Chapter 8

Une double vie assumée ?

Les révélations s'accumulent. Le père de Théo menait-il une double vie ? Les motivations derrière ses écrits et ses actions deviennent floues. Théo commence à douter de tout ce qu'il croyait savoir.

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Les mots sur la page semblaient tressaillir sous le regard de Théo, comme des fantômes émergeant des profondeurs de son passé. Il tenait entre ses mains des lettres jaunies, des bribes de conversations, des fragments d'une vie qu'il avait cru connaître. Chaque document était une nouvelle pierre jetée dans l'étang tranquille de ses certitudes, provoquant des remous qui menaçaient de le submerger. La double vie de son père, un écrivain célébré, une icône de la littérature coréenne, était une notion qui résonnait avec une dissonance douloureuse dans son esprit. Comment le père qu'il avait idéalisé, l'homme dont les mots avaient bercé son enfance, avait-il pu mener une existence si dissimulée ?

Il se souvenait de son père comme d'une présence imposante mais distante, souvent absorbé par son travail, le regard perdu dans des mondes invisibles peuplés de personnages qu'il seul semblait comprendre. Théo, enfant, avait cherché sa reconnaissance dans ses propres écrits, des histoires maladroites qu'il lui soumettait avec une impatience fébrile, pour se heurter invariablement à un sourire encourageant mais vague, et à des conseils génériques sur la structure narrative ou le développement des personnages. Il avait fini par croire que son père ne voyait en lui qu'un admirateur, pas un pair, pas un successeur potentiel. Ce rêve, il l'avait enfoui profondément, le recouvrant de la poussière des désillusions, pour finalement le troquer contre la sécurité prévisible d'une chaire de professeur.

Mais ces lettres, ces notes griffonnées à la hâte, parlaient d'un autre homme. Un homme aux rendez-vous secrets, aux rencontres clandestines, aux pensées tourmentées. Un homme qui semblait jongler avec des identités, des engagements, et peut-être même des dangers. Théo feuilleta une lettre, la calligraphie élégante mais pressée de son père s'étalant sur le papier. Elle était adressée à une femme dont le nom ne lui disait rien, une certaine « Madame Kim ». Les mots étaient empreints d'une affection tendre, mais aussi d'une forme de regret, d'une lassitude face aux « contraintes de la vie publique ».

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