. Le téléphone de sa mère, posé sur le banc entre nous, semblait être la clé de notre liberté, le sésame qui nous ouvrirait les portes d’un monde nouveau.
« Et maintenant ? » demandai-je, ma voix un peu tremblante.
« Maintenant, on attend le prochain bus, celui qui va vraiment loin », dit Salwa, un sourire malicieux aux lèvres. « Celui qui nous emmène vers notre nouvelle vie. »
Elle me tendit le téléphone. « Lis le dernier message. »
Je pris l’appareil, le cœur battant la chamade. Le message de Salwa était court, mais il contenait une promesse. « Je suis à la station. Le prochain bus arrive dans une heure. Il va vers la grande ville. Reste cachée. Je te rejoins là-bas. J’ai trouvé un moyen de faire un peu d’argent. On va y arriver, Marwa. Ensemble. »
Mon esprit se mit à courir. Un moyen de faire de l’argent ? Salwa, toujours aussi débrouillarde. Je lui fis confiance. Je lui fis confiance aveuglément. Et c’était ça, notre force.
« Elle est incroyable », dis-je en lui rendant le téléphone. « Elle trouve toujours une solution. »
« C’est pour ça qu’on est amies », répondit Salwa, son regard plongé dans le mien. « On se complète. Toi, tu es celle qui pense, qui planifie. Moi, je suis celle qui ose, qui agit. Et ensemble… on est capables de tout. »
Nous restâmes là un long moment, à regarder le ciel étoilé, chaque étoile semblant murmurer des promesses de lendemains meilleurs. L’air était doux, mais une légère brise venait nous rafraîchir, comme un souffle d’espoir venu du lointain. Le voyage ne faisait que commencer, et déjà, il était semé d’embûches, de décisions audacieuses, de cette touche d’impulsivité qui nous caractérisait. Mais c’était notre voyage, notre aventure. Et nous allions la vivre, coûte que coûte. J’avais le sentiment que ce voyage allait nous changer, nous tester, nous faire grandir. Et je savais, au plus profond de moi, que quelle que soit l’issue, notre amitié serait la plus belle des récompenses. La mère de Salwa, avec son téléphone, avait involontairement déclenché notre épopée. Et même si je savais qu’elle serait peut-être inquiète, j’espérais qu’un jour, elle comprendrait. Qu’elle serait fière de nous. Ou du moins, qu’elle nous pardonnerait. L’heure du bus approchait. L’aventure nous appelait. Et nous étions prêtes.