Chapter 2

Échos d'un Passé Perdu

Guidée par des fragments de rêves et une intuition profonde, Lyra quitte la forêt. Chaque pas la rapproche de la vérité, son cœur battant à l'unisson des visions de la mystérieuse dame.

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La mousse, épaisse et humide, s'accrochait à ses paumes alors qu'elle se redressait, le dos endolori par la chute invisible. L'air était lourd, chargé d'une odeur de terre mouillée et de feuilles en décomposition, une senteur à la fois familière et étrangère. Autour d'elle, les arbres formaient une cathédrale sombre, leurs troncs noueux s'élevant comme des piliers vers un ciel invisible. Elle était seule. Terriblement seule. Le silence n'était rompu que par le murmure lointain d'un ruisseau et le battement affolé de son propre cœur.

Elle tenta de rassembler ses pensées, mais elles s'évanouissaient comme des braises mourantes. Rien. Juste un vide béant là où ses souvenirs auraient dû se trouver. Qui était-elle ? Comment était-elle arrivée ici ? Ses doigts effleurèrent son visage, cherchant des repères, mais ne rencontrant que la douceur de sa peau, inconnue. Pourtant, une image persistait, fugitive et lumineuse : une femme d'une beauté irréelle, aux longs cheveux d'un blanc immaculé, un sourire doux et triste flottant sur ses lèvres. Une vision étrange, qui la hantait dans ses rares moments de repos, une promesse ou un avertissement, elle ne pouvait le dire.

Un frisson parcourut son échine, pas de froid, mais d'une sorte d'urgence silencieuse. Il fallait bouger. Rester là, c'était sombrer dans l'abîme de son ignorance. Elle se leva, ses jambes encore tremblantes, et commença à marcher, sans but précis, guidée par une force intérieure, une impulsion sourde qui la poussait à aller de l'avant. Les branches basses s'accrochaient à ses vêtements, les racines traîtresses tentaient de la faire trébucher, mais elle continuait, déterminée.

Elle ne savait pas combien de temps elle avait marché lorsque les arbres commencèrent à s'espacer, laissant filtrer des rayons de soleil plus timides. Le murmure du ruisseau se fit plus fort, et bientôt, elle le vit, serpentant entre les pierres moussues, son eau claire reflétant le ciel changeant. Elle s'agenouilla au bord, y plongeant ses mains pour boire. L'eau était fraîche, vivifiante, et elle sentit une légère étincelle de conscience s'éveiller en elle.

C'est alors qu'elle l'entendit. Un son inhabituel, un raclement léger, puis un sanglot étouffé. Elle se leva brusquement, le cœur battant la chamade. Quelqu'un d'autre était là. Elle s'avança avec précaution, longeant le cours d'eau, jusqu'à ce qu'elle aperçoive une silhouette assise au pied d'un grand chêne.

Un jeune homme. Il était là, le dos courbé, le visage enfoui dans ses mains, ses épaules secouées par des sanglots silencieux. Il portait des vêtements sombres, élégants malgré la poussière et les éraflures, qui semblaient déplacés dans cet endroit sauvage. Elle hésita. Devait-elle s'approcher ? Sa présence seule était une énigme.

« Monsieur ? » Sa voix était rauque, à peine un murmure.

Il sursauta, relevant la tête avec une rapidité surprenante. Son visage était d'une beauté saisissante, mais marqué par une profonde tristesse. Ses yeux, d'un bleu si intense qu'ils semblaient voler des éclats de ciel, la fixèrent avec une surprise mêlée d'une lueur étrange, presque de reconnaissance.

« Qui êtes-vous ? » demanda-t-il, sa voix grave et mélodieuse, mais empreinte d'une fatigue palpable.

Elle sentit une nouvelle vague de confusion l'envahir. Elle ne pouvait pas lui répondre. « Je… je ne sais pas », avoua-t-elle, sa voix tremblant légèrement. « Je me suis réveillée ici. Sans aucun souvenir. »

Il la dévisagea un instant, un pli se formant entre ses sourcils. Un éclair de compréhension passa dans son regard, puis fut aussitôt masqué. « Sans mémoire ? » répéta-t-il, comme s'il mâchait les mots. Il se leva, un mouvement fluide et gracieux, malgré sa pâleur évidente. Il était grand, imposant, et pourtant, une fragilité semblait émaner de lui, comme une porcelaine précieuse sur le point de se briser.

« C'est… étrange », dit-il, s'approchant d'elle sans la toucher. Elle sentit une chaleur étrange émaner de lui, une présence à la fois rassurante et inquiétante. « Comment êtes-vous arrivée dans cette forêt ? »

« Je ne sais pas », répéta-t-elle, son regard cherchant des réponses dans le sien. « J'ai… j'ai des visions. D'une femme. Aux cheveux blancs. »

Lorsqu'elle prononça ces mots, il se figea. Ses yeux s'agrandirent légèrement, et une expression indéchiffrable traversa son visage. « Une femme aux cheveux blancs ? » murmura-t-il, presque pour lui-même. Il déglutit difficilement. « C'est… c'est très particulier. »

Il semblait savoir quelque chose, elle en était certaine. Son comportement, son regard, tout trahissait une connaissance cachée. Elle sentit son cœur s'emballer à nouveau, cette fois d'une autre sorte d'espoir. Peut-être que cet homme pouvait l'aider.

« Vous savez qui elle est ? » demanda-t-elle avec empressement. « Ou qui je suis ? »

Il détourna le regard, fixant le cours d'eau. « Je ne peux pas vous dire grand-chose », répondit-il lentement, choisissant ses mots avec soin. « Mais je ressens… une connexion. Une étrange familiarité. » Il la regarda de nouveau, son regard intense et pénétrant. « Je suis le duc Kaelen. Et je crois que vous n'êtes pas arrivée ici par hasard. »

Le mot « duc » résonna en elle, comme un écho lointain, une résonance oubliée. Le duc Kaelen. Il y avait une aura de noblesse autour de lui, une autorité naturelle qui contrastait avec sa détresse apparente.

« Je m'appelle… je ne me souviens pas de mon nom », dit-elle, la honte la submergeant.

Il lui tendit la main, ses doigts fins et pâles. Il y avait une hésitation dans son geste, puis il la referma autour de la sienne. Sa peau était froide, presque glacée, et une décharge électrique sembla parcourir son bras. Elle sentit une vague de vertige la saisir, suivie d'une clarté fugace. Une image fulgurante traversa son esprit : une main tendue, une robe de soie brodée, le murmure d'une promesse.

« Ce n'est pas grave », dit Kaelen, sa voix plus douce. « Nous allons trouver votre nom. Et votre passé. » Il serra légèrement sa main. « Vous ne serez pas seule. »

Il la guida hors de la forêt, le sentier devenant peu à peu plus visible, moins sauvage. Les arbres s'éclaircissaient, laissant place à des prairies verdoyantes. Au loin, elle aperçut les contours d'un château imposant, ses tours se dressant fièrement contre le ciel, une silhouette de puissance et de mystère. C'était là qu'il vivait ?

Alors qu'ils s'approchaient, elle remarqua que Kaelen vacillait parfois, posant une main sur son flanc comme pour se soutenir. Une douleur sourde semblait le traverser. Elle voulut lui demander s'il allait bien, mais hésita, ne voulant pas paraître trop curieuse, trop intrusive.

« Vous semblez… fatigué », dit-elle finalement, son inquiétude transparaissant dans sa voix.

Il lui adressa un sourire faible. « C'est… une vieille blessure. Qui ne guérit pas. » Il la regarda, ses yeux bleus fixés sur les siens. « Mais votre présence… elle apporte une sorte de lumière. »

Elle sentit ses joues s'empourprer. Cette connexion, cette attraction mutuelle, était palpable, étrange et déroutante. Elle ne comprenait pas pourquoi, mais elle se sentait attirée par cet homme tourmenté, par sa tristesse, par la force cachée qui émanait de lui.

Ils arrivèrent aux portes du château. Elles s'ouvrirent avec un grincement lent, révélant une cour spacieuse et animée. Des serviteurs s'affairaient, des gardes se tenaient immobiles, mais tous s'arrêtèrent pour regarder l'arrivée du duc, et surtout, pour fixer la jeune inconnue qui marchait à ses côtés. Un murmure parcourut la cour, des regards curieux et parfois hostiles se posaient sur elle.

« Ne faites pas attention à eux », murmura Kaelen, sa main se posant sur le bas de son dos, un geste protecteur. « Ils ne comprennent pas. »

« Ne comprennent pas quoi ? » demanda-t-elle doucement.

Il la regarda, son regard intense. « Notre… connexion. »

Ils traversèrent le hall immense, les murs ornés de tapisseries anciennes et de portraits aux visages sévères. L'air était frais, parfumé par des senteurs florales. Kaelen la conduisit dans un salon confortable, aux fauteuils rembourrés et à la cheminée où un feu crépitait doucement.

« Reposez-vous », dit-il, la guidant vers un fauteuil moelleux. « Je vais faire en sorte qu'on vous apporte quelque chose à manger et des vêtements propres. » Il s'attarda un instant, son regard scrutateur. « Et ensuite… nous essaierons de comprendre. »

Il sortit de la pièce, la laissant seule dans le silence feutré. Elle s'enfonça dans le fauteuil, le corps épuisé, l'esprit tourbillonnant. La forêt, le ruisseau, le duc Kaelen, la femme aux cheveux blancs… tout cela semblait irréel, un rêve étrange et confus. Pourtant, la main froide de Kaelen sur la sienne, le battement de son cœur, la réalité de sa faim, tout était bien réel.

Elle ferma les yeux, laissant les images défiler. La femme aux cheveux blancs. Elle était là, plus nette cette fois. Son visage était doux, ses yeux remplis d'une sagesse infinie. Elle portait une robe d'un blanc éclatant, et ses cheveux tombaient en cascade sur ses épaules. La femme lui sourit, un sourire qui semblait contenir tous les secrets du monde. Et puis, un sentiment de tristesse profonde l'envahit, une mélancolie qui n'était pas la sienne, mais qui lui appartenait pourtant.

Un bruit léger la tira de sa rêverie. Une femme de chambre, portant un plateau avec de la nourriture et une robe sobre mais élégante, entra dans la pièce. Elle déposa le plateau sur une table basse et s'inclina discrètement.

« Votre Altesse », dit-elle d'une voix douce, en posant la robe sur le fauteuil.

« Votre Altesse ? » répéta-t-elle, abasourdie.

La femme de chambre sembla surprise par sa réaction. « Oui, Madame. Votre Altesse. » Elle hésita. « Avez-vous… perdu la mémoire ? »

Elle hocha la tête, incapable de parler.

La femme de chambre la regarda avec compassion. « Le Duc vous a trouvée. Il vous a ramenée. » Elle fit une pause. « Vous êtes la Princesse Lyra. »

Lyra. Le nom résonna en elle, comme une clé ouvrant une serrure oubliée. Lyra. C'était son nom. Et la femme aux cheveux blancs… c'était elle-même ? Une partie d'elle-même ? La princesse perdue de l'Empire. Un monde de possibilités, de responsabilités, de dangers, s'ouvrait devant elle.

Elle regarda la robe posée sur le fauteuil. Elle était faite d'un tissu léger, d'une couleur bleu ciel, ornée de fines broderies argentées. Elle se leva, sentant une force nouvelle l'envahir. Elle était Lyra. Princesse. Et elle devait comprendre pourquoi elle avait perdu la mémoire, pourquoi elle avait rêvé de cette femme aux cheveux blancs, et quel était le lien qui l'unissait au duc Kaelen, cet homme mystérieux qui semblait connaître son secret avant elle. La quête ne faisait que commencer. Et elle savait, au plus profond de son être, que ce chemin serait semé d'embûches, mais aussi, peut-être, d'un amour qu'elle n'avait jamais osé imaginer.

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