Chapter 10
La Menace Intérieure
Elara comprend que la Force Obscure n'est pas extérieure, mais s'est infiltrée dans l'orphelinat, utilisant ses failles et ses secrets. La véritable bataille commence dans les esprits.
Le froid ne venait plus seulement des vieilles pierres de l'orphelinat, ni des courants d'air qui s'insinuaient par les fissures des fenêtres. Il émanait désormais d'une présence, une ombre insidieuse qui s'était glissée dans les interstices de la vie quotidienne, tordant les rires en murmures inquiets, et les jeux en regards fuyants. Elara le sentait, un frisson familier qui n'avait rien à voir avec la saison, mais tout à voir avec cette sensation grandissante d'être observée, non plus par les autres enfants, mais par quelque chose d'infiniment plus ancien et plus patient.
Les jours précédents avaient été une succession de cauchemars éveillés. La disparition de la poupée de chiffon de petite Marie, retrouvée plus tard dans le grenier, les membres arrachés et disposés en un cercle macabre. Le grincement des planchers dans les dortoirs vides, un son qui semblait suivre Elara jusque dans ses rêves. L'eau du robinet qui se transformait parfois en un filet de boue sombre avant de redevenir limpide. Chaque incident, aussi mineur soit-il, alimentait la méfiance qui pesait sur elle comme une chape de plomb. Les autres orphelins, autrefois simplement indifférents, la regardaient désormais avec une hostilité ouverte, leurs chuchotements se transformant en accusations voilées. « C'est elle », disaient-ils, « elle fait ça. »
Mère Supérieure Agathe, quant à elle, veillait au grain. Ses yeux, d'un bleu-gris perçant, ne quittaient jamais Elara. Ils scrutaient sa moindre réaction, son moindre geste, comme si elle cherchait à déceler une preuve tangible de la culpabilité de la jeune orpheline. Pourtant, lorsque les incidents survenaient, la Mère Supérieure n'adressait jamais de reproches directs à Elara. Elle se contentait de soupirer, de secouer la tête avec une tristesse feinte, et de prononcer des paroles énigmatiques sur la fragilité de l'esprit humain, sur les ombres qui pouvaient s'y loger. « Le mal est partout, ma petite », avait-elle murmuré un soir, en lui tendant son bol de soupe tiède, « mais il commence souvent par se nicher dans nos propres cœurs. »
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